La pandémie teinte les 100 premiers jours de Plante

Le bilan des 100 premiers jours du deuxième mandat de Valérie Plante à la tête de Montréal semble avoir été aminci par la pandémie, qui a donné l’occasion à son administration de « gagner du temps » pour concrétiser ses promesses électorales, constatent les experts consultés par Le Devoir. La mairesse s’est toutefois retrouvée sur la sellette à quelques reprises dans les derniers mois, tandis que les défis à venir pour son administration sont nombreux.

« Presque intuitivement, je lui donnerais 8 sur 10 », dit Rémy Trudel, professeur invité à l’École nationale d’administration publique, lorsqu’on le questionne sur la note qu’il accorderait à Mme Plante pour les 100 premiers jours de son nouveau mandat à la tête de la métropole. L’expert évoque notamment une « bien meilleure emprise sur le conseil municipal et la direction de la Ville » par la mairesse réélue, qui avait perdu plusieurs membres de son parti au terme de son premier mandat à la tête de la métropole.

Valérie Plante a par ailleurs évité cette fois le scandale qui avait marqué le début de son premier mandat en respectant son engagement de limiter la hausse de la taxe foncière imposée aux citoyens à une moyenne de 2 % dans son budget 2022, qui a été beaucoup mieux reçu que celui de 2018.

« J’ai trouvé ça très positif et que ça réparait une erreur des 100 premiers jours de l’élection précédente », souligne Danielle Pilette, professeure et spécialiste en gestion municipale à l’Université du Québec à Montréal (UQAM).

En matière d’habitation, la Ville entend doubler le nombre de ménages admissibles à son programme d’appui à l’acquisition résidentielle en révisant à la hausse le 16 février les montants admissibles à celui-ci, dans le contexte de la flambée des prix sur le marché immobilier montréalais. Mme Plante a par ailleurs tendu la main aux promoteurs privés, sur lesquels elle mise en partie pour réaliser son objectif de permettre à 60 000 logements abordables de voir le jour dans la métropole dans les prochaines années. Un nouveau règlement sur le droit de préemption sera par ailleurs présenté lundi prochain en séance du conseil municipal pour faciliter l’achat de terrains et de bâtiments dans le cadre de ce projet, a appris Le Devoir.

« Je pense que sa détermination à vouloir concrétiser le logement abordable, c’est ça, le bon coup » de Mme Plante, depuis sa réélection du 7 novembre dernier, estime M. Trudel.

Cette deuxième victoire de suite lui donne par ailleurs « les coudées franches » pour faire appliquer le Règlement pour une métropole mixte de la Ville sur l’inclusion de logements sociaux et abordables dans les projets immobiliers, même si celui-ci « ne fait pas nécessairement consensus », analyse Jean-Philippe Meloche, professeur à l’École d’urbanisme et d’architecture de paysage de l’Université de Montréal.

Gestion de crise

 

De nombreux engagements pris par la mairesse de Montréal en prévision des 100 premiers jours de sa réélection tardent toutefois à se concrétiser. C’est notamment le cas du registre des loyers promis à l’échelle de la métropole, de la nouvelle « Stratégie centre-ville » et de la taxe promise sur les investissements immobiliers étrangers.

Or, les électeurs ne tiendront pas rigueur à la mairesse pour les délais engendrés dans la réalisation de certaines de ses promesses, dans le contexte de la pandémie qui a été exacerbée dans les derniers mois par le variant Omicron, estiment les experts sondés par Le Devoir.

« La pandémie lui a permis de gagner du temps pour faire sa marque », résume Bernard Motulsky, professeur au Département de communication sociale et publique de l’UQAM.

Le froid mordant du mois de janvier et la multiplication des cas de COVID-19 positifs parmi les personnes en situation d’itinérance ont par ailleurs donné du fil à retordre à l’administration de Valérie Plante, qui a notamment mobilisé un hôtel du centre-ville, puis un stade de soccer afin d’y loger les sans-abri atteints du virus.

« Le stade était l’oxygène dont la ville avait besoin », explique le président et chef de la direction de la Mission Old Brewery, James Hughes, qui estime que l’administration municipale a « vraiment fait [des efforts] en ce qui concerne les enjeux intenses en itinérance en décembre et en janvier ».

Des obstacles

 

Le début de ce nouveau mandat pour Mme Plante ne s’est toutefois pas déroulé sans heurts. Après avoir promis un ajout net de 250 policiers dans les rangs du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) d’ici la fin de 2022, elle a rapidement dû convenir que cet ajout tiendra en fait compte de nombreux départs à la retraite. L’ajout réel d’ici la fin de l’année devrait ainsi s’élever à une soixantaine de nouveaux policiers, selon le directeur du SPVM, Sylvain Caron.

Le REM de l’Est a aussi causé des maux de tête à la mairesse, en raison des nombreuses critiques que ce projet a soulevées, tant de la part de résidents des secteurs concernés que de l’Autorité régionale de transport métropolitain. Dans ce contexte, « Mme Plante n’avait pas trop le choix de demander des modifications » à ce projet de train électrique, estime Mme Pilette.

« Tenir tête au gouvernement de la CAQ, dans le Québec d’aujourd’hui, il y a peu de politiciens qui sont capables de le faire. Alors, je pense que sa victoire électorale lui permet aujourd’hui de se tenir debout devant Québec et de dire : “Si ce n’est pas bon pour Montréal, je ne l’appuie pas” », renchérit M. Meloche, au sujet de la mairesse de Montréal.

Quant à la relance économique du centre-ville, elle a été éclipsée dans les derniers mois par le retour de plusieurs restrictions sanitaires, que le gouvernement Legault s’affaire maintenant à lever. « J’ai l’impression que ce ne sont pas les 0 à 100 jours qu’il faudra analyser, mais les 100 à 200 jours », dans le contexte du retour des travailleurs dans les tours de bureaux, estime Michel Leblanc, président et chef de la direction de la Chambre de commerce du Montréal métropolitain.

« Le grand défi de l’administration municipale, ce sera d’être capable de mettre en place toutes les mesures nécessaires pour favoriser le retour des gens dans le transport en commun et le retour des activités économiques au centre-ville », analyse également M. Meloche.

Avec Jeanne Corriveau

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