Une université italienne née du mouvement Slow Food - Une Québécoise ira parfaire sa science de la gastronomie

L'inauguration de l'université des sciences de la gastronomie à Polenzo, en Italie, en octobre dernier (voir notre édition de lundi) est loin de passer inaperçue dans le monde de l'alimentation. Y compris à Montréal, où l'établissement y a recruté sa première candidate québécoise qui, à compter de février prochain, va user ses fonds de culotte sur les bancs de cette université en vue de devenir théoricienne de la gastronomie.

Geneviève Rousseau — c'est son nom —, 31 ans, vient en effet d'obtenir son billet d'entrée dans le programme de maîtrise de cette école imaginée et construite par le mouvement Slow Food pour faire germer à travers le monde les graines de sa révolution alimentaire. «C'est une chance inouïe», lance cette ancienne coordonnatrice de production, qui a travaillé entre autres sur les tournages des Invasions Barbares et de Mambo Italiano. «Cette université est unique au monde et les connaissances que l'on peut aller y chercher sont en parfaite harmonie avec les changements qui s'opèrent ici dans l'univers de l'agro-alimentation.»

N'empêche, du monde du cinéma à celui des fromages fins, la conversion est plutôt radicale. Mais elle a aussi un prix: 21 000 euros (32 500 dollars canadiens) de droits de scolarité pour un an d'étude intensive... hébergement, repas et trois voyages exploratoires dans plusieurs terroirs en Italie, en Espagne et en France compris. «C'est beaucoup, dit-elle. Surtout pour une étudiante du Québec qui peut difficilement se prévaloir de prêts et bourses pour ce programme.»

C'est vrai, commente Bernard Frenette, du Bureau de l'aide financière du ministère de l'Éducation du Québec. «Les prêts et bourses sont accessibles pour étudier à l'étranger, mais uniquement dans les établissements reconnus par le Québec», dit-il. Ce qui n'est pas le cas de l'université des sciences de la gastronomie, qui vient tout juste d'ouvrir ses portes.

Une demande de reconnaissance de l'établissement italien par le ministère a été déposée il y a quelques semaine par Mme Rousseau. «C'est un processus long et complexe, dit M. Frenette. Il faut que l'université soit reconnue par le ministère italien de l'Éducation, mais aussi que le programme soit unique, ce qui est généralement le cas dans les formations de niveau maîtrise.»

Ces critères, l'université des sciences de la gastronomie y satisfait sans aucun doute en offrant, par exemple, un programme de formation international qui scrute la gastronomie sous tous ses angles — sociologique, anthropologique, économique, politique — tout en évacuant la dimension culinaire de la chose: les cours de cuisine y sont en effet totalement inexistants.

En attendant le feu vert de Québec — qui, une fois donné, sera valable pour tous les candidats québécois — Geneviève Rousseau innove pour financer ce programme d'étude qu'elle a très hâte d'éprouver. Comment? En organisant bientôt un encan d'objets divers, mais aussi en frappant aux portes d'entreprises versées dans le bien-manger pour y obtenir de petites subventions.

«Un peu comme le modèle de financement de l'université qui fait appel à une multitude de donateurs pour son fonctionnement ou pour offrir des bourses [bourses accessibles uniquement aux étudiants venant de pays pauvres], dit-elle. Et, dans mon cas, ces entreprises devraient y trouver leur compte»... en réalisant ainsi un investissement à long terme.

C'est que, au retour d'Italie, Mme Rousseau, qui a mis une croix sur sa carrière cinématographique, compte bien devenir au Québec une agente de changement du mouvement Slow Food. «Il y a beaucoup à faire ici, poursuit la jeune femme. Et la promotion des produits du terroir m'intéresse beaucoup.»