Face à des «problèmes majeurs», les travailleurs sociaux tiendront des états généraux

Les professionnels souhaitent trouver des solutions à des problèmes qui prennent de plus en plus d’ampleur dans le domaine.
Getty Images/iStockphoto Les professionnels souhaitent trouver des solutions à des problèmes qui prennent de plus en plus d’ampleur dans le domaine.

L’Ordre des travailleurs sociaux et des thérapeutes conjugaux et familiaux du Québec a annoncé samedi la tenue imminente d’états généraux pour faire le point et trouver des solutions aux problèmes qui prennent de plus en plus d’ampleur dans le domaine.

Durant l’année et demie que durera la démarche, l’Ordre souhaite faire le tour de la province et entendre les témoignages de travailleurs sociaux, mais aussi des autres acteurs concernés, comme les organismes communautaires, les milieux autochtones ou les centres scolaires.

Avec une surcharge de tâches, les travailleurs sociaux se retrouvent souvent « incapables de faire leur travail dans le respect du Code de déontologie de la profession », a prévenu le président de l’Ordre, Pierre-Paul Malenfant, en entrevue téléphonique. Il a rappelé que 20 000 Québécois sont sur des listes d’attentes pour recevoir de l’aide en santé mentale.

« Souvent, on va se retrouver à travailler continuellement en crise, à gérer des listes d’attente plutôt que d’être capable de prendre le temps avec les gens qui ont des besoins pour les accompagner dans la résolution de leurs problèmes », a-t-il expliqué.

Résultat : le métier connaît un « exode des professionnels », comme nombre d’entre eux quittent le réseau. « Pour nous, c’est un signal d’alarme, il faut arrêter cette érosion-là. »

M. Malenfant a appelé le gouvernement de François Legault à ne pas oublier le travail social dans son futur plan de rétablissement du système de santé et de services sociaux.

Dans le budget déposé cette semaine, Québec a investi 5,2 milliards $ sur cinq ans à cet effet.

Les conséquences de la réforme Barrette

 

Au cours des dernières années, « les budgets ont surtout été concentrés autour du médical, autour de l’hôpital », a dit M. Malenfant. Pourtant, « si on n’investit pas de façon importante en prévention [...] les gens se retrouvent à aller consulter leur médecin, se retrouvent aux urgences, alors qu’ils pourraient s’appuyer sur des programmes sociaux de première ligne, de proximité et accessibles ».

Il a jeté une partie du blâme sur la réforme Barrette de 2015, qui a « créé des mégastructures avec une gestion où tout est concentré autour du ministère ». « Nous, ce qu’on dit, c’est que ça nous prend des structures décentralisées », a-t-il plaidé.

« Dans la nouvelle structure, il n’y a plus de Direction des services sociaux. Tout ça est éclaté et chacun est de son côté à faire son travail du mieux qu’il peut. »

En conséquence, il y a d’après lui un « manque de soutien clinique » fourni aux travailleurs sociaux, qui souvent « peuvent rencontrer des situations difficiles qui demandent d’avoir l’opinion d’experts, de pouvoir en parler avec des conseillers cliniques ».

Il souhaiterait ainsi pouvoir « mettre à contribution tous les professionnels, que ce soit les travailleurs sociaux et travailleuses sociales, les médecins, les psychologues ou d’autres membres du réseau, qu’ils puissent travailler ensemble avec une réalité ».

Selon lui, la pandémie a pu « mettre en lumière que notre filet social, qui était perçu comme tant à l’avant-garde, est percé de partout ».

Une société en constante évolution

 

Les états généraux, les premiers dans le domaine depuis 1998, seront aussi l’occasion de se pencher sur les nouveaux enjeux auxquels les intervenants doivent s’adapter, pour cerner les meilleures pratiques à ce sujet.

Le vieillissement est un enjeu de taille, alors qu’« en 2030, il va y avoir 25 % de la population qui va avoir plus de 65 ans, donc ça demande des ajustements ». M. Malenfant a aussi cité « la croissance des inégalités sociales », liée à une « inflation galopante ». Cette dernière a dépassé les 5 % en janvier dernier, selon les données les plus récentes de la Banque du Canada.

La crise climatique est un autre enjeu qui n’existait pas auparavant.

Des groupes marginalisés ont aussi commencé à prendre leur place sous les projecteurs, comme les peuples autochtones ou les personnes transgenres.

Cet article a été produit avec le soutien financier des Bourses Meta et La Presse Canadienne pour les nouvelles.

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