Embûches additionnelles pour les femmes marginalisées qui ont subi des violences

Pour Roxanne Ocampo du Regroupement québécois des CALACS, il y a nécessité de placer les besoins des victimes au centre des réformes en cours.
Marie-France Coallier Le Devoir Pour Roxanne Ocampo du Regroupement québécois des CALACS, il y a nécessité de placer les besoins des victimes au centre des réformes en cours.

Bien des obstacles supplémentaires se dressent le long du parcours des femmes marginalisées qui souhaitent obtenir justice après avoir subi de la violence sexuelle ou conjugale. D’une voix commune, quatre organismes luttant contre les violences faites aux femmes ont demandé jeudi au gouvernement du Québec de prendre davantage en considération les besoins particuliers de ces femmes dans les chantiers présentement en déploiement.

Que ce soit pour le projet de tribunal spécialisé en matière de violences sexuelle et conjugale, pour les mesures visant à répondre aux recommandations du rapport Rebâtir la confiance ou encore pour le plan d’action gouvernemental de lutte contre l’exploitation sexuelle, ces organismes estiment qu’il y a un danger que le système reproduise les inégalités qui touchent les femmes issues de l’immigration, racisées, autochtones, en situation de handicap, sourdes ou appartenant à une minorité sexuelle ou de genre.

« Il y a beaucoup d’incertitudes et d’angles morts autour de ces chantiers-là, s’inquiète Roxanne Ocampo, agente aux communications du Regroupement québécois des CALACS (Centres d’aide et de lutte contre les agressions à caractère sexuel). Il y a le risque bien réel que ces réformes laissent pour compte certaines victimes et reproduisent en fin de compte les mêmes obstacles. »

Ces obstacles ont été détaillés dans une nouvelle étude intitulée Justice pour les femmes marginalisées victimes de violences sexospécifiques, réalisée par les chercheuses de l’UQAM Geneviève Pagé, Sarah Thibault et Carole Boulebsol. Les résultats de cette étude se fondent sur les témoignages de 60 intervenantes travaillant auprès de femmes marginalisées.

Difficultés spécifiques

 

« Les contacts de ces femmes avec le système de justice sont marqués par des difficultés qui leur sont spécifiques et qui s’inscrivent au sein de dynamiques sociales plus globales », a expliqué Manon Monastesse, directrice de la Fédération des maisons d’hébergement pour femmes. Parmi ces barrières se trouvent la méfiance à l’égard du système de justice, le manque de services de traduction et d’interprétation, la discrimination systémique, les préjugés racistes et l’insécurité culturelle.

Ainsi, une intervenante a confié aux chercheuses que plusieurs immigrantes choisissaient de ne pas dénoncer de peur de nourrir les préjugés envers leur communauté. « C’est triste que les femmes aient ce choix à faire : est-ce que je tiens à la réputation de la communauté ou je me protège et je porte plainte ? »

Une autre intervenante a révélé que la précarité du statut d’immigration de certaines femmes et leur crainte par rapport au système de justice nuisaient à la dénonciation de situations de violence. « Elles ont peur du système, […] leur conjoint leur a dépeint un portrait fautif du système ici, elles ont peur d’être déportées à cause de leur statut », a-t-elle rapporté.

Enfin, une autre intervenante a soutenu que les femmes sourdes, qui vivent en situation de handicap ou qui n’ont pas le français comme langue maternelle ont la crainte de ne pas être comprises ou jugées crédibles. « Les policiers la croiront-ils ? Aura-t-elle accès à un interprète ? Son récit sera-t-il bien consigné ? » a-t-elle relevé.

Pour mieux appuyer et accompagner ces femmes marginalisées, les intervenantes interviewées ont recommandé une bonification de la formation des policiers, des enquêteurs, des procureurs et des juges. Une avenue qui permettrait de « sensibiliser et former en continu les personnes qui interviennent auprès des femmes […] en tendant à développer des relations basées sur le lien de confiance, l’ouverture et le respect », a fait valoir Louise Riendeau, du Regroupement des maisons pour femmes victimes de violence conjugale.

Pour Roxanne Ocampo, il y a nécessité de placer les besoins des victimes au centre des réformes en cours. « On espère que cette étude fera mieux comprendre pourquoi bon nombre de femmes marginalisées choisissent de ne pas porter plainte face à tous ces obstacles », a-t-elle déclaré.

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