Les locataires «pris en étau» dans plusieurs régions du Québec

Plusieurs quartiers de Montréal et régions de la province sont aux prises avec une rareté de logements locatifs et une forte hausse des loyers.
Getty Images Plusieurs quartiers de Montréal et régions de la province sont aux prises avec une rareté de logements locatifs et une forte hausse des loyers.

Le taux d’inoccupation des logements a continué de grimper l’an dernier sur l’île de Montréal, mais à l’extérieur du centre-ville et de ses environs, de nombreux quartiers connaissent une rareté de logements et de fortes hausses des loyers. Pendant ce temps, l’exode vers la banlieue se poursuit, faisant des options disponibles pour les locataires dans plusieurs municipalités une véritable peau de chagrin.

Sur l’île de Montréal, le pourcentage de logements disponibles à la location a continué d’augmenter l’an dernier, pour atteindre une moyenne de 3,7 %, contre 1,6 % deux ans plus tôt. Les données détaillées du rapport de la Société canadienne d’hypothèques et de logement (SCHL) sur l’état du marché locatif en 2021, publié vendredi, apportent toutefois plusieurs nuances à ce constat général.

« La situation du centre-ville de Montréal n’est pas la situation de l’île ou de la banlieue. On est dans des mondes très différents », rappelle Francis Cortellino, de la SCHL, en entrevue au Devoir vendredi.

Le haut taux d’inoccupation du centre-ville de Montréal (6,3 %), mais aussi de secteurs comme Notre-Dame-de-Grâce (5,2 %) et Outremont (4,8 %), qui accueillent beaucoup moins d’étudiants et de travailleurs étrangers depuis le début de la pandémie, a eu pour effet de gonfler le taux d’inoccupation global sur l’île de Montréal.

En parallèle, en même temps que le loyer moyen grimpait de 3,9 % dans la région métropolitaine l’an dernier, le pourcentage de logements locatifs disponibles continuait de chuter dans plusieurs quartiers de la métropole reconnus pour leurs loyers plus abordables qu’au centre-ville et aux alentours. C’est notamment le cas d’Hochelaga-Maisonneuve (1,7 %), d’Anjou et de Saint-Léonard (0,8 %) et de Pointe-aux-Trembles (1,6 %), dans l’est de l’île de Montréal.

« Le potentiel spéculatif du centre-ville de Montréal a comme atteint un sommet, et ça s’est déplacé dans d’autres secteurs de la ville qui en étaient moins affectés avant », rapporte la porte-parole du Regroupement des comités logement et associations de locataires du Québec (RCLALQ), Marjolaine Deneault.

Cet attrait des quartiers périphériques a eu pour effet d’accélérer la croissance des loyers à plusieurs endroits. À LaSalle, arrondissement en plein embourgeoisement situé à l’ouest de Verdun, les loyers ont grimpé en moyenne de 8,8 % l’an dernier. Ce pourcentage atteint 5,8 % à Montréal-Nord, 5,3 % dans les arrondissements du Sud-Ouest et de Verdun, de même que 4,6 % dans le quartier Hochelaga-Maisonneuve. Les logements disponibles se retrouvent ainsi de plus en plus dispendieux, même dans des quartiers historiquement plus abordables.

« Les locataires se retrouvent pris en étau », explique la porte-parole du Front d’action populaire en réaménagement urbain, Véronique Laflamme, qui souligne d’ailleurs l’écart important entre le loyer des logements disponibles et celui des appartements déjà loués.

« Il faut que la Ville de Montréal et le gouvernement du Québec aient une approche d’augmentation globale de l’offre de logements de tous types, notamment des logements sociaux », a fait valoir dans une déclaration au Devoir le porte-parole du parti Ensemble Montréal en matière d’habitation, Sonny Moroz, qui fait aussi la promotion d’un recours accru à « la densité » comme solution pour répondre aux besoins en logements. L’administration de Valérie Plante n’a pas commenté ce rapport.

En banlieue et plus loin encore

 

Le manque croissant de logements locatifs abordables dans un nombre croissant d’arrondissements de la métropole pourrait d’ailleurs avoir stimulé le départ de locataires montréalais vers la banlieue de Montréal, où le taux d’inoccupation moyen a chuté l’an dernier à 1,1 %. Ce pourcentage frôle même 0 % dans certaines municipalités au nord de Laval.

« Il est possible que des ménages aient migré de l’île [de Montréal] vers la banlieue afin de vivre dans des logements plus grands ou plus récents, à un loyer souvent inférieur. La forte hausse des prix a aussi pu freiner l’accès à la propriété des jeunes ménages de la banlieue », écrit la SCHL dans son rapport.

L’organisme relève ainsi des hausses de loyer soutenues dans plusieurs régions où le pourcentage de logements locatifs disponibles est particulièrement faible, notamment à Mascouche, à Saint-Jean-sur-Richelieu et dans la municipalité de Saint-Lin–Laurentides.

« Quand on regarde le coût des loyers disponibles en banlieue, il n’est pas beaucoup moins élevé [qu’à Montréal] », indique Véronique Laflamme.

Au-delà de la banlieue de Montréal, de nombreuses régions de la province vivent aussi une crise du logement sur le marché locatif. Le pourcentage de logements disponibles était particulièrement bas l’an dernier à Granby (0,1 %), à Rimouski (0,2 %), à Drummondville (0,2 %) et à Trois-Rivières (0,9 %), notamment. Là aussi, des hausses moyennes des loyers sont relevées, ce qui préoccupe le milieu communautaire.

« Les locataires quittent les grandes villes puisque les loyers sont trop chers. La pénurie se déplace avec le problème », note le RCLALQ dans un communiqué diffusé vendredi. Les locataires qui demeurent en région se retrouvent ainsi de plus en plus victimes de discrimination, de hausses de loyer abusives et d’évictions pour des motifs frauduleux, a affirmé Marjolaine Deneault au Devoir.

« Ça entraîne des pratiques plus douteuses de la part des propriétaires », a-t-elle laissé tomber.

L’Association des propriétaires du Québec a profité vendredi de la publication du rapport pour réclamer une réforme de la méthode de fixation du loyer du Tribunal administratif du logement. Elle demande que les propriétaires puissent rembourser sur une plus courte période les frais de rénovation de leurs logements locatifs.

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C’est le loyer moyen pour un logement de deux chambres en 2021 dans la grande région de Montréal. Ce chiffre grimpe à 1659 dollars pour le centre-ville de Montréal.

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