Une fillette de sept mois de Manawan meurt au CHU Sainte-Justine

Les services de santé offerts près de Manawan étant limités, la fillette a été transportée à l’hôpital de Joliette, à 3 h de route. Après un bref arrêt dans ce centre hospitalier, le nourrisson a été transporté au CHU Sainte-Justine, à une heure de route.
Michael Monnier Le Devoir Les services de santé offerts près de Manawan étant limités, la fillette a été transportée à l’hôpital de Joliette, à 3 h de route. Après un bref arrêt dans ce centre hospitalier, le nourrisson a été transporté au CHU Sainte-Justine, à une heure de route.

Des membres de la communauté atikamekw de Manawan se sont réunis vendredi après-midi pour assister aux funérailles d’une fillette de sept mois qui a perdu la vie lundi dernier au CHU Sainte-Justine. Un décès qui rappelle de façon cruelle le manque de services de santé et d’ambulanciers à Manawan, déplorent des proches et des représentants de la communauté autochtone.

Selon les témoignages recueillis par Le Devoir, un appel a été effectué au Centre de santé de Manawan samedi dernier par les parents de la fillette, qui se trouvaient alors à Saint-Michel-des-Saints, un village de 2500 âmes de la MRC de Matawinie, dans Lanaudière.

Les parents auraient alors dû patienter un long moment pour obtenir l’assistance d’un ambulancier, qui a ensuite transporté la fillette sur une distance de 88 km en direction nord, sur une route en piètre état, jusqu’à Manawan.

Les services de santé offerts dans ce secteur étant limités, la fillette a été transportée à l’hôpital de Joliette, à trois heures de route. Après un bref arrêt dans ce centre hospitalier, le nourrisson a été transporté au CHU Sainte-Justine, à une heure de route.

Selon une proche, dont l’anonymat a été conservé pour protéger l’identité de la fillette, cette dernière, qui serait décédée d’une méningite bactérienne, a été placée sous respirateur artificiel au courant de la fin de semaine, puis a perdu la vie lundi dernier. Les funérailles ont été tenues vendredi après-midi dans l’église de Manawan, en présence de nombreux proches.

Joint par Le Devoir, le CHU Sainte-Justine n’a pas voulu commenter « ce cas particulier » pour des raisons de « confidentialité ». Le CISSS de Lanaudière a pour sa part confirmé qu’une « enquête est en cours » pour faire le point sur cette situation.

« On va tout faire pour qu’il y ait des changements », lance une proche, déterminée malgré sa tristesse à empêcher qu’une telle tragédie ne survienne de nouveau.

« Des lacunes »

Selon le chef du Conseil des Atikamekw de Manawan, Paul-Émile Ottawa, ce décès démontre d’ailleurs « qu’il y a des lacunes [dans les services de santé offerts à Manawan], malgré tous les efforts qui ont été consentis dans les dernières années ». En 2018, après des années de lutte, la réserve autochtone a finalement obtenu la présence d’une ambulance pour desservir sa population. Mais le personnel demeure insuffisant, constate M. Ottawa, tandis qu’une proche fait état en entrevue de soins inadéquats offerts au Centre de santé de Manawan.

« C’est dommage qu’il y ait le décès d’un enfant pour qu’on réalise qu’il y a des choses à améliorer », soupire M. Ottawa.

« On veut voir comment on peut améliorer ce service, comment le gouvernement du Québec peut s’impliquer davantage dans la situation actuelle », assure d’ailleurs le vice-chef de la communauté atikamekw de Manawan, Sipi Flamand. Ce dernier se demande d’ailleurs pourquoi un hélicoptère n’a pas été réquisitionné pour transporter rapidement la fillette vers un centre hospitalier. « Elle serait peut-être encore ici », le cas échéant, soupire une amie de la mère de la fillette.

« La famille, avec qui j’ai pu communiquer dernièrement, ils affirment qu’ils ne veulent plus que cette situation arrive dans la communauté », ajoute M. Flamand. « On ne veut plus qu’il y arrive des situations comme ce qu’on a vécu samedi dernier. »

Le Bureau du coroner n’a pas confirmé au Devoir, vendredi, si une enquête avait été ouverte sur ce décès.

« C’est dommage qu’il y ait le décès d’un enfant pour qu’on réalise qu’il y a des choses à améliorer. »

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