Une maman interdite d’allaiter au Centre Eaton

L’allaitement dans les lieux publics est un droit fondamental.
Photo: Valérian Mazataud Le Devoir L’allaitement dans les lieux publics est un droit fondamental.

Une maman qui allaitait son bébé au Centre Eaton samedi après-midi s’est fait prier d’arrêter par une agente de sécurité, jugeant le geste « intime et privé », a rapporté l’agence QMI.

Alors que sa sœur magasinait, Isabelle Côté s’est installée sur un banc pour donner le sein à son enfant. Une agente de sécurité l’a alors rapidement approchée, puis lui a demandé de se rendre dans une salle d’allaitement privée du centre commercial. Le superviseur de l’agente de sécurité, réclamé par Mme Côté, aurait tenu le même discours.

« Je suis outrée de ce qui s’est passé, a confié la résidente en psychiatrie de l’Université McGill à l’agence QMI. Jamais je n’aurais pensé que c’est encore un problème en 2022. »

De retour chez elle, Mme Côté a contacté le service à la clientèle du centre commercial. Dans une réponse publiée par le journal 24 heures, la directrice du Centre Eaton, Melyssa Houle, a affirmé « qu’il s’agit d’un cas isolé et que le Centre Eaton de Montréal encourage l’allaitement maternel dans toutes ses aires communes, tel que prescrit par la Charte des droits et libertés québécoise et canadienne ».

Mme Houle a également rappelé que le centre commercial dispose de salles d’allaitement privées et indiqué que « tout le personnel administratif et de soutien sera rencontré sous peu afin de réitérer les politiques en vigueur en matière d’allaitement dans les aires communes ».

Contacté par Le Devoir, le Centre Eaton a répondu ne pas commenter « publiquement la gestion de ce dossier », celui-ci ayant « été pris en charge par la direction ».

Isabelle Côté, qui a une maîtrise en droit, a dénoncé samedi soir l’acte « inacceptable et inconstitutionnel » du Centre Eaton sur sa page Facebook, rappelant qu’« allaiter en public est un droit ». La mère a alors reçu une vague de commentaires dénonçant la réaction « honteuse » du centre commercial.

La Commission des droits de la personne et de la jeunesse du Québec, qui prend la situation « très au sérieux », a elle aussi commenté la publication Facebook, invitant Mme Côté à porter plainte.

C’est maintenant chose faite. En entrevue avec l’agence QMI, la plaignante a déclaré ne pas vouloir d’argent, mais chercher à « sensibiliser les gens ».

Un droit fondamental

 

Considéré comme un droit fondamental, l’allaitement dans des lieux publics est protégé par la Charte des droits et des libertés de la personne, la Commission des droits de la personne et de la jeunesse du Québec, ainsi que la Charte canadienne des droits et libertés.

Selon le site Éducaloi, la jurisprudence établit que « puisque l’allaitement maternel est quelque chose que seules les femmes peuvent faire, empêcher une femme allaitante d’avoir accès à un endroit public est une discrimination fondée sur le sexe ». Par ailleurs, d’anciennes affaires judiciaires ont permis de rappeler que « l’allaitement n’était pas un geste d’exhibition, mais plutôt un geste naturel intimement lié à la capacité d’une femme de donner naissance à un enfant ».

Si les salles d’allaitement privées dans le centre commercial permettent d’accommoder les femmes préférant s’isoler, elles ne devraient pas, selon la loi, empêcher les autres mères d’allaiter là où elles le souhaitent.

« Par solidarité et en guise de protestation contre cette politique discriminatoire et contre la loi », plusieurs dizaines de mères se déplaceront au Centre Eaton dimanche, afin de « nourrir [leurs] enfants en public », peut-on lire dans la description de l’événement Facebook.

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