Québec n’a «aucune vision d’avenir» pour le logement social, déplore le FRAPRU

Quelques centaines de personnes ont manifesté samedi après-midi pour réclamer davantage d'investissements pour la construction de logements sociaux.
Photo: Zacharie Goudreault Le Devoir Quelques centaines de personnes ont manifesté samedi après-midi pour réclamer davantage d'investissements pour la construction de logements sociaux.

Quelques centaines de personnes ont manifesté samedi après-midi pour réclamer le maintien par Québec du programme AccèsLogis et des investissements supplémentaires pour la construction de logements sociaux à travers la province. Elles ont critiqué au passage le dernier budget du gouvernement Legault, que plusieurs ont qualifié « d’électoraliste ».

Des manifestants de tous âges provenant de plusieurs régions du Québec se sont d’abord rassemblés vers 13 h 30 dans une place publique du Quartier chinois à l’initiative du Front d’action populaire en réaménagement urbain (FRAPRU). Ils ont ensuite défilé dans une ambiance festive sur différentes artères du centre-ville, notamment sur le boulevard René-Lévesque ainsi que dans les rues Jeanne-Mance et de Bleury. « Financez AccèsLogis! » ont répété à maintes reprises les participants à cette mobilisation, qui estiment que « la logique du marché fait de plus en plus de mal logés ».

Les manifestants, qui brandissaient des affiches colorées dénonçant le manque de logements abordables pour les personnes à faible ou moyen revenu, déambulaient vers 14 h 30 dans le Vieux-Montréal. Ils ont ensuite terminé leur parcours peu avant 15h devant les bureaux montréalais du ministère des Affaires municipales et de l’Habitation, sur la rue du Square-Victoria, devant lesquels plusieurs policiers s’étaient positionnés. Pour l’occasion, des membres de l’organisme Cactus Montréal avaient installé dans une place publique 142 maisons en carton, symbolisant le nombre de personnes mortes de froid au Québec dans les dernières années.

Photo: Zacharie Goudreault Le Devoir Les manifestants ont marché au centre-ville de Montréal.

Le logement social « abandonné »

En entrevue avec Le Devoir peu de temps avant le début de la marche, la porte-parole du FRAPRU, Véronique Laflamme, a notamment déploré le budget « électoraliste » du gouvernement Legault, qui a préféré allouer 3,2 milliards pour remettre un crédit d’impôt remboursable de 500 dollars à plus de 6 millions de Québécois, tout en investissant « des peanuts » dans le logement social.

« Même des députés vont avoir droit à ce 500 dollars, ce qui n’est pas acceptable. Ils auraient pu prendre cet argent-là et l’investir dans le logement social ou au moins mieux cibler [cette mesure] en donnant plus d’argent à ceux qui en ont le plus besoin », a aussi déploré samedi le porte-parole de Québec solidaire en matière d’habitation, Andrés Fontecilla, qui a pris part à cette manifestation.

Le quatrième budget du ministre des Finances Eric Girard prévoit 347 millions pour la construction de 1000 nouvelles unités abordables d’ici cinq ans, en plus de concrétiser les 3500 logements déjà annoncés dans les dernières années, mais qui n’ont pas encore été construits. C’est toutefois bien peu par rapport aux demandes de nombreux organismes et de l’Union des municipalités du Québec, qui a réclamé pendant les consultations prébudgétaires l’ajout de 4500 logements sociaux par année au Québec.

« L’État abandonne complètement sa capacité d’agir en ne finançant pas le logement social » à la hauteur des besoins, qui sont « si grands », a déploré Mme Laflamme, qui estime que le dernier budget de Québec ne propose « aucune vision d’avenir ». « Ce budget-là vient consacrer la mort du logement social », a d’ailleurs lâché M. Fontecilla, qui constate que le gouvernement Legault délaisse progressivement le programme AccèsLogis, qui finance ce type d’unités, au profit de son nouveau Programme d’habitation abordable Québec, qui soulève maintes critiques et interrogations dans le milieu communautaire. 

Photo: Zacharie Goudreault Le Devoir Le quatrième budget du ministre des Finances, Eric Girard, prévoit 347 millions pour la construction de 1000 nouvelles unités abordables d’ici cinq ans.

Pendant ce temps, 10 000 unités de logements sociaux et communautaires inscrites dans divers projets dans la province ne peuvent se concrétiser, faute d’un financement suffisant, a déploré le directeur général de l’Association des groupes de ressources techniques du Québec, Éric Cimon, au terme de cette manifestation.

« Il y a actuellement des centaines de milliers de ménages à travers le Québec qui ont des logements trop chers, des logements insalubres ou qui ne répondent pas à leurs besoins [...] C’est inacceptable », a-t-il lancé devant la foule.

Mme Laflamme s’attend d’ailleurs à ce que « la période de recherche d’un logement », qui est bien enclenchée pour ceux qui ont refusé leur hausse de loyer, soit « particulièrement périlleuse cette année ».

L’an dernier, plus de 500 ménages n’avaient toujours pas trouvé un logement au lendemain du 1er juillet, selon le FRAPRU.

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