Le REM blâmé pour de nombreuses lacunes de sécurité

La CNESST a également soulevé des inquiétudes en avril dernier concernant le manque d’aération dans le tunnel du mont Royal malgré le risque de présence de silice, une poussière invisible et hautement toxique.
Photo: Marie-France Coallier Le Devoir La CNESST a également soulevé des inquiétudes en avril dernier concernant le manque d’aération dans le tunnel du mont Royal malgré le risque de présence de silice, une poussière invisible et hautement toxique.

Risques de chute pour un employé, présence de poussière toxique dans le tunnel et mauvaise gestion d’explosifs : la Commission des normes, de l’équité, de la santé et de la sécurité du travail (CNESST) a réprimandé à maintes reprises le maître d’œuvre du Réseau express métropolitain (REM) dans les derniers mois.

La CNESST a rendu public mardi le résultat d’une demande d’accès à l’information qui visait à obtenir l’ensemble des rapports d’intervention rédigés par ses inspecteurs concernant le chantier du REM dans le tunnel du mont Royal entre le 14 novembre 2020 et le 25 janvier dernier. L’origine de la demande n’a pas été précisée.

Signe de l’ampleur des défis qu’a rencontrés ce chantier au cours des derniers mois, le document totalise 132 pages. On y apprend notamment que des travaux qui avaient lieu sur le viaduc Jean-Talon, entre l’entrée du tunnel du mont Royal et la gare Canora, ont dû être mis sur pause pendant plusieurs jours en février après le passage d’un inspecteur de la CNESST. Celui-ci avait constaté qu’un employé qui se trouvait sur la chenille d’une pelle mécanique était « en danger d’une chute » de plus de trois mètres à proximité d’une voie de chemin de fer.

« De plus, il n’y a aucun moyen ou équipement de protection collectif, tel un garde-corps, pour prévenir une chute » potentiellement mortelle, notait alors un rapport d’intervention. L’inspecteur a ainsi décidé le 18 février 2021 d’ordonner la suspension des travaux qui étaient en cours dans ce secteur.

Des clôtures de chantier ont ensuite été installées à l’endroit problématique par le maître d’œuvre du chantier du REM, NouvLR, ce qui a permis une reprise du chantier le 22 février.

Poussière toxique

 

La CNESST a également soulevé des inquiétudes en avril dernier concernant le manque d’aération dans le tunnel du mont Royal malgré le risque de présence de silice, une poussière invisible et hautement toxique. Un rapport datant de janvier 2022 fait par ailleurs mention d’un manque de compilation des relevés des différents gaz toxiques émis par les véhicules et les infrastructures présentes dans le tunnel, qui pourraient pourtant représenter un risque « pour la santé » des travailleurs.

« Il y a eu beaucoup de manque de planification des travaux en matière de santé et de sécurité sur ce chantier-là, c’est flagrant », constate ainsi le chargé des dossiers de santé et de sécurité à la FTQ-Construction et membre du conseil d’administration de la CNESST, Simon Lévesque, lorsqu’il a été questionné sur l’accumulation de ces rapports d’intervention.

NouvLR a pour sa part indiqué au Devoir que la grande majorité des recommandations formulées par la CNESST concernant le chantier du tunnel du mont Royal ont depuis été mises en application. « Sur le plan de la planification, on est très en amont des choses », a fait valoir mercredi le directeur en matière de santé et de sécurité à NouvLR, Jean-Daniel Le Gallic, lors d’un entretien téléphonique.

Gestion des explosifs

 

Le 12 mars 2021, un inspecteur de la CNESST chargé de superviser le projet de train léger a ordonné la suspension « de tous les travaux de manutention et d’usage d’explosifs » sur le chantier du REM. Cette décision a été prise après qu’un travailleur eut refusé d’utiliser un marteau-piqueur pour casser un renflement contenant des explosifs dans le tunnel du mont Royal. Il a bien fait, car autrement, « il y a neuf chances sur dix que cela aurait explosé », indique le rapport d’intervention de l’inspecteur.

Il y a eu beaucoup de manque de planification des travaux en matière de santé et de sécurité sur ce chantier-là, c’est flagrant

 

Le constructeur NouvLR assure cependant avoir révisé depuis ses méthodes d’intervention dans le tunnel du mont Royal. La plupart des interventions impliquant des explosifs ont ainsi été réalisées dans les derniers mois par un engin contrôlé à distance pour éliminer tout risque pour les travailleurs. « On travaille essentiellement avec de l’équipement qui se contrôle à distance », a indiqué M. Le Gallic.

Joint par Le Devoir, le promoteur du REM, CDPQ Infra, a pour sa part affirmé que « la santé et la sécurité » sur l’ensemble du chantier de ce projet de train léger de 67 km « sont non négociables ». « Chaque situation fait l’objet d’un suivi de près, et nous collaborons avec NouvLR afin qu’ils mettent en place toutes les mesures préventives et correctives appropriées », a ajouté par écrit le directeur des communications de la filiale de la Caisse de dépôt et placement du Québec, Jean-Vincent Lacroix.

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