Deux bâtiments du domaine seigneurial de Mascouche en péril

Moulin et maison du meunier du Domaine seigneurial de Mascouche
SODAM-Société d'histoire de Mascouche. Moulin et maison du meunier du Domaine seigneurial de Mascouche

Le maire de Mascouche ne croit pas que le moulin et la maison du meunier du domaine seigneurial de sa municipalité pourront passer un autre hiver tant leur état de décrépitude est avancé. Mercredi, Guillaume Tremblay a réclamé l’aide du gouvernement du Québec pour sauver les deux bâtiments patrimoniaux datant du XVIIIe siècle et réaliser le projet récréotouristique souhaité par la Ville sur le site.

Le maire Tremblay avait été critiqué en 2020 lorsque son équipe avait autorisé la démolition du bâtiment principal du domaine, soit le manoir seigneurial de Mascouche, à la suite d’un rapport du Service de prévention des incendies qui avait jugé que son piètre état posait des problèmes de sécurité « importants et sans équivoque ». L’administration du maire comptait à l’époque reconstruire le manoir et y aménager une salle de spectacle et des espaces de restauration dans le cadre d’un projet récréotouristique évalué à 49 millions de dollars.

La Ville a depuis tenté d’obtenir des subventions gouvernementales — auprès du ministère de la Culture et de Patrimoine canadien — pour lancer son projet et restaurer le moulin ainsi que la maison du meunier, deux bâtiments construits autour de 1795. Le maire soutient que les multiples démarches menées auprès des gouvernements ont été vaines. « On s’est toujours fait répondre que soit on ne rentre pas dans les programmes, soit il n’y a plus de fonds », relate-t-il.

Pourtant, ajoute-t-il, lors de son passage à Mascouche en août 2020, le premier ministre François Legault avait vanté le projet récréotouristique et, en avril 2021, la ministre de la Culture, Nathalie Roy, avait même laissé entendre que son ministère était prêt à accorder une aide financière substantielle à la Ville pour le réaliser. Quelques mois plus tard, l’administration municipale a toutefois appris que le projet n’était pas admissible aux subventions, soutient le maire Tremblay.

Le réseau Espaces bleus

 

Guillaume Tremblay mise maintenant sur le réseau Espaces bleus, un programme annoncé par Québec en juin 2021 qui offre du soutien aux projets à caractère patrimonial. « Quand on a vu l’annonce pour les Espaces bleus, on s’est dit que c’était fait pour nous », indique M. Tremblay. Mais comme ce programme relève du bureau du premier ministre, c’est à François Legault que le maire a fait sa demande d’aide mercredi. Il affirme qu’il lui faudrait une réponse favorable d’ici le 30 avril afin que la Ville puisse lancer les appels d’offres et procéder à des travaux urgents de protection des deux bâtiments.

Et plutôt que de vendre les bâtiments au gouvernement dans le cadre du programme Espaces bleus, Mascouche se dit prête à les lui céder gratuitement. « Si ça ne fonctionne pas, il va falloir évaluer tous les scénarios possibles pour la Ville, mais honnêtement, je ne crois pas que le gouvernement du Québec puisse refuser », dit le maire. « Si on n’agit pas, les bâtiments vont tomber d’eux-mêmes. On est vraiment à minuit moins une. »

Guillaume Tremblay estime que les Villes manquent de ressources. Il reproche au gouvernement d’avoir accordé davantage de responsabilités aux municipalités en matière de patrimoine avec son projet de loi 69 sans avoir fourni le financement requis.

Au sujet de la destruction du manoir, effectuée en novembre 2020, Guillaume Tremblay soutient que la Ville n’avait pas le choix compte tenu du danger que le bâtiment représentait. Malgré les mesures mises en place pour assurer la sécurité de l’immeuble, celui-ci était squatté par des jeunes et avait été incendié à deux reprises, rappelle-t-il. « Si quelqu’un aujourd’hui vous dit qu’il est fier et content d’avoir démoli un manoir, il ne mérite pas une fonction comme celle que j’occupe. »

Classement demandé

 

La Société d’histoire de Mascouche s’inquiète aussi du sort du moulin et de la maison du meunier. En décembre 2020, l’organisme a d’ailleurs soumis une demande de classement auprès du ministère de la Culture, mais sa requête est demeurée sans réponse, indique François Tétreault, coordonnateur à la Société. « On s’inquiète parce que les deux bâtiments sont laissés à l’abandon sous la neige. Mais je suis convaincu que le moulin et la maison du meunier sont encore récupérables », dit-il.

François Tétreault croit que le programme Espaces bleus pourrait être approprié dans le cas du domaine de la seigneurie de Mascouche, mais selon lui, il serait important que les résidents puissent avoir leur mot à dire sur l’utilisation des lieux advenant la prise de possession des bâtiments par le gouvernement. « Tant que les bâtiments sont restaurés, que l’histoire est mise en valeur et que le patrimoine bâti reçoit un peu d’amour, au point où on en est rendus, on va sauter sur la solution qui va nous permettre de régler le problème », avance-t-il.

La démolition du manoir, survenue deux ans après celle de la maison Boileau, à Chambly, avait créé une onde de choc à l’époque, se souvient M. Tétreault : « Pour nous, ç’a été un grand deuil. »

Rappelons que la Ville de Mascouche avait fait l’acquisition du domaine de la seigneurie de Mascouche en 2014. Cinq ans plus tard, la Communauté métropolitaine de Montréal et le gouvernement ont acquis 211 hectares de forêt du site.

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