Décès de Gabriel Hudon, l’un des fondateurs du FLQ

Gabriel Hudon lors de son procès en 1963.
Photo: Domaine public Gabriel Hudon lors de son procès en 1963.

L’un des fondateurs du Front de libération du Québec (FLQ), Gabriel Hudon, est décédé samedi, à l’âge de 80 ans. Il était l’un des 23 « prisonniers politiques » dont la libération était réclamée par les felquistes responsables des enlèvements d’octobre 1970.

Gabriel Hudon est dessinateur industriel en 1961 lorsqu’il adhère au Rassemblement pour l’indépendance nationale (RIN), un groupe de pression politique d’un genre nouveau. En février 1963, ce fils de débardeur, originaire du quartier ouvrier d’Hochelaga-Maisonneuve, choisit la voie de la violence politique. Inspiré par la montée des mouvements de décolonisation à travers le monde, dont le FLN en Algérie, il jette les bases du FLQ.

« Gabriel Hudon et Raymond Villeneuve sont les deux véritables fondateurs du FLQ, avec l’aide intellectuelle et philosophique de Georges Schœters », explique le journaliste et historien Louis Fournier dans un entretien avec Le Devoir.

À son apogée, à la fin du printemps 1963, le mouvement révolutionnaire québécois compte une trentaine de militants actifs. Le groupe multiplie les attentats à la bombe, faisant une victime, Wilfred O’Neil, le gardien de nuit d’un centre de recrutement de l’Armée canadienne.

« Vingt-quatre heures après la mort de M. O’Neil, nous étions une dizaine de membres réunis dans un appartement du carré Saint-Louis, écrit Hudon dans son autobiographie Ce n’était qu’un début. Ou La petite histoire des premiers pas du FLQ. À part quelques-uns qui paraissaient un peu nerveux, tout allait très bien. Nous étions tous disposés à continuer comme si de rien n’était. »

Ce premier FLQ est démantelé par la police en juin 1963, après quelques mois d’activité. « Nous nagions dans l’amateurisme le plus complet sur le plan sécurité, ajoute Hudon. Nous avons vite compris que nous étions passés de la parole aux actes beaucoup trop rapidement et que nous étions en train de violer toutes les lois touchant l’organisation et la protection des mouvements révolutionnaires clandestins. »

Gabriel Hudon est condamné à la plus lourde sentence, ex æquo avec Villeneuve, soit 12 ans de prison. Il obtient toutefois sa remise en liberté conditionnelle dès la fin de 1967, dans les mois qui suivent l’Exposition universelle, tenue à l’île Sainte-Hélène.

Mais Hudon retourne derrière les barreaux en juin 1970 pour un vol à main armée à la Caisse populaire de Saint-Calixte, dans les Laurentides. En octobre de la même année, il figure avec son frère Robert parmi les « prisonniers politiques » dont la libération est réclamée par le FLQ, en échange du diplomate britannique James Richard Cross et du ministre québécois Pierre Laporte.

C’est à partir de sa cellule de la prison de Bordeaux que Gabriel Hudon assiste à la désintégration du « Front » en 1971. Il en profite pour rédiger son récit autobiographique préfacé par l’ancien chef du RIN, Pierre Bourgault. « L’existence d’un mouvement révolutionnaire armé, dans le cadre spécifique du Québec, est étroitement dépendante des possibilités qui s’offrent aux Québécois de réaliser l’indépendance nationale par des moyens pacifiques dans un laps de temps raisonnable », écrit Hudon dans cet ouvrage publié en 1977 aux éditions Parti pris.

À sa sortie de prison, l’ex-felquiste entre aux éditions Québecor. Il occupe ensuite le poste de directeur de production du magazine Taxxi. Gabriel Hudon est de nouveau arrêté en 1998 dans le cadre d’une affaire de trafic de stupéfiants. « Ça a été un moment très difficile, explique sa veuve, Hélène Descheneaux, au Devoir. Connaissant Gabriel, il ne frayait pas dans ces milieux-là. Il avait horreur de ça. » 

Plutôt discret, l’ancien felquiste s’était retiré à Montebello en Outaouais. Il avait refusé de participer aux documentaires réalisés dans le cadre du cinquantième anniversaire de la crise d’Octobre.

À voir en vidéo