Retard appréhendé pour le REM de l’Est

La mise en service du REM de l’Est était prévue pour 2029, mais le report des audiences du BAPE laisse entrevoir un possible retard dans l’échéancier.
Jacques Nadeau Le Devoir La mise en service du REM de l’Est était prévue pour 2029, mais le report des audiences du BAPE laisse entrevoir un possible retard dans l’échéancier.

Après l’annonce par CDPQ Infra du report des audiences du Bureau d’audiences publiques sur l’environnement (BAPE) sur le Réseau express métropolitain (REM) de l’Est, Montréal dit s’attendre à ce que la filiale de la Caisse de dépôt et placement du Québec (CDPQ) « fasse ses devoirs » et améliore son projet afin que celui-ci soit « exemplaire ».

CDPQ Infra a confirmé jeudi que les audiences du BAPE sur le projet, qui devaient se tenir ce printemps, seraient repoussées, faute d’obtenir l’adhésion de la Ville de Montréal, comme le rapportait La Presse en matinée. « Avec l’ampleur d’un projet comme le REM de l’Est, qui est essentiel pour l’est et le nord-est de Montréal, nous accordons une grande importance à ce que tous les partenaires adhèrent à un alignement commun. Prendre le temps de s’assurer d’un tel alignement avant de lancer le processus du BAPE est naturel et nécessaire », a indiqué jeudi le directeur des communications de CDPQ Infra, Jean-Vincent Lacroix.

La mise en service du REM de l’Est était prévue pour 2029, mais le report des audiences du BAPE laisse entrevoir un possible retard dans l’échéancier.

La mairesse Valérie Plante a de son côté rappelé la nécessité pour CDPQ Infra d’améliorer sa proposition. « CDPQ Infra doit assurer le succès du REM et a des devoirs à faire pour qu’il se fasse de façon exemplaire. Tous les experts [appuient] les conditions exigées par la Ville de Montréal depuis le début pour que ce projet soit un succès à la hauteur des attentes de la population montréalaise », a indiqué jeudi son cabinet dans une déclaration transmise aux médias.

Le bureau de la mairesse a souligné que, dans son rapport déposé la semaine dernière, le comité d’experts indépendants avait formulé plusieurs recommandations concernant la gouvernance et l’intégration urbaine du projet. « On s’attend à ce que CDPQ Infra fasse ses devoirs et réponde aux demandes exprimées dans le rapport du comité d’experts », a soutenu l’attachée de presse de la mairesse, Catherine Cadotte.

Acceptabilité sociale

 

Des citoyens de Mercier-Est pressent pour leur part la mairesse Plante de rejeter le projet et de cesser de « quémander une place à la table de négociation de CDPQ Infra ».

Le groupe Collectif en environnement Mercier-Est, qui a tenu une assemblée citoyenne mercredi soir, estime que le projet n’obtient pas l’acceptabilité sociale. « Nous trouvons odieuse l’attitude du premier ministre Legault de laisser reposer sur les épaules de Mme Plante l’avenir du transport collectif dans l’est de Montréal, alors que c’est lui qui a donné les clés et les pouvoirs à CDPQ Infra », affirme le président du Collectif, Raymond Moquin.

L’opposition à l’hôtel de ville craint toujours d’assister à la mort prématurée du projet. « En raison de son manque de leadership, la mairesse Plante est en train de faire mourir le plus grand projet de transport collectif à Montréal. Elle a eu plus d’un an pour préciser auprès des parties prenantes ce qu’elle considère comme “une intégration exemplaire” du REM de l’Est depuis son annonce, en décembre 2020 », a déploré le chef d’Ensemble Montréal par intérim, Aref Salem.

Le report des audiences du BAPE a aussi eu des échos à Québec. La cheffe du Parti libéral du Québec, Dominique Anglade, a réclamé au gouvernement qu’il fasse une place à la Ville de Montréal dans la planification du projet. « Je pense que ça témoigne de la gestion, de la gouvernance de la CAQ. Ne pas impliquer les personnes en amont, a-t-elle dit. Je pense que tous les joueurs doivent être autour de la table pour prendre des décisions, ce qui n’a pas été le cas avec la Ville de Montréal. »

De son côté, Manon Massé juge que malgré les gains réalisés en matière d’intégration urbaine, d’importants doutes subsistent. La co-porte-parole de Québec solidaire n’est toujours pas convaincue qu’il est impossible de faire passer le REM de l’Est en souterrain au centre-ville, comme l’affirme CDPQ Infra. « Ce projet-là est très discutable. La forme qui nous a été présentée ne répond pas aux besoins. Est-ce qu’on doit tirer la plug ? On n’est pas loin de ça. »

Joël Arseneau, chef parlementaire du Parti québécois, croit que le report des audiences du BAPE n’est pas une mauvaise chose. « François Legault doit prendre le leadership et s’assurer que le comité soit mis en place, que la Ville ait son point de vue, sa part de responsabilité et son mot à dire. L’ARTM [Autorité régionale de transport métropolitain] aussi doit être incluse, pour qu’on trouve le meilleur projet pour desservir les citoyens et non pas pour augmenter les revenus de la CDPQ », a-t-il expliqué.

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