Serge Ménard persiste et signe sur son rapport, dix ans après le Printemps érable

Serge Ménard a présidé la Commission spéciale d’examen des événements du printemps 2012.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Serge Ménard a présidé la Commission spéciale d’examen des événements du printemps 2012.

Le rapport de la Commission spéciale d’examen des événements du printemps 2012 a porté ses fruits, même s’il a été « tabletté » par le gouvernement de Philippe Couillard, estime son principal coauteur, Serge Ménard.

Dix ans après les événements, l’ex-ministre de la Sécurité publique est « convaincu » que son rapport a « eu de bons effets ». « Il y a des méthodes policières qu’on a découragées », lance l’ancien élu, le regard posé sur la pile de papiers qu’il a déjà nommée son « testament ». « Les policiers l’ont suivi. Ils en tiennent compte. Il n’y a plus de souricières. »

Celui qui a mandaté la Commission en 2013, l’ancien ministre péquiste Stéphane Bergeron, acquiesce. Lors du débat d’urgence mené après les manifestations du mois de février dernier à Ottawa, l’élu, maintenant sous la bannière du Bloc québécois, a vanté le travail de la Sûreté du Québec, qui, à ses yeux, puise une part de ses pratiques dans le travail de M. Ménard et de ses collègues.

« J’aime à penser que la façon exemplaire dont les policiers se sont comportés à Ottawa pour mettre fin à cette occupation illégale des rues du centre-ville s’est grandement inspirée des conclusions de la Commission […], quant à l’emploi de la force dans des situations de manifestations et de troubles publics », a-t-il dit entre les murs de la Chambre des communes le mois dernier.

En entrevue avec Le Devoir en 2014, après avoir déposé son touffu rapport, Serge Ménard s’était dit « attristé » de sa réception. « Je trouve ça épouvantable. L’ont-ils au moins lu, le rapport ? » lançait-il alors à l’égard du gouvernement nouvellement élu et de sa ministre de la Sécurité publique, Lise Thériault, qui avait rejeté en bloc les recommandations contenues dans le document.

« C’était purement une réaction de politique partisane », rétorque Serge Ménard des années plus tard. Parce que vous avez été élu sous la bannière du Parti québécois ? lui demande-t-on. « Oui ! », répond-il du tac au tac.

Lise Thériault maintient sa version des faits. Dix ans après, elle considère toujours que les 450 pages du rapport Ménard étaient « une réponse politique à une commande politique », comme elle l’avait dit à son arrivée en poste, en 2014. « Il faut se rappeler que ce rapport avait été commandé par le [Parti québécois] », a-t-elle dit dans une déclaration au Devoir lundi.

S’il croit aussi que le gouvernement Couillard a rejeté une bonne part des recommandations de la commission, Stéphane Bergeron a l’intime conviction qu’« à l’École de police », il a eu des échos. « Force est de constater qu’il y a des changements qui ont été apportés », lance-t-il en entrevue.

« Pas enragé »

D’après Serge Ménard, ceux qui devaient lire le rapport l’ont suivi. Les institutions policières et les groupements étudiants au premier chef. « C’est pour ça que je ne suis pas enragé. Ses détracteurs, par contre, c’est évident qu’ils ne l’ont pas lu », soutient-il.

Le gouvernement Couillard n’est pas seul à avoir torpillé le « rapport Ménard » à la suite de sa parution, avance son cosignataire. La population cherchait des « coupables », selon lui. « Les gens étaient exaspérés et s’attendaient à des condamnations. Des étudiants ou des policiers », dit-il.

« On a condamné ce qui était condamnable. Détenir des gens pendant quatre heures et les empêcher d’aller aux toilettes, je veux dire… »

Dans son rapport, Serge Ménard vante à plusieurs reprises la médiation comme moyen de sortie de crise de première importance. « Dans le but d’éviter que les conflits ne dégénèrent en crise sociale, la Commission réitère l’importance de la négociation et de la médiation », indique d’ailleurs la première des 28 recommandations du groupuscule de commissaires.

« [Le premier ministre Jean] Charest s’est assis sur le principe suivant : l’État ne négocie pas avec ses sujets. Pourtant, la médiation aurait réussi. Peut-être qu’on n’aurait pas vécu ça », analyse-t-il aujourd’hui. S’il a hésité à distribuer des blâmes lors de l’écriture de son rapport, Serge Ménard montre désormais du doigt le gouvernement Charest, qui avait déposé la proposition de hausse des droits de scolarité ayant mis le feu aux poudres.

Une décennie plus tard, « la plaie s’est refermée », soutient M. Ménard. Il s’étonne toutefois que le gouvernement de Jean Charest ait maintenu ses intentions de revoir les droits de scolarité en 2012. Une décennie plus tard, Serge Ménard se prononce : « On gèle. En gelant, on arrive, avec l’inflation, à la gratuité. »

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