Des étudiants mettent fin à leur occupation à l’Université de Montréal

Une pétition de quelque 4400 signatures a été adressée au recteur et cinq associations étudiantes ont déclenché une grève afin d’exiger que leur établissement se libère de ses portefeuilles d’actions investies dans l’industrie des combustibles fossiles.
Jacques Nadeau Le Devoir Une pétition de quelque 4400 signatures a été adressée au recteur et cinq associations étudiantes ont déclenché une grève afin d’exiger que leur établissement se libère de ses portefeuilles d’actions investies dans l’industrie des combustibles fossiles.

Des étudiants ont mis fin samedi à l’occupation d’un hall de l’Université de Montréal en chantant victoire.

Ils soutiennent avoir obtenu gain de cause des autorités universitaires, eux qui exigeaient le retrait total des investissements de leur institution du secteur des énergies fossiles d’ici 2025.

Ils étaient une trentaine à avoir installé des tentes dans le hall d’honneur du pavillon Roger-Gaudry tandis que l’un d’entre eux avait entamé une grève de la faim. Une pétition de quelque 4400 signatures avait également été adressée au recteur et cinq associations étudiantes avaient déclenché une grève afin d’exiger que leur établissement se libère de ses portefeuilles d’actions investies dans l’industrie des combustibles fossiles.

Un des porte-parole du regroupement étudiant L’Écothèque a annoncé samedi la prise de position de l’université en faveur du désinvestissement. Un plan sera proposé par le recteur Daniel Jutras d’ici le 1er juin afin que l’université se départisse d’ici 2025 des actions cotées en Bourse de l’industrie des énergies fossiles qu’elle détient directement ou indirectement dans son fonds de dotation, a expliqué le porte-parole, Vincent Blondeau.

Dans une lettre envoyée aux manifestants samedi, dont La Presse canadienne a obtenu copie, le recteur a dit réitérer son « engagement à promouvoir une politique de développement durable robuste ».

« Bien que je déplore le recours à des actions prenant la forme d’une occupation d’un espace universitaire ou une grève de la faim, je reconnais le leadership du mouvement étudiant dans la mise en œuvre des politiques d’investissement responsable en contexte universitaire », a écrit Daniel Jutras, précisant que la « réflexion approfondie au sein de plusieurs organisations étudiantes […] a permis de faire avancer le monde universitaire dans une direction positive ».

Dans le document, M. Jutras a confirmé qu’il déposera d’ici le 1er juin « un ou des scénarios de désinvestissement total avant le 31 décembre 2025, des actions cotées en Bourse du secteur de l’industrie des énergies fossiles, détenues directement ou indirectement par l’Université dans son fonds de dotation ».

Le fonds de dotation de l’UdeM compte 14 millions $ placés dans l’industrie du pétrole, des gaz et des combustibles, avait indiqué par courriel la relationniste Geneviève Omeara plus tôt en mars.

Il n’y a pas encore de changement du côté du régime de retraite, qui est géré de manière indépendante, selon M. Blondeau. Le fond de retraite de l’UdeM investit près de 78 millions $ dans le secteur pétrolier et gazier, d’après le courriel de Mme Omeara.

« Cependant, le fait que le fonds de dotation va bouger, on pense que ça va avoir un effet d’entraînement sur le régime de retraite, puis que ça va (le) faire bien mal paraître s’il ne suit pas le reste de la politique institutionnelle », a souligné Vincent Blondeau, en entrevue à La Presse canadienne.

Le recteur s’est d’ailleurs engagé dans sa lettre à inviter le comité de retraite « à considérer l’opportunité de rencontrer dans un avenir rapproché un petit groupe de représentants d’Écothèque pour discuter des politiques d’investissement responsable ».

Transparence

 

Les étudiants se sont également félicités de la transparence et des canaux de communication qui se sont ouverts à la suite de leur mobilisation.

« On n’avait aucune idée dans quoi [le fonds de dotation, qui permet notamment de financer des bourses] était investi. Le rapport ne faisait que deux pages assez sommaires. Là, nous avons réussi à avoir des indicateurs carbone qui vont être ajoutés à ce rapport ainsi que les pourcentages des investissements dans les différents secteurs », a expliqué M. Blondeau.

De plus, il juge qu’une « ligne de communication directe » avec le recteur a été ouverte, alors que les étudiants n’étaient pas auparavant en mesure de dialoguer avec la haute administration de l’UdeM.

Des rencontres auront lieu régulièrement, dont une dès lundi, selon une publication de L’Écothèque sur les réseaux sociaux.

Grève de la faim

 

Alors que les étudiants démontaient les tentes au pavillon Roger-Gaudry, samedi midi, Vincent Blondeau estimait que la grève de la faim d’un autre étudiant, Vincent Vaslin, a créé un « sentiment d’urgence dans les négociations ».

« Il y a eu des occupations à McGill, à Concordia, mais il n’y avait pas le facteur de temps. L’université pouvait tolérer l’occupation. […] Tandis que, nous, on n’avait pas vraiment le choix d’avoir un deadline. Il fallait que les négociations aboutissent, parce que Vincent avait cessé de manger », a rapporté M. Blondeau.

Vendredi, Vincent Vaslin a été transporté à l’hôpital pour des examens, après 110 heures de grève de la faim. Il a finalement pu recommencer à manger en soirée, alors que l’UdeM a commencé à accepter certaines demandes.

Samedi, le gréviste se portait bien.

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