Les premières familles d’Ukrainiens arrivent au Québec

Iurii (avec la veste rouge), Olena (au centre avec le manteau noir) et leurs trois enfants, Tymofii, Davyd et Rut (au centre), accompagnés de Yana Kapeluhova (à gauche) et ses deux frères
Photo: Courtoisie Yana Kapeluhova Iurii (avec la veste rouge), Olena (au centre avec le manteau noir) et leurs trois enfants, Tymofii, Davyd et Rut (au centre), accompagnés de Yana Kapeluhova (à gauche) et ses deux frères

Le Québec a accueilli ses premières victimes du conflit ukrainien au cours des derniers jours. Deux familles originaires de Marioupol viennent de débarquer à Montréal pour rejoindre des membres de leur famille élargie.

Iurii, Olena et leurs trois enfants, Tymofii, Davyd et Rut, sont arrivés dans la nuit de dimanche à lundi. Ils résident depuis dans la maison d’un couple de Québécois de la Rive-Sud dans la région de Montréal. Tout comme la sœur de Iurii et sa famille, qui sont arrivées vendredi.

Leur nièce Yana Kapeluhova, âgée de 19 ans, a multiplié les démarches dans le but de les faire venir jusqu’ici. La jeune femme a lancé une campagne de sociofinancement sur Internet pour payer leurs billets d’avion et leurs demandes de visas. Au moment d’écrire ces lignes, mardi, elle avait récolté près de 30 000 $.

Originaires de Marioupol, Yana, ses frères et leurs parents essaient de faire venir au Québec toute leur famille élargie, soit l’équivalent de 8 ménages comptant au total 40 personnes. Un troisième groupe est attendu dans les prochains jours.

L’arrivée à Montréal de ces exilés de la guerre survient alors que des milliers d’Ukrainiens peinent à effectuer leurs démarches pour venir au Canada. Comme le rapportait Radio-Canada lundi, les Ukrainiens n’arrivent pas à obtenir des rendez-vous auprès des services consulaires canadiens en Europe pour passer leurs tests biométriques.

Partis plus tôt

 

Comment ont-ils fait pour arriver si tôt ? « On a fait la demande tout de suite, sans attendre le nouveau programme », explique Mme Kapeluhova.

Le nouveau programme d’accueil des ressortissants ukrainiens « Autorisation de voyage d’urgence Canada-Ukraine (AVUCU) » est en vigueur depuis 17 mars dernier.

Aucun Ukrainien participant à ce programme n’a encore foulé le territoire canadien, puisque le traitement des dossiers est d’au moins deux semaines, a indiqué mardi la porte-parole du ministre fédéral de l’Immigration, Sean Fraser.

Quand l’AVUCU a été lancée, les proches de Mme Kapeluhova avaient déjà fait des demandes de visas temporaires en vue d’obtenir le statut de réfugiés, leur décision de s’établir au Canada de façon permanente étant déjà prise. « Ça leur a permis de voyager au Canada plus vite », raconte la jeune femme. La première famille, par exemple, a pu passer ses tests biométriques en Allemagne autour du 10 mars avant même qu’il y ait de listes d’attente.

Par contre, les membres de la famille qui sont toujours de l’autre côté de l’océan sont pris, comme les autres, dans les différents maillons du processus pour obtenir leurs passeports et leurs visas.

« La seule façon de prendre un rendez-vous pour [passer un test] de biométrie, c’est en ligne, mais ça ne marche pas. […] Le système doit envoyer par courriel un mot de passe qui est valide pour trente minutes, mais le temps qu’on le reçoive, il n’est plus valide », déplore Yana Kapeluhova.

Les parents de la jeune femme ont immigré au Canada en 2013. Lorsque les premiers coups de feu ont retenti à la fin février, ils ont pressé leurs proches de tout quitter pour venir les rejoindre au Québec.

« Les tensions augmentaient et augmentaient ces dernières années, et certains ont vu venir le conflit, donc ils ont pu se déplacer un peu plus à l’avance et se rapprocher davantage de la frontière », raconte la jeune fille. « Normalement, ça aurait pris dix heures pour se rendre à la frontière, mais dans leur cas, ça a pris deux ou trois jours. »

Malgré son apparente chance, la famille a connu son lot d’épreuves. Un des oncles de Mme Kapeluhova est décédé après avoir été atteint par un missile alors qu’il se rendait en voiture prêter secours à des gens pris dans les décombres d’un immeuble. Et certains cousins des parents seraient toujours à Marioupol. « On n’a pas de contacts avec eux et on sait qu’ils sont disparus depuis deux semaines. »

Ressources

 

Le Devoir n’a pas pu rencontrer les familles puisqu’elles sont actuellement en quarantaine en raison des mesures pour contrer la COVID-19.

Pour trouver des familles d’accueil, la mère de Yana Kapeluhova a installé une petite annonce à la charcuterie où elle travaille, sur la Rive-Sud. Recherche-t-elle d’autres personnes pour accueillir le reste de sa famille ? « Ce serait magnifique si on pouvait trouver des places, mais c’est sûr qu’on va commencer à regarder ça de plus près quand on aura les dates de leur arrivée », répond la jeune fille.

Normalement, ça aurait pris dix heures pour se rendre à la frontière, mais dans leur cas, ça a pris deux ou trois jours

Pour le reste, elle cherche des ressources communautaires pour leur procurer des vêtements, des accessoires d’hygiène, des lits…

Elle affirme que « ça se passe très très bien pour eux ici ». « Ils sont très reconnaissants, ils disent “merci” un million de fois. Il y a un si grand contraste entre l’atrocité des choses qu’ils voient là-bas et ce qu’ils reçoivent au Canada. Les enfants, eux, ne se rendent pas vraiment compte de ce qui se passe. Ils sont contents d’avoir de nouveaux jouets. Pour eux, tout est nouveau. »

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