Un nouvel arrêt de travail perturbe le Canadien Pacifique

Plus de 3000 employés de l’entreprise se retrouvent sur les piquets de grève après l’échec des dernières négociations.
Photo: Jeff McIntosh La Presse canadienne Plus de 3000 employés de l’entreprise se retrouvent sur les piquets de grève après l’échec des dernières négociations.

Les Canadiens s’attendent à ce que le conflit au Canadien Pacifique soit réglé rapidement, a déclaré dimanche le ministre fédéral du Travail, Seamus O’Regan, quelques heures après le début de l’arrêt de travail.

Déjà, de nombreuses organisations exercent des pressions sur le ministre pour qu’il intervienne afin de mettre un terme au conflit. Toutefois, un porte-parole de M. O’Regan a fait savoir que le gouvernement continue de croire que la meilleure façon de régler ce conflit est d’en arriver à une solution négociée.

« Les négociations comportent toujours des défis, mais il faut savoir les surmonter pour obtenir l’accord voulu. Le CP et la CFTC poursuivent leur travail aujourd’hui. Les Canadiens comptent sur une résolution rapide », a-t-il déclaré sur Twitter, dimanche matin. 

Plus de 3000 employés du Canadien Pacifique — ingénieurs de locomotive, de chefs de train, agents de train et agents de triage — représentés par la Conférence ferroviaire de Teamsters Canada (CFTC) se retrouvent sur les piquets de grève après l’échec des dernières négociations.

Le président de la Chambre du commerce du Canada, Perrin Beatty, a déjà réclamé une loi spéciale pour mettre un terme à l’arrêt de travail. « Cet arrêt de travail aura des répercussions négatives sur l’ensemble des entreprises canadiennes, grandes comme petites, qui dépendent du chemin de fer pour leur approvisionnement, a-t-il déclaré. Cela nuit aux chaînes d’approvisionnement canadiennes à une période de grande incertitude. Cela va dépasser nos frontières et nuire à notre réputation de partenaire d’affaires fiables à l’échelle mondiale. »

La Chambre des communes reprendra lundi ses travaux après une pause de deux semaines. Le gouvernement fédéral pourrait présenter un projet de loi dès cette semaine s’il le veut.

Fertilisants Canada a également demandé une « action immédiate » du gouvernement fédéral. « L’interruption d’un service ferroviaire essentiel au cours de la cruciale saison des semences aura des répercussions dévastatrices sur les fermiers, l’économie et la sécurité alimentaire, tant au Canada qu’à l’étranger », a écrit l’organisme.

Grève ou lockout ?

La direction et le syndicat blâment chacun la partie adverse pour cet arrêt de travail qui frappe une chaîne d’approvisionnement déjà fortement perturbée au cours des derniers mois.

Le Canadien Pacifique avait annoncé mercredi un ultimatum de 72 heures. S’il n’y avait pas d’entente à la fin de ce délai, l’entreprise imposerait un lockout aux employés.

Un porte-parole du CP, Patrick Waldron, a raconté que la partie patronale a présenté samedi une nouvelle offre à la CFTC en présence des médiateurs fédéraux. « Nous n’avons pas reçu de réponse », a-t-il affirmé.

Il a reproché au syndicat d’avoir commencé à demander aux employés de quitter leur poste avant minuit. Pour lui, c’est la CFTC qui a déclenché une grève, et non la direction qui a imposé un lockout.

M. Waldron a dit que l’entreprise voulait poursuivre les négociations, mais réclame la fin de l’action syndicale. Il a ajouté que le CP appuyait toute intervention gouvernementale. Selon lui, la conduite du syndicat est « malhonnête et irresponsable ».

Dès 0 h 03, dimanche matin, la CFTC avait publié un communiqué accusant l’entreprise d’avoir imposé un lockout. Elle reprochait à la direction du CP de mettre la chaîne d’approvisionnement canadienne et des dizaines de milliers d’emplois en danger. « Après une pandémie, l’explosion des prix des denrées et des produits, la guerre en Ukraine, le transporteur ferroviaire ajoute une couche d’insécurité chez les Canadiens et les Canadiennes, particulièrement celles et ceux qui dépendent du réseau ferroviaire », pouvait-on lire dans le communiqué.

Quelques heures plus tard, un deuxième communiqué faisait état d’un lockout et d’une grève.

« Nous sommes très déçus de la tournure des événements, a expliqué Dave Fulton, porte-parole de la CFTC à la table de négociation dans le premier communiqué. La direction du Canadien Pacifique doit assumer l’entière responsabilité de la situation. […] De plus, [l’employeur] a ensuite modifié les règles du jeu à la dernière minute quand est venu le temps d’échanger sur les termes d’un arbitrage final et obligatoire. »

M. Waldron a indiqué que le Canadien Pacifique suspendait de façon sûre ses services dans l’ensemble du pays.

La direction et le syndicat négocient depuis septembre. Les salaires et les fonds de pension figurent parmi les principaux points en litige. Le syndicat veut aussi régler la question concernant l’endroit où les employés doivent prendre leur période de repos obligatoire.

Il s’agit du cinquième arrêt de travail au Canadien Pacifique depuis 1993. Au cours des neuf dernières négociations, les deux parties ont eu huit fois recours à des conciliateurs fédéraux.

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