Le REM de l’Est doit se faire avec ou sans CDPQ Infra, croit Christian Yaccarini

«Ce n’est pas juste un axe de transport, c’est un axe de développement pour l’est de Montréal», estime l’entrepreneur.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir «Ce n’est pas juste un axe de transport, c’est un axe de développement pour l’est de Montréal», estime l’entrepreneur.

Le Réseau express métropolitain (REM) de l’Est doit se faire, avec ou sans la Caisse de dépôt et placement du Québec (CDPQ), croit Christian Yaccarini. Le président de la Société de développement Angus (SDA), qui siège au comité d’experts mandaté pour assurer l’intégration urbaine du projet, fonde beaucoup d’espoir dans le train léger, mais selon lui, les structures aériennes au centre-ville n’obtiendront jamais l’acceptabilité sociale et plombent le projet.

Dans son rapport déposé le mois dernier, le comité d’experts avait exprimé de sérieuses inquiétudes au sujet des structures aériennes prévues au-dessus du boulevard René-Lévesque et du risque de fracture urbaine.

Christian Yaccarini n’a pas changé d’idée à ce sujet. Selon lui, CDPQ Infra, qui pilote le projet, n’a pas suffisamment exploré les solutions d’enfouissement du REM de l’Est, guidée essentiellement par ses objectifs de rendement et par la crainte d’une augmentation des coûts. « Dans le centre-ville, tu ne peux pas faire des miracles avec l’aérien. Tu peux bien faire une promenade, mais ça demeure des structures aériennes. La Caisse n’a jamais voulu évaluer la vraie faisabilité de le faire en souterrain dans le centre-ville », avance-t-il. Pourtant, d’autres grandes villes creusent de nouvelles lignes dans leur centre-ville, soutient-il. « Pourquoi, nous, on ne serait pas capables ? […] Il y a des défis techniques, mais c’est vraiment une question de rentabilité. »

Enfouir le REM au centre-ville

 

L’entrepreneur estime que CDPQ Infra a eu la même attitude en écartant l’option d’un troisième rail pour assurer l’alimentation électrique du train au profit de caténaires ou en rejetant l’idée de structures en acier, plutôt qu’en béton, dans les secteurs critiques. Le problème selon lui, c’est que le comité d’experts présidé par Maud Cohen ne disposait d’aucun budget pour effectuer des contre-expertises, ce qui l’a obligé à se contenter des études réalisées par CDPQ Infra.

Enfouir le REM au centre-ville coûterait plus cher, certes, mais l’investissement supplémentaire en vaut la peine, selon lui. « Ma position, c’est qu’on le fasse en souterrain au centre-ville et que les gouvernements du Québec et du Canada paient le surcoût que ça représente. »

Christian Yaccarini reconnaît qu’il y a risque que CDPQ Infra se retire du projet. Qu’à cela ne tienne, le REM de l’Est doit se faire quand même, insiste-t-il, car l’Est en a absolument besoin. « Le REM, ce n’est pas juste un axe de transport. C’est un axe de développement pour l’est de Montréal. […] Le rapport du GIEC[Groupe intergouvernemental d’experts sur l’évolution du climat] dit qu’il faut changer nos modes de vie. Il faut offrir des solutions de rechange. »

Le projet n’est pas au bout de ses peines. Les audiences du BAPE ont été reportées à l’automne. À l’instar de la planification des transports à Montréal, le REM de l’Est souffre d’un problème de gouvernance, estime Christian Yaccarini. La Ville de Montréal n’a toujours pas obtenu une place à la table décisionnelle comme elle le réclame depuis des mois. « Doit-on revoir la gouvernance du transport à Montréal ? Sûrement, mais de grâce, faites-le rapidement ! Que le projet prenne un an ou deux de plus, ce n’est pas grave. Mais il ne faut pas que ça prenne 20 ans », supplie Christian Yaccarini.

Il croit que dans les circonstances, le comité d’experts a fait un « excellent » travail. Reste que la pandémie a compliqué la tâche. « Les trois quarts des réunions se sont faits sur Teams. Ç’a pris des mois avant qu’on puisse faire une visite terrain et on en a fait une seule », souligne Christian Yaccarini.

Selon lui, le comité d’experts mis sur pied par le gouvernement ne plaît pas à CDPQ Infra. « Le gouvernement l’a accepté, mais la Caisse, elle, le subit. Elle n’a pas été un bon joueur dans ça. Je ne parle pas des individus, mais je parle de l’institution. Ils avaient un cadre de référence, et il ne fallait pas en sortir. »

À voir en vidéo