Sylvain Caron quittera la direction du SPVM plus tôt que prévu

Selon les informations obtenues, Sylvain Caron a l’intention de quitter son poste pour des raisons personnelles et non en raison d’un désaccord avec l’administration à l’hôtel de ville.
Valérian Mazataud Le Devoir Selon les informations obtenues, Sylvain Caron a l’intention de quitter son poste pour des raisons personnelles et non en raison d’un désaccord avec l’administration à l’hôtel de ville.

Le directeur du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) quittera ses fonctions avant la fin de son mandat, selon des informations confirmées par Le Devoir.

Nommé à la tête du SPVM en novembre 2018, Sylvain Caron avait obtenu un mandat de cinq ans qui devait se terminer à la fin de 2023. Selon les informations que nous avons obtenues, le chef de police quitterait son poste pour des raisons personnelles, et non pas en raison d’un désaccord avec l’administration Plante.

Au cours de son mandat, Sylvain Caron a notamment mis en place une politique d’interpellation après qu’un rapport eut révélé des « biais systémiques » des policiers à l’égard des minorités. En décembre 2020, il avait aussi mis en place une escouade de lutte contre le trafic d’armes, alors que la métropole faisait face à une flambée de la violence.

Postes de quartier

 

Dans les derniers mois, cependant, M. Caron a eu quelques différends avec l’administration Plante. Le 6 janvier dernier, lors de l’étude du budget de la Ville par la Commission des finances, il avait indiqué qu’il envisageait la fermeture de postes de quartier pour des raisons budgétaires. La mairesse, Valérie Plante, avait toutefois écarté cette possibilité, affirmant qu’aucune demande formelle de fusion de postes n’avait été déposée par le SPVM.

Une conférence de presse est prévue mardi matin avec le chef de police et la mairesse de Montréal.

 

Sylvain Caron avait succédé à Martin Prud’homme, qui avait été nommé à la tête du SPVM de façon temporaire en 2017 à la suite de la suspension de l’ancien directeur Philippe Pichet. Avant de se joindre au SPVM au printemps 2018, Sylvain Caron occupait les fonctions de directeur adjoint à la Sûreté du Québec. Auparavant, il avait dirigé le service de police de Sorel-Tracy de 1981 à 2002.

Pour l’opposition à l’hôtel de ville, le départ hâtif de Sylvain Caron démontre que l’administration Plante a « perdu le contrôle de ce qui se passe au SPVM ». « Refus d’embaucher les 250 nouveaux policiers promis, élimination surprise des postes de quartier, positions changeantes sur le projet des caméras corporelles, définancement du SPVM, policiers au bord du gouffre : il suffit de faire le bilan de la dernière année pour constater à quel point l’administration n’a pas su maintenir de bonnes communications et de bonnes relations avec son service de police et son chef », a lancé le chef par intérim d’Ensemble Montréal, Aref Salem.

Selon lui, il est préoccupant de voir le chef de police quitter son poste alors que la métropole traverse une crise majeure en matière de violence.

 

Stabilité retrouvée

Ancien inspecteur au SPVM, Guy Ryan estime que Sylvain Caron a réussi à ramener une certaine stabilité au SPVM après des années de « tempête ».

« La machine avait dérapé depuis quelques années. Et, vous savez, la crédibilité d’un service de police, ça ne se construit pas en criant ciseau. Ça prend des années avant que les gens aient confiance au service de police. Mais le SPVM était un gros bateau pour lui. Il venait quand même d’un petit corps de police, [celui de] Sorel-Tracy, avant », dit-il.

Montréal est toujours aux prises avec des problèmes de violence, mais selon l’ex-policier, Sylvain Caron a « pris le taureau par les cornes » dans ce dossier en créant des unités spéciales.

Le président de la Fraternité des policiers de Montréal, Yves Francœur, a lui aussi salué la contribution de M. Caron à la stabilité du SPVM et a souligné « l’esprit de collaboration dont il a su faire preuve ». « Il aura été présent à un moment charnière », a indiqué M. Francœur dans une déclaration transmise aux médias.

Le directeur du Centre de recherche-action sur les relations raciales, Fo Niemi, a pour sa part souligné l’engagement de Sylvain Caron pour le bien-être de la population durant la pandémie.

M. Niemi estime toutefois que les efforts du SPVM en matière de droits de la personne et de lutte contre le profilage racial ont été « modestes » et n’ont pas donné les résultats escomptés. « Nous souhaitons que les réformes entreprises sous son règne puissent permettre à son successeur de relever ces défis avec une meilleure orientation de police communautaire, et une concertation plus vive avec les composants de la population dans toute sa diversité », a-t-il précisé par courriel.

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