REM de l’Est: CDPQ Infra réplique à l’ARTM

Selon le promoteur de ce projet de train électrique évalué à 10 milliards de dollars, des lacunes importantes dans les méthodes de calcul utilisées par l’ARTM ont faussé les résultats de son analyse.
Jacques Nadeau Le Devoir Selon le promoteur de ce projet de train électrique évalué à 10 milliards de dollars, des lacunes importantes dans les méthodes de calcul utilisées par l’ARTM ont faussé les résultats de son analyse.

Le promoteur du Réseau express métropolitain (REM) vers l’est et le nord-est de l’île de Montréal critique fortement la méthodologie employée par l’Autorité régionale de transport métropolitain (ARTM) pour analyser ce projet. L’achalandage de ce futur train électrique sera au rendez-vous et n’aura pas pour effet de « cannibaliser » le réseau de transport en commun existant, assure CDPQ Infra.

Bond de la contribution financière des municipalités au transport en commun, baisse marquée de l’achalandage de la ligne verte du métro et du train de Mascouche causant une « concurrence problématique » avec le réseau de transport en commun existant et insertion urbaine complexe des infrastructures aériennes sont quelques-unes des critiques émises dans un rapport de l’ARTM dont l’existence a d’abord été révélée mardi par La Presse.

Trois jours plus tard, CDPQ Infra a rencontré certains médias vendredi afin de répliquer point par point à ce rapport, qui a fait vivement réagir à l’Assemblée nationale cette semaine.

Selon le promoteur de ce projet de train électrique évalué à 10 milliards de dollars, des lacunes importantes dans les méthodes de calcul utilisées par l’ARTM ont faussé les résultats de son analyse.

Le modèle utilisé par l’organisme, qui est responsable de la planification et du financement du transport en commun dans la grande région de Montréal, « tient compte exclusivement des déplacements en transport collectif », affirme CDPQ Infra, qui calcule également, pour sa part, le potentiel d’attraction d’automobilistes vers son projet de train léger, a expliqué vendredi son directeur principal aux stratégies de transport, Denis Andlauer. « C’est fondamental comme travail sur la modélisation », a-t-il fait valoir.

C’est ainsi que CDPQ Infra affirme que l’ARTM sous-estime de 300 % le transfert modal auquel contribuera ce projet de train électrique, qui prévoit l’aménagement de 23 stations sur 32 km. Selon le promoteur, le phénomène d’attraction d’automobilistes de l’est de l’île de Montréal vers l’alternative plus rapide du REM de l’Est fera gonfler le pourcentage de nouveaux usagers du transport collectif de 17 %, et non de 5,6 %, comme l’affirme l’ARTM.

« C’est 7850 personnes chaque matin qui lâchent leur voiture pour embarquer dans le REM de l’Est. Ça montre à quel point ce que l’on propose est attractif » a affirmé M. Andlauer. Questionné par Le Devoir, ce dernier a toutefois reconnu que les données présentées ne tiennent pas compte des impacts potentiels de la pandémie de COVID-19, qui a stimulé le recours au télétravail – sur l’achalandage de ce futur train léger.

« Pour l’instant, ni l’ARTM ni nous, on ne tient compte de l’effet COVID sur le long terme. Il y a une raison simple, c’est qu’il n’y a pas de données » qui tiennent compte de la pandémie », lorsque vient le temps d’effectuer des prévisions d’achalandage du transport en commun, a indiqué M. Andlauer.

L’analyse de CDPQ Infra ne tient par ailleurs pas compte du récent changement du projet pour prévoir un changement du tracé du REM de l’Est sur une distance de plus de 4,5 km afin de faire circuler le train sur une emprise ferroviaire située près de l’avenue Souligny, dans le quartier Mercier-Est, plutôt que dans l’axe de la rue Sherbrooke. « Ce qu’on voit dans les données préliminaires, c’est qu’il y a une légère perte d’achalandage quand on prend le tracé sur Souligny », a convenu M. Andlauer.

 « Répondre aux besoins futurs »

De nombreux usagers du REM de l’Est sont toutefois déjà des usagers du transport en commun. En fait, l’ARTM affirme qu’en période de pointe, 94 % de l’achalandage du REM de l’Est sera en fait enlevé aux services existants, en particulier la ligne verte du métro et le train de banlieue de la ligne Mascouche.

Or, l’ARTM reconnaît elle-même que la ligne verte du métro approchait la saturation aux heures de pointe, avant la pandémie, réplique CDPQ Infra. « Ajouter encore plus de gens sur la ligne verte, ça viendrait juste empirer cette situation à la station Berri-UQAM », a noté Denis Andlauer, qui rejette l’expression selon laquelle le REM de l’Est viendrait « cannibaliser » la ligne verte du métro.

En entraînant une baisse d’achalandage de 11 % sur cette ligne pendant les heures de fort achalandage, le REM de l’est permettrait donc à celle-ci de « mieux répondre aux besoins futurs », fait valoir CDPQ Infra. « Ce qu’on propose, c’est une alternative qui offre des services plus rapides, plus fiables », a renchéri M. Andlauer, en rappelant que le REM de l’Est permettra de relier Pointe-aux-Trembles au centre-ville de Montréal en 25 minutes, contre un trajet en voiture de « plus d’une heure » dans le trafic aux heures de pointe, actuellement.

« On est absolument convaincus que ce qu’on apporte avec le REM de l’Est, ça répond à des besoins existants, mais aussi aux besoins futurs de nos réseaux », a-t-il ajouté. Quant à la possibilité de commencer le REM de l’Est à partir de la station Honoré-Beaugrand, dans l’est de l’île, cette option a été analysée, puis écartée, a confirmé Denis Andlauer. « Le problème qu’on rencontre en faisant ça, c’est qu’on vient surcharger la ligne verte d’une manière vraiment forte », a-t-il dit.

CDPQ Infra reconnaît cependant que son projet de train léger « est perfectible ». « Il ne faut pas penser que le projet est final, pas du tout », assure le directeur des communications de CDPQ Infra, Jean-Vincent Lacroix, tandis que des consultations publiques se poursuivront dans les prochaines semaines concernant les ajustements prévus au tracé du projet de train léger.

Une première version de ce texte indiquait que la rencontre avait eu lieu jeudi. Cela a été corrigé pour vendredi.

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