Le BEI enquête sur une intervention de la police de Québec

Les policiers du SPVQ ont d’abord évalué que le comportement de l’accusé « ne nécessitait pas d’intervention immédiate ».
Jacques Boissinot Archives La Presse canadienne Les policiers du SPVQ ont d’abord évalué que le comportement de l’accusé « ne nécessitait pas d’intervention immédiate ».

Le Bureau des enquêtes indépendantes (BEI) se penche sur le premier meurtre commis cette année à Québec. Mercredi, Kim Lebel, « possiblement en crise », aurait tué un voisin à coups de barre de métal. Deux jours plus tôt, les policiers de Québec avaient pourtant rencontré l’accusé à la demande de ses parents, sans intervenir dans l’immédiat.

Le drame, survenu à Lac-Saint-Charles, au nord de la capitale, a consterné un quartier paisible. Un homme de 65 ans, Jacques Côté, a perdu la vie en pleine rue. Son corps portait d’importantes marques de violence à l’arrivée des agents du Service de police de la Ville de Québec (SPVQ), mercredi.

Ce n’était pas le premier passage des agents du SPVQ dans le secteur cette semaine. Lundi, le père de l’accusé, inquiet des « propos incohérents et décousus » de son fils depuis quelque temps, aurait demandé l’intervention des policiers. Ceux-ci ont rencontré Kim Lebel en soirée. Lors de cet entretien, ils auraient évalué l’état mental de ce dernier et « considéré que son comportement ne nécessitait pas d’intervention immédiate ». Les policiers, indique le BEI, « auraient [ensuite] référé ses proches à un organisme d’aide ».

Deux jours après cette rencontre, les parents auraient obtenu une ordonnance de la cour obligeant leur fils à subir une évaluation psychiatrique. Pour une deuxième fois en 48 heures, ils auraient demandé l’aide de la police, cette fois pour exécuter l’ordonnance.

Les policiers n’ont toutefois pas eu le temps de le faire. De retour sur la scène, le SPVQ n’avait plus d’ordonnance à faire respecter, mais bien un meurtre à élucider. Kim Lebel, « qui aurait été en crise, s’en serait pris à des citoyens et un homme de 65 ans a perdu la vie lors de l’agression », poursuit le BEI dans un communiqué émis vendredi.

Les agents ont arrêté l’accusé non loin de la scène. Il n’a opposé aucune résistance à son arrestation et fait désormais face à une accusation de meurtre au deuxième degré.

Le BEI a mandaté quatre enquêteurs pour éclaircir les circonstances de l’intervention des policiers auprès de l’accusé. La Sûreté du Québec, de son côté, a pris en charge l’enquête pour homicide, conformément au Règlement sur le déroulement des enquêtes du BEI.

Dans un communiqué diffusé vendredi, le SPVQ assure avoir avisé le BEI dès le matin du 7 avril des nouveaux éléments présentés par la famille à la suite du meurtre. « À ce moment, en fonction des éléments portés à sa connaissance, le BEI a pris la décision de ne pas prendre charge [sic] l’enquête », ajoute le communiqué de la police de Québec. Mais le lendemain, le BEI changeait d’idée.

Une lettre à la ministre

Entre le refus initial du BEI d’ouvrir une enquête, jeudi, et la prise en charge du dossier, vendredi, la ministre de la Sécurité publique, Geneviève Guilbault, a reçu une lettre de l’avocat représentant les parents, Me Marc Bellemare.

Dans ce message, dont Le Devoir a obtenu copie, l’ancien ministre de la Justice demandait le déclenchement d’une enquête indépendante. « Nous trouvons inacceptable que le Service [de police] de la Ville de Québec procède actuellement à une enquête où sa propre incurie est en cause », écrivait-il.

La lettre indique que l’accusé est aux prises avec des problèmes de santé mentale depuis l’adolescence et qu’il vit seul dans un logement situé non loin de celui de ses parents. Ces derniers indiquent avoir fait appel aux policiers, lundi, pour obtenir l’internement immédiat de leur fils dans un centre psychiatrique. Le jour du meurtre, le père et la mère de l’accusé ont même fait le voyage jusqu’à la centrale de police pour demander au SPVQ de faire respecter l’ordonnance de la cour.

« Malgré l’insistance des parents, on leur a dit qu’une équipe s’occuperait d’intervenir et on a manifestement fait peu de cas du caractère urgent de l’affaire », poursuit Me Bellemare dans le message envoyé à la ministre Guilbault.

Quand les parents ont emprunté la rue Thibodeau, qui mène chez eux, vers 15 h 30 le 6 avril, ils auraient vu leur fils « s’acharner sur un individu au sol ». « C’est le père lui-même qui a procédé à maîtriser son fils en attendant les policiers du SPVQ », précise Me Bellemare.

Le BEI et le SPVQ affirment qu’ils ne commenteront pas davantage le dossier pour éviter de nuire aux processus judiciaires en cours.

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