L’accueil d’Ukrainiens au Québec pourrait mettre du temps à se concrétiser

Mardi, des réfugiés fuyant le conflit en Ukraine tenaient des fleurs à l’occasion de la Journée internationale des droits des femmes, à la frontière roumano-ukrainienne, à Siret, en Roumanie.
Andreea Alexandru Associated Press Mardi, des réfugiés fuyant le conflit en Ukraine tenaient des fleurs à l’occasion de la Journée internationale des droits des femmes, à la frontière roumano-ukrainienne, à Siret, en Roumanie.

Bien que le gouvernement Legault se soit engagé à participer à l’accueil d’Ukrainiens, ce n’est pas demain la veille que les premiers ressortissants de ce pays en guerre pourront fouler le sol québécois et encore moins prétendre qu’ils y vivront de façon permanente. Inspiré du gouvernement fédéral, qui a la compétence en matière de réunification familiale, le « programme humanitaire spécial » québécois est à la merci des délais des programmes d’Ottawa, qui ne seront pas mis sur pied avant plusieurs semaines, voire des mois, observent les acteurs du milieu.

La réunification familiale est une compétence fédérale, mais le Québec peut décider d’élaborer un programme par lequel il sélectionne les candidats avec des critères qui lui sont propres. Le programme spécial québécois ressemblera-t-il à ce qui avait été mis sur pied pour les Haïtiens après le séisme de 2010 ? « Les modalités du programme humanitaire spécial pour le regroupement familial sont à déterminer en collaboration avec le gouvernement fédéral », explique Maude Méthot-Faniel, attachée de presse du ministre de l’Immigration, de la Francisation et de l’Intégration, Jean Boulet, en se refusant à toute comparaison. « Des annonces seront faites sous peu. »

Mais bien avant de pouvoir accéder à la résidence permanente, les Ukrainiens pourront venir au pays grâce à une « autorisation Canada-Ukraine pour le voyage d’urgence », qui leur permettra de rester deux ans au pays avec un visa de visiteur ou un permis de travail ouvert. Cette démarche promise par Ottawa pour la mi-mars devrait se comparer à « remplir un formulaire simple », même si certaines étapes difficiles à réaliser dans un contexte de guerre, comme la prise de données biométriques, restent obligatoires.

Québec pourrait ensuite recevoir sa part de ressortissants — et non de « réfugiés », car les Ukrainiens qui fuient leur pays ne sont pas des « réfugiés » au sens de la Convention de Genève, comme le rappelait l’avocat en immigration Guillaume Cliche-Rivard sur son profil Facebook —, qui, en plus de leur statut temporaire, bénéficieraient de mesures facilitant leur accueil, comme l’accès aux soins de santé gratuits et l’inscription à l’école et en CPE. « C’est le tapis rouge avec l’accès à tous les services qui leur sera déroulé, et le fédéral fera la même chose », indique Stephan Reichhold, de la Table de concertation des organismes au service des personnes réfugiées et immigrantes. Les organismes d’accueil sur le terrain se disent prêts, mais s’attendent à des délais. « On ne s’attend pas à une arrivée très prochaine », ajoute-t-il.

Une décision « sans précédent »

M. Reichhold salue néanmoins cette décision « sans précédent » d’accueillir temporairement les immigrants qui voudront retourner chez eux ou immigrer de façon permanente. « C’est vraiment un tournant dans la politique canadienne. C’est la première fois que le Canada permet aux gens d’arriver d’abord », dit-il. Il rappelle que les Haïtiens et les Afghans n’avaient pas eu cette chance.

Il dit toutefois craindre que l’obtention de ce statut temporaire et du permis de travail tarde trop. « Ça pourrait prendre quelques semaines, peut-être des mois. […] Et on sait que ça peut prendre des mois avant qu’[Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada] soit capable de délivrer un permis de travail. »

Aucune cible chiffrée n’a été fixée par le gouvernement canadien. Mardi, lors d’un point de presse, le premier ministre François Legault ne s’est pas non plus avancé sur le nombre d’Ukrainiens que le Québec accueillerait. « Comme on l’a fait avec les Afghans et les Syriens, avec les Haïtiens, on va faire un geste spécial pour accueillir de façon permanente les Ukrainiens. Maintenant, combien, c’est difficile de le dire, car on ne sait pas combien veulent venir », a-t-il indiqué.

À cette question, la directrice du Centre d’appui aux communautés immigrantes, Anait Aleksanian, dit avoir une réponse « mitigée ». « Il y a une importante communauté ukrainienne au Canada, la deuxième après la Russie, et ça peut attirer des Ukrainiens qui ont de la famille ici. Mais je pense que la plupart des personnes vont vouloir retourner chez elles à un moment donné, quand la situation va s’améliorer », dit cette Arménienne d’origine dont la grand-mère est Ukrainienne. Son organisme n’est pas moins prêt à les accueillir. « On est là pour ça. »

Avec Marco Bélair-Cirino

À voir en vidéo