La police gagne du terrain à Ottawa, des manifestants résistent

La Sûreté du Québec est venue prêter main-forte à Ottawa.
Boris Proulx Le Devoir La Sûreté du Québec est venue prêter main-forte à Ottawa.

Les policiers, mieux équipés et moins patients que dans les derniers jours, ont continué de gagner du terrain à Ottawa samedi, forçant des camions à se déplacer plus loin du parlement, dans des rues voisines, voire à quitter la ville. Les manifestants rencontrés sur place, parmi lesquels on retrouve plusieurs enfants, ne semblent toutefois pas prêts à baisser les bras.

En après-midi, samedi, des camions ont commencé à circuler bruyamment dans les rues d’Ottawa après que les organisateurs du « Convoi de la liberté » eurent publié un communiqué leur recommandant de quitter la colline parlementaire afin d’éviter de subir de « la brutalité » de la part des forces de l’ordre.

Les poids lourds qui étaient toujours présents sur la rue Kent en début d’après-midi, au sud de la rue Queen, avaient d’ailleurs tous disparu quelques heures plus tard. « On est dans le dernier droit » (the last push), a lancé un policier au Devoir samedi, tandis que certains manifestants battaient en retraite, la tête basse ou encore en chantant l’hymne national.

« Nous sommes au courant de manifestants qui quittent la colline parlementaire pour aller dans les secteurs voisins. Nous allons travailler avec nos partenaires et déplacer ces manifestants de façon pacifique », a pour sa part indiqué en conférence de presse à 15 h 30 le chef par intérim du Service de police d’Ottawa, Steve Bell. Il a alors fait état d’ « importants progrès » dans le cadre de l’opération policière en cours.

Les forces de l’ordre, qui comprennent des membres du Service de police d’Ottawa et de la Sûreté du Québec, ont par ailleurs réussi à dégager l’essentiel de la portion de la rue Wellington située devant la colline du Parlement, où à peine quelques camions étaient encore visibles en début d’après-midi.

Plus en retrait, un millier de manifestants étaient toujours présents en début d’après-midi sur cette voie et à proximité de la rue Sparks, tandis que les policiers, dont plusieurs à cheval, avançaient à tâtons aux 30 minutes, forçant les manifestants à s’éloigner progressivement de la colline parlementaire. En début de soirée, la police avait réussi à faire déplacer la manifestation au sud, à l’intersection des rues Sparks et Bank. Un peu plus au sud, à l’intersection des rues Kent et Sparks, une poignée de manifestants faisaient face à des dizaines d’agents de la Sûreté du Québec et de la police d’Ottawa, dont plusieurs étaient munis d’une matraque.

Arrestations et saisies d’armes

Samedi après-midi, la police d’Ottawa faisait d’ailleurs état de l’arrestation de 47 personnes depuis le début de la journée pour un total de 170 arrestations depuis le début de cette opération policière. Plus d’une cinquantaine de véhicules ont aussi été remorqués et plus d’une vingtaine de plaques d’immatriculation saisies, tandis que plus de 3600 amendes ont été distribuées.

M. Bell a par ailleurs confirmé que des policiers ont dû utiliser des gaz irritants à l’endroit de manifestants agressifs, samedi matin. « Les manifestants ont été agressifs à l’endroit des policiers et nous avons dû user de la force en réponse », a-t-il justifié.

Plusieurs enquêtes sont d’ailleurs en cours en lien avec la présence possible d’armes à feu parmi la foule de manifestants, a confirmé M. Bell. « Au fur et à mesure qu’on progresse, on fera un bilan de ce qui aura été saisi pour vous en tenir informé », a-t-il dit en réponse à un journaliste.

Présence d’enfants

Le Devoir a d’ailleurs pu constater de visu la présence de plusieurs enfants sur la rue Wellington, prêts de la ligne de policiers. Une situation qui préoccupe la police d’Ottawa.

« Malheureusement, nous avons aussi vu de nouveau de jeunes enfants amenés dans cette manifestation illégale et juste en face de notre opération policière. C’est dangereux et ça met de jeunes enfants à risque », a souligné Steve Bell.

Cet enjeu de sécurité n’a toutefois pas découragé Katherine de se déplacer d’Hamilton avec sa jeune fille pour prendre part depuis vendredi à cette manifestation.

« Je suis ici parce que mes parents ont grandi dans l’ancienne Union soviétique et ils voient des similitudes avec ce qu’on vit en ce moment, donc je suis ici pour m’assurer que ma fille aura un futur », a lancé la mère de famille, souriante malgré le froid mordant.

Quelques drapeaux du Québec flottaient d’ailleurs parmi la foule samedi, tandis que des manifestants brandissaient des affiches invectivant tant le premier ministre du Canada, Justin Trudeau, que celui du Québec, François Legault, qu’ils blâment pour les mesures sanitaires mises en place pour contrer la pandémie de COVID-19.

« On est là pour nos enfants, pour le futur et pour retrouver nos droits et libertés […] C’est pour ça que c’est très important pour moi de venir manifester paisiblement », a fait valoir Roger Lambert, tout en brandissant un immense drapeau orné de la fleur de lys. Le manifestant, qui est camionneur, effectue l’aller-retour chaque fin de semaine entre la ville de Québec et Ottawa avec ses enfants pour apporter son soutien au « Convoi de la liberté », qui paralyse la capitale du pays depuis 23 jours.

Malgré l’effritement de cette mobilisation contre les mesures sanitaires samedi, certains manifestants gardent le cap.

« On va se tasser [plus loin], mais on n’arrêtera pas. On va continuer tant qu’on n’aura pas retrouvé notre liberté », a insisté M. Lambert. Les manifestants continuaient d’ailleurs de scander à répétition « Liberté » tout en regardant les policiers qui les forçaient à s’éloigner de plus en plus du parlement, samedi après-midi.

« Rentrez à la maison »

Le chef intérimaire du Service de police d’Ottawa a quant à lui refuser de s’avancer samedi quant au moment où pourrait prendre fin cette opération policière « complexe » et « extrêmement coûteuse ».

« Si j’avais le choix, ce serait maintenant et c’est pourquoi j’implore tous ceux qui sont là de rentrer à la maison », a laissé tomber Steve Bell, qui a d’ailleurs déploré les nombreuses « fausses informations » véhiculées par les manifestants sur les réseaux sociaux, notamment concernant l’usage de la force par les agents présents près de la colline parlementaire.

Les élus fédéraux, pendant ce temps, débattaient samedi après-midi de la mise en application de la Loi sur les mesures d’urgence. Celle-ci a d’ailleurs permis le gel de 76 comptes bancaires représentant 3,2 millions $ attribués aux blocus illégaux qui ont frappé le pays ces dernières semaines, a annoncé samedi avant-midi le ministre fédéral de la Sécurité publique, Marco Mendicino.

Avec Boris Proulx et La Presse canadienne

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