L’OCPM réclame un «plan Marshall» contre l’embourgeoisement de Parc-Extension

L’organisme s’inquiète des répercussions du campus MIL de l’Université de Montréal sur les secteurs résidentiels avoisinants.
Valérian Mazataud Le Devoir L’organisme s’inquiète des répercussions du campus MIL de l’Université de Montréal sur les secteurs résidentiels avoisinants.

L’Office de consultation publique de Montréal (OCPM) ne réclame rien de moins qu’un « plan Marshall » pour s’attaquer à l’embourgeoisement du quartier Parc-Extension, où un campus universitaire en pleine expansion pousse les loyers à la hausse et fait la vie dure aux locataires à faible revenu.

Cette requête, inspirée du grand plan de reconstruction des villes européennes à la suite de la Seconde Guerre mondiale, est inscrite dans un rapport de 100 pages publié sans tambour ni trompette par l’OCPM le 22 mars dernier.

Le dépôt du document a marqué la fin d’une troisième consultation en 15 ans à propos de l’ancienne gare de triage d’Outremont, rebaptisée « MIL Montréal », située à la frontière du quartier Parc-Extension. La démarche, tenue l’automne dernier, a eu lieu en prévision de l’arrivée d’ici quelques années d’une école primaire dans le secteur, ainsi que d’un nouveau pavillon d’envergure sur le campus MIL de l’Université de Montréal.

Si le projet d’école moderne du Centre de services scolaire Marguerite-Bourgeoys a suscité peu d’inquiétudes, il en est tout autre de l’expansion à venir du campus MIL, qui pousse déjà les loyers — et les évictions de locataires — à la hausse dans ce secteur, selon un rapport réalisé l’an dernier par un groupe de chercheurs et d’organismes communautaires.

Plusieurs résidents et organismes ont ainsi dit craindre, pendant cette consultation, de voir le tissu social s’effriter dans ce quartier en raison du départ appréhendé de ses résidents moins nantis. Une préoccupation partagée par l’OCPM, qui soulève dans son rapport l’importance de prévenir une « homogénéisation des modes de vie » dans Parc-Extension avec l’arrivée massive d’étudiants.

« C’est certain qu’une expansion du campus va venir aggraver des phénomènes que l’on voit déjà dans le quartier », entrevoit d’ailleurs Amy Darwish, organisatrice communautaire au Comité d’action de Parc-Extension, un des organismes ayant pris part à cette consultation.

« C’est dans ce contexte que plusieurs des recommandations de la commission invitent les autorités municipales à se pencher sur le mode de gouvernance et les pratiques urbanistiques afférents au développement du MIL avant qu’il ne soit trop tard », indique l’OCPM. Ce dernier presse ainsi la Ville de Montréal de collaborer avec l’Université afin de « mettre en œuvre prestement » des mesures afin de limiter les répercussions de l’embourgeoisement du quartier Parc-Extension. Ce phénomène, note le rapport, entraîne « la délocalisation des populations les plus sensibles » à la hausse rapide des loyers, en plus d’affecter « les petits commerçants » et des « groupes communautaires ». Selon l’OCPM, il y a donc « urgence d’agir ».

« On les voit vraiment les changements » reliés à l’embourgeoisement, déjà en cours, confie d’ailleurs Sasha Dyck, un résident du quartier qui travaille dans le milieu de la santé. « Je perds tellement de voisins chaque année, c’est triste. »

Un « plan Marshall » avant qu’il ne soit trop tard

L’OCPM appelle ainsi à la création d’un « plan Marshall » pour limiter les impacts de l’embourgeoisement dans le quartier Parc-Extension, « avant que la tendance actuelle ne soit irréversible ».

L’organisme n’a pas détaillé ce qu’il contiendrait, mais de nombreux citoyens et organismes ont signalé l’importance de bonifier le nombre de logements sociaux prévus sur le site. Lors des dernières années, l’Université a cédé un terrain à la Ville à cette fin, tandis qu’un promoteur prévoit inclure 15 % de logements sociaux et 15 % de logements abordables dans son projet de 1300 unités sur le site du campus MIL, note le rapport.

« Nous avons besoin d’investissements en logement social significatifs dans le quartier », martèle Mme Darwish, qui propose de « retirer des immeubles du marché privé » pour augmenter le nombre de logements sociaux à proximité du campus universitaire. « Il y a des solutions qui existent et il faut absolument que la Ville et les autres paliers de gouvernement les appliquent afin de permettre aux locataires actuels [du quartier] de rester en place », insiste l’organisatrice communautaire.

Cette dernière réitère d’autre part une demande évoquée maintes fois pendant cette consultation en faveur de la construction de résidences étudiantes sur le campus MIL lui-même. D’abord envisagée, cette option a finalement été rejetée par l’Université de Montréal pour des raisons financières. « En ce qui concerne les résidences étudiantes, la décision demeure de ne pas en construire », a d’ailleurs réitéré mercredi une porte-parole de l’établissement universitaire, Geneviève O’Meara. L’Université prépare toutefois un « plan d’action » pour répondre « spécifiquement » aux besoins de Parc-Extension, ajoute-t-elle.

Le responsable de l’habitation au comité exécutif, Benoit Dorais, a pour sa part assuré au Devoir mercredi que la Ville entend « dépasser » son objectif d’aménager 225 unités de logement social aux abords du campus MIL. Une coopérative de 91 logements sociaux est déjà en construction, indique l’élu, tandis que la Ville a identifié 120 lots dans les environs où elle se donne la priorité d’achat au moment de la vente, par le biais de son droit de préemption.

« On veut s’assurer de conserver la mixité dans ce secteur-là », insiste M. Dorais, qui confie que la Ville prévoit acquérir prochainement « un autre terrain important » dans ce secteur pour y aménager des dizaines de logements sociaux ou abordables.

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