Un bail de sous-location et une hausse de loyer de 33%

Cinq locataires se voient imposer une augmentation de leur loyer de 33 % moins d’un an après avoir signé un bail de sous-location avec le propriétaire des lieux, une pratique critiquée qui les prive de leur droit au maintien dans les lieux.

Larry Gitman, le propriétaire de cet appartement de cinq chambres et de deux salles de bains, situé à un jet de pierre de la station de métro Mont-Royal, dans la rue Saint-Denis, s’est refusé à tout commentaire lorsque joint par téléphone jeudi. Il a toutefois reconnu être le propriétaire des lieux, tout comme de plusieurs autres logements à Montréal. Le gestionnaire de l’immeuble a aussi refusé de faire des commentaires.

Dans les derniers jours, les cinq locataires de cet appartement rénové du Plateau Mont-Royal ont eu la surprise d’apprendre que leur loyer mensuel augmentera de 1000 $ au terme de leur bail, le 30 juin. « Il a dit que c’était à cause de l’inflation », raconte Carina Sabourin, une des locataires de ce logement, actuellement loué pour 3000 $ par mois.

« En lisant en ligne les règlements [concernant le droit au logement], on trouvait que ça ne respectait pas les règles en lien avec les hausses de loyer », ajoute-t-elle en entrevue jeudi, en présence d’une de ses colocataires, Claire Vanden Eynde.

Après avoir questionné le Comité logement du Plateau Mont-Royal, les étudiantes universitaires logeant dans cet appartement ont affirmé que cette augmentation de loyer devrait plutôt se situer autour de 50 $ par mois.

« Il n’y a rien qui justifie une hausse de loyer de 1000 $ » pour ce logement, dit d’ailleurs au Devoir l’organisatrice communautaire au sein de ce comité logement, Vicky Langevin.

Une sous-location « illégale »

Les jeunes femmes ont alors refusé cette augmentation de loyer, ce qui leur a valu une menace d’expulsion de la part du propriétaire. Ce dernier a depuis affiché le logement meublé à louer sur différents sites Web, où il est offert pour 4000 $ par mois.

« Il avait demandé la semaine précédente s’il pouvait venir prendre des photos pour mettre l’appartement sur Facebook », se remémore Mme Vanden Eynde, en parlant du gestionnaire de l’immeuble, à qui elle avait alors rappelé qu’elle ne souhaitait pas quitter ce logement.

Normalement, un bail est renouvelé automatiquement afin de protéger le droit au maintien dans les lieux des locataires, comme le prévoit le Code civil du Québec. « Le bail d’un logement, ça se renouvelle », rappelle d’ailleurs l’avocat spécialisé en droit du logement Manuel Johnson en entrevue.

Le contrat de location qu’ont signé les cinq étudiantes — et dont Le Devoir a obtenu copie — mentionne cependant qu’il s’agit d’une « sous-location ». Dans de tels cas, les locataires ne disposent pas du droit acquis de demeurer dans ce logement au-delà de la date d’échéance du contrat. « Ça nous enlève tous nos droits », soupire Carina Sabourin, qui se sent prise au piège.

Le Code civil du Québec prévoit néanmoins que seul un locataire peut sous-louer son logement. Or, dans ce cas-ci, c’est bien le propriétaire du bâtiment, conformément à ce qui est inscrit sur le rôle foncier de la Ville, qui a signé ce contrat de location avec ses locataires. Une pratique illégale, estime Me Johnson.

« Certains propriétaires essaient peut-être de profiter de la méconnaissance de la loi pour imposer ce genre de bail à des étudiants étrangers », dit l’avocat. Pourtant, « une sous-location avec un propriétaire, ça n’existe pas […] ça contrevient à la loi », affirme-t-il. Une analyse que partage Vicky Langevin, du Comité logement du Plateau Mont-Royal.

« Un propriétaire ne peut pas lui-même faire un bail de sous-location. Ça doit être un locataire qui sous-loue, donc c’est illégal », affirme-t-elle. L’organisatrice communautaire voit d’ailleurs là « une pratique courante » utilisée par des propriétaires qui tentent « d’abuser de la méconnaissance des droits » des locataires pour leur imposer plus facilement des hausses importantes de leur loyer.

Cette dernière estime ainsi qu’un recours devant le Tribunal administratif du logement permettrait de trancher quant à la validité ou non de ce bail de sous-location, dans le cadre d’un jugement déclaratoire. Une avenue qu’envisagent les locataires de ce logement. « Je pense qu’on va regarder pour trouver un autre endroit où aller, mais qu’en même temps on va aller au TAL pour soulever ce point », dit Mme Sabourin, qui souhaite éviter à d’autres locataires de subir une situation similaire.


Une version précédente de ce texte, qui comprenait la citation de Me Manuel Johnson « Le bail d’un logement, ça se reloue, ça n’a pas une durée fixe », a été corrigée. Un bail « se renouvelle » plutôt.

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