Un promoteur dans un bras de fer avec Pointe-Claire, en plein boom immobilier

Pointe-Claire souhaite réviser sur deux ans son plan d’urbanisme pour tenir compte de l’effervescence immobilière qu’apporte l’arrivée prochaine du Réseau express métropolitain.
Photo: Adil Boukind Le Devoir Pointe-Claire souhaite réviser sur deux ans son plan d’urbanisme pour tenir compte de l’effervescence immobilière qu’apporte l’arrivée prochaine du Réseau express métropolitain.

Pointe-Claire s’est attiré les foudres du géant de l’immobilier Cadillac Fairview en annonçant la mise en suspens de nouveaux projets résidentiels dans plusieurs de ses secteurs clés. La municipalité de l’ouest de l’île de Montréal souhaite réviser sur deux ans son plan d’urbanisme pour tenir compte de l’effervescence immobilière qu’apporte l’arrivée prochaine du Réseau express métropolitain (REM).

« On doit considérer toutes nos options », a laissé tomber mercredi au Devoir le vice-président principal au développement de Cadillac Fairview, Brian Salpeter, qui n’écarte pas un éventuel recours judiciaire contre la municipalité.

L’entreprise affirme avoir soumis à la Ville l’été dernier les détails d’un projet immobilier qu’elle souhaite réaliser sur une partie du stationnement de l’imposant centre commercial qu’elle possède depuis des décennies près de la route Transcanadienne, à quelques pas d’une future station du REM. Le projet prévoit l’aménagement d’une place publique verdie, mais aussi d’une résidence pour aînés de 435 logements et de deux immeubles en hauteur de 445 appartements locatifs en plus d’un stationnement étagé.

Les élus ont toutefois adopté mardi dernier, en séance du conseil municipal, une résolution de contrôle intérimaire qui met sur pause pendant 90 jours l’octroi de permis de construction de nouveaux bâtiments et les changements de zonage sur ceux existant afin de geler tout nouveau projet résidentiel dans plusieurs secteurs clés de la ville liée, dont son centre-ville. Cette mesure pourrait être prolongée sur une période de deux ans au terme de l’adoption prévue le 3 mai d’un règlement de contrôle intérimaire. L’objectif serait de laisser le temps à la municipalité de réaliser des consultations publiques en vue de mettre à jour son plan d’urbanisme d’ici 2024.

« On a assez construit. Prenons un moment d’arrêt, respirons et réévaluons la situation. On n’a qu’une seule chance de bien concevoir la municipalité », souligne le conseiller municipal Eric Stork, qui s’inquiète notamment de la hausse de la congestion routière dans Pointe-Claire, où l’offre de transport en commun est limitée. « Les gens sont inquiets de la densification, qui va trop loin », indique également Barry Christensen. Le résident relève par ailleurs le manque de logements sociaux et abordables dans cette municipalité, où la valeur des propriétés est en forte augmentation.

« La construction ne peut pas être illimitée », déclare le maire de Pointe-Claire, Tim Thomas, qui estime que la décision prise par son administration vient répondre aux « inquiétudes » de la population qu’il représente.

La colère des promoteurs

 

Pour Cadillac Fairview, les répercussions sont grandes. Cette décision politique vient « compromettre la faisabilité » du projet immobilier de l’entreprise, qui « doit aller de l’avant », peut-on lire dans une lettre destinée aux élus de Pointe-Claire et datée du 7 février que Le Devoir a pu consulter. Dans le document écrit, Cadillac Fairview prend soin de mentionner que ses dépenses en taxes municipales représentent « près de 15 % du budget annuel de la Ville », ce qui en fait « le plus important contribuable municipal » à Pointe-Claire. L’organisation a envoyé une autre lettre aux élus, le 11 février, pour tenter d’organiser une rencontre avec eux à ce sujet.

« Le geste de la Ville met en péril ce formidable projet et fait en sorte que le stationnement demeure un îlot de chaleur », s’est de nouveau plaint mercredi M. Salpeter en entrevue.

Plusieurs autres promoteurs subissent cet effet de gel dans la construction immobilière qui touche plusieurs secteurs de Pointe-Claire. L’entreprise Kubik comptait par exemple une liste d’une centaine de personnes prêtes à acheter un des quelque 500 logements qu’elle comptait bâtir en plusieurs phases sur un terrain situé près du boulevard Saint-Jean, dans la municipalité d’environ 31 300 habitants. « Finalement, on ne peut rien faire tant qu’il y aura un moratoire sur la construction à Pointe-Claire », soupire le directeur des ventes du projet, Mike Colacone. « Il y a plein de promoteurs immobiliers dans Pointe-Claire qui sont dans notre situation », ajoute-t-il.

« On est vraiment encouragés par le règlement adopté la semaine passé », a pour sa part indiqué la porte-parole du groupe Sauvons la forêt Fairview, Geneviève Lussier, qui se réjouit de voir que le grand espace vert situé à proximité du centre commercial de Cadillac Fairview compte parmi les zones protégées par la résolution de contrôle intérimaire. L’entreprise, qui possède cette forêt, refuse pour l’instant de détailler le projet immobilier qu’elle souhaiterait éventuellement y réaliser.

« On est toujours inquiets » pour l’avenir de cet espace vert, confie d’ailleurs le maire, Tim Thomas.

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