Les oppositions veulent sauver la Maison de Sophia à Saint-Jérôme

Les trois partis d’opposition à Québec interpellent le gouvernement afin qu’il injecte en toute urgence les fonds nécessaires pour assurer la survie de l’organisme.
Photo: Marie-France Coallier Le Devoir Les trois partis d’opposition à Québec interpellent le gouvernement afin qu’il injecte en toute urgence les fonds nécessaires pour assurer la survie de l’organisme.

Les trois partis d’opposition à Québec veulent sauver la Maison de Sophia, une maison d’hébergement pour femmes en difficulté menacée de fermeture imminente, faute de financement. Ils interpellent le gouvernement afin qu’il injecte en toute urgence les fonds nécessaires pour assurer la survie de l’organisme.

« Il faut sauver la Maison de Sophia, lance la députée péquiste Mégane Perry Mélançon au bout du fil. Il faut trouver les 230 000 $ manquant, il faut les trouver ! Et il faut éviter la fermeture. »

Se disant « bouleversée » par les témoignages des résidentes de la Maison de Sophia qu’elle a entendus dans les médias, la porte-parole à la condition féminine du PQ répète que cet organisme est « essentiel » et qu’il répond à un véritable besoin sur le terrain. « On ne peut pas juste relocaliser les femmes pour qui c’est leur maison, leur famille. On ne peut pas toujours changer d’intervenant et de travailleur social. On ne peut pas sacrifier une maison en croyant que le problème pourra se régler ailleurs. Ce n’est pas la solution. »

Ses collègues du Parti libéral et de Québec solidaire abondent dans le même sens. Selon la libérale Isabelle Melançon, qui a interpellé le gouvernement sur cette question il y a plus de deux semaines au salon bleu, le gouvernement fait totalement fausse route en « faisant de l’aveuglement volontaire » face au problème d’itinérance chez les femmes.

« Le gouvernement nous dit : vous allez voir, il y a une nouvelle ressource qui va ouvrir […] mais c’est une ressource mixte. Et il faut bien comprendre la différence entre une ressource mixte et une ressource complètement dédiée aux femmes. Une femme qui a connu la rue, la violence, elle n’a pas tellement le goût de se retrouver avec des gars et d’être accompagnée d’hommes dans une ressource. »

La députée de Verdun rappelle que c’est la Maison de Sophia est la seule ressource à offrir ce type de service destiné aux femmes en difficulté sur tout le territoire des Laurentides. Les cinq autres ressources pour femmes ont pour mission d’aider les femmes victimes de violence conjugale, alors qu’elle accueille des femmes avec divers parcours : toxicomanie, violence sexuelle, problèmes de santé mentale.

« C’est comme si on occultait complètement la problématique de l’itinérance et les problèmes que les femmes peuvent vivre au quotidien », déplore Mme Melançon.

Manon Massé de Québec solidaire parle elle aussi d’une « incompréhension » des missions spécifiques de chaque ressource et de leurs particularités. « Il y a une méconnaissance du système et une difficulté à reconnaître qu’il y a des approches très spécifiques qui doivent être faites auprès de femmes qui sont en processus de reprise de possession de leur vie », soutient la députée solidaire.

Une réponse de « comptable »

Toutes trois se sont dit choquées par la réponse du premier ministre François Legault, qui a lancé la pierre aux administratrices de la Maison de Sophia en clamant qu’elles avaient des problèmes de reddition de compte. La présidente bénévole du conseil d’administration, Alexandra Soumain, reconnaît qu’il manque quelques chiffres des dernières années, mais répète que la nouvelle équipe travaille fort et en toute transparence pour régler le problème.

« Lorsque le premier ministre du haut de son estrade vient dire que ce groupe-là est mal géré, je trouve ça vraiment déplacé, lance Manon Massé, qui vient elle-même du milieu communautaire. Elle soutient que les exigences en termes de reddition de compte sont encore plus élevés dans le milieu communautaire que pour les grandes sociétés qui gèrent des millions. « Il ne faut vraiment pas connaître ces groupes-là pour dire des choses comme ça », affirme-t-elle.

Elle aurait aimé entendre le premier ministre offrir de l’aide aux administratrices bénévoles plutôt que de les « mettre à terre ».

Isabelle Melançon est du même avis. Elle estime que le premier ministre a « réfléchi en comptable » et qu’il aurait dû offrir un accompagnement aux gestionnaires plutôt que d’utiliser cet argument pour justifier la fermeture de l’organisme. « Ce n’est pas juste une colonne de chiffres, on parle d’être humains ! », s’indigne-t-elle.

« Ça prend une solution immédiate. Ça prend des ressources pour les femmes. Et cet organisme-là a fait ses preuves. S’ils ont des doutes sur la gestion des livres, qu’ils mettent quelqu’un pour les accompagner, ça coûte pas mal moins cher que de retourner des femmes dans la rue sans aucun service et sans accompagnement. »

Le Devoir a demandé une entrevue au ministre délégué aux services sociaux, Lionel Carmant, et à la ministre à la condition féminine, Isabelle Charest. « Nous allons assurer qu’il y ait aucun bris de services. C’est ce à quoi nous nous sommes engagés », a répondu l’attachée de presse de Lionel Carmant. De plus, nous sommes en lien avec l’établissement pour tenter de trouver un lieu qui convienne à tous. »

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