Les épiceries zéro déchet se développent à la campagne

Le camion-épicerie de Vroum Vrac, qui a sillonné les routes de cinq villages de la MRC de Maskinongé, en Mauricie, l’été dernier
Photo: Christine Berthiaume Le camion-épicerie de Vroum Vrac, qui a sillonné les routes de cinq villages de la MRC de Maskinongé, en Mauricie, l’été dernier

Dans les secteurs ruraux du Québec, il faut parfois parcourir de nombreux kilomètres pour faire une épicerie exempte de suremballage. Des entrepreneurs originaires de la grande ville se mobilisent toutefois pour permettre à leurs nouveaux concitoyens de s’alimenter de façon écoresponsable et abordable, au grand bonheur d’élus locaux.

Cet été, c’est en roulant qu’une épicerie zéro déchet est venue directement à la rencontre des habitants de cinq villages de la municipalité régionale de comté (MRC) de Maskinongé, en Mauricie. Il s’agit d’un camion-épicerie offrant des produits en vrac et des aliments biologiques. À bord se trouvait Amélie Poirier-Aubry, épicière-accordéoniste et fondatrice de Vroum Vrac.

« Je suis née à Montréal, où j’essayais d’avoir une consommation au maximum zéro déchet, raconte Amélie Poirier-Aubry. Quand je suis arrivée à Saint-Élie-de-Caxton, j’ai constaté que c’était difficile, qu’il fallait prendre la route. J’ai voulu rendre la transition écologique accessible aux citoyens. Être proche d’eux, ça permet de changer leurs habitudes de consommation. »

L’épicière affirme que la clientèle a rapidement été au rendez-vous. Elle estime pouvoir offrir des prix abordables, notamment puisqu’elle réduit ses coûts de fonctionnement en n’ayant pas de loyer commercial à payer.

Photo: Photo fournie La fondatrice de Vroum Vrac, Amélie Poirier-Aubry, veut permettre aux citoyens de la Mauricie de changer leurs habitudes de consommation.

Comme son commerce sur roues n’est pas adapté aux conditions hivernales, Mme Poirier-Aubry a décidé d’ouvrir cet hiver son entrepôt de Saint-Élie-de-Caxton au public. Environ 80 % de ses clients estivaux ont ainsi continué à faire leurs emplettes chez elle, évalue-t-elle.

Cassandra Letarte est heureuse de ne plus devoir aller jusqu’à Shawinigan, à une trentaine de kilomètres de chez elle, pour faire des achats en vrac. Le service de Vroum Vrac encourage la résidente de Saint-Élie-de-Caxton à consommer plus régulièrement de cette manière.

« Ça fait une grosse différence dans ma vie. C’est au cœur du village, ça me prend à peine cinq minutes pour me rendre », rapporte la mère de famille monoparentale, qui a une petite fille de dix ans.

Dans une autre MRC de la Mauricie, les citoyens ont l’option de se faire livrer chez eux leur épicerie en vrac dans un rayon de 70 km de Grano-Vrac & Délices, situé dans le village de Sainte-Thècle. C’est Stéphanie Marineau, mère de famille originaire de Laval, qui a fondé l’épicerie en 2017 et qui a ajouté une boutique en ligne en raison de la pandémie.

« Soit on emballe les produits dans des sacs en papier, que les gens peuvent réutiliser ou recycler, soit on fonctionne par semaine. Ça veut dire qu’une semaine on passe chercher les contenants du client, qu’il laisse à la porte avec l’information sur ce qu’il veut dedans, et la semaine d’après, on remplit ses contenants et on va les lui reporter », explique la femme d’affaires, qui souligne avoir battu des records de ventes en 2020.

Mme Marineau affirme qu’acheter en vrac n’est pas nécessairement plus coûteux. Elle dit s’assurer d’offrir des prix toujours un peu plus bas que pour des équivalents ensachés chez Metro et Avril, même si elle ne peut pas faire concurrence à Maxi ni à Costco.

« L’an dernier, on a remis 5000 $ en nourriture à des clients qui vivent des difficultés financières », ajoute celle qui aide régulièrement des entrepreneurs à lancer leur propre épicerie zéro déchet en région.

Une coopérative de solidarité

 

À Saint-Jean-de-Matha, dans Lanaudière, un groupe de citoyens croit pour sa part au modèle de coopérative de solidarité pour répondre aux besoins du plus grand nombre. Vie et Cie a ainsi été ouverte en janvier 2020, et comprend une épicerie de vrac, produits frais et produits congelés, à laquelle étaient annexés une boulangerie, un bistro et une crémerie.

« Je suis arrivée de Montréal, où il y a une profusion de choix [de commerces zéro déchet], pour me rendre compte que, si je veux continuer d’avoir ces valeurs-là dans mon quotidien, c’est compliqué en région. Il faut, par exemple, faire beaucoup de kilomètres pour trouver des produits alimentaires dans un village, puis se déplacer dans un autre pour des produits ménagers. Un endroit comme le nôtre, qui regroupe tous ces services-là, c’est précieux », rapporte Laetitia Baconnais, membre du conseil d’administration de Vie et Cie.

Malheureusement, la coopérative a dû fermer temporairement ses portes il y a moins d’un mois, la pandémie ayant notamment mis à mal les ventes de ses commerces. Les membres du conseil d’administration travaillent maintenant à remettre le projet sur les rails dès cet été, en misant sur l’implication de membres utilisateurs et sur l’éducation au sujet des avantages du vrac.

Je suis arrivée de Montréal, où il y a une profusion de choix [de commerces zéro déchet], pour me rendre compte que, si je veux continuer d’avoir ces valeurs-là dans mon quotidien, c’est compliqué en région

 

« Beaucoup de familles déménagent en région et sont contentes de retrouver des modèles qu’elles connaissent. Là, notre défi est de nous faire connaître auprès des gens qui habitent ici depuis longtemps et qui sont moins habitués à consommer de cette façon », reconnaît Mme Baconnais.

Pour Catherine Rixhon, cliente de Vie et Cie depuis ses débuts, la fermeture de l’épicerie est « une catastrophe ». « Tous mes produits de nettoyage, je les prends à Vie et Cie. Je me dis que je vais devoir aller à Montréal, et ça ne me tente pas », témoigne cette propriétaire d’un gîte écologique.

Un engouement en Gaspésie

 

L’épicerie Le Vraquier de Carleton-sur-Mer, en Gaspésie, a pour sa part le vent dans les voiles depuis son ouverture en juin 2020. Son comptoir de mets préparés végétariens contribue à attirer des gens sur place, croit le propriétaire, Guillaume Damini.

Certains clients réguliers viennent d’aussi loin que Percé, à 190 kilomètres de là, selon M. Damini. Il s’agit pour l’instant de la seule épicerie entièrement consacrée au vrac dans la région, mais il y a à Gaspé un projet similaire, qui devrait ouvrir prochainement.

« On a peut-être ouvert les yeux à d’autres entreprises sur le fait que le virage vert, on peut le prendre et que ce soit rentable quand même », estime l’homme d’affaires originaire de Gatineau.

Le préfet de la MRC d’Avignon, aussi maire de Carleton-sur-Mer, est très enthousiaste au sujet du Vraquier. Selon Mathieu Lapointe, l’achalandage important démontre qu’il répond à un besoin des citoyens.

Le projet a d’ailleurs bénéficié d’un accompagnement personnalisé de la MRC pour son démarrage, à travers un programme de soutien aux entreprises.

« On a des milliers de personnes qui fréquentent ce commerce-là, qui diminuent les emballages. Ça incite aussi les gens à prendre conscience des déchets qu’ils génèrent. Donc, assurément, ça a un impact sur la gestion des matières résiduelles », souligne M. Lapointe.

La MRC de Maskinongé, où se trouve Saint-Élie-de-Caxton, est également fière des projets de ses citoyens, comme le Vroum Vrac, « qui visent à rendre accessibles l’alimentation écoresponsable et le mode de vie zéro déchet », a indiqué par courriel le coordonnateur des communications, Pier-Olivier Gagnon. La MRC offre de l’aide pour la réalisation de ces projets.



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