Le blocage du pont Ambassador est lourd de conséquences

Ce point frontalier a des conséquences importantes au niveau fédéral lorsqu’il est fermé», a affirmé le maire de Windsor, Drew Dilkens.
Annie Barker Detroit Free Press via Associated Press Ce point frontalier a des conséquences importantes au niveau fédéral lorsqu’il est fermé», a affirmé le maire de Windsor, Drew Dilkens.

Une partie du pont Ambassador, qui lie Windsor à Detroit, est figée depuis lundi soir par des manifestants anti-mesures sanitaires. Un blocage qui pourrait avoir des répercussions économiques importantes pour le pays selon des experts.

Les manifestants avaient d’abord interrompu la circulation dans les deux directions, mais mardi matin, une voie de circulation a été rouverte en direction des États-Unis. L’Agence des services frontaliers du Canada (ASFC) redirige les automobilistes vers le tunnel de Detroit-Windsor, mais ce dernier ne peut pas être utilisé par les camions, qui doivent plutôt conduire jusqu’à Sarnia, à 100 kilomètres au nord, pour emprunter le pont Blue Water. Près de vingt kilomètres de congestion attendaient les camionneurs qui s’y rendaient mardi.

« La fermeture de ce point frontalier a des conséquences importantes au niveau fédéral », a affirmé le maire de Windsor, Drew Dilkens, en entrevue avec Le Devoir. Il demande une réponse fédérale pour gérer la situation. « À moins que le gouvernement fédéral soit content que la frontière soit fermée, je ne sais pas ce qu’on pourra faire [localement] sans son appui », a lancé le maire. Environ 7000 camions passent chaque jour sur le pont ; le quart des échanges commerciaux annuels entre le Canada et les États-Unis transige sur l’axe.

En conférence de presse mardi, le ministre canadien de la Sécurité publique, Marco Mendicino, n’a pas précisé à quel moment le lien frontalier pourrait être libéré. Le département des transports du Michigan dit ne pas avoir, lui non plus, d’échéancier. L’ASFC travaille avec la police de Windsor pour trouver des « moyens et des solutions pour s’assurer que la circulation continue », a assuré le ministre Mendicino. Par voie de communiqué, Matt Maloun, le président du Detroit International Bridge Company — l’entreprise privée propriétaire du pont — a encouragé les « autorités appropriées » à atténuer le problème.

Enjeu pour l’industrie automobile

La construction de voitures dans les nombreuses usines de Windsor, capitale canadienne de l’automobile, dépend des pièces provenant des États-Unis. Chaque jour, l’équivalent de 50 millions de dollars en pièces est envoyé du côté canadien par l’entremise du pont, explique Flavio Volpe, président de l’Association des fabricants de pièces d’automobile du Canada (APMA). Si le blocage dure ne serait-ce qu’un ou deux autres jours, suggère-t-il, des usines à Windsor pourraient devoir fermer temporairement.

« Si le blocage n’a pas seulement lieu pendant quelques heures, mais plutôt quelques jours, vous allez avoir un impact économique qui va menacer les emplois de nombreux travailleurs », pense lui aussi Bill Anderson, directeur du Cross-Border Institute à l’Université de Windsor. Une usine ne peut tout simplement pas construire une voiture s’il lui manque une pièce, résume le professeur. Les coûts et délais additionnels engendrés par le détour seront très importants, prédit-il.

Les conséquences se feront même sentir au Québec. De nombreux camions de la province traversent le pont, d’après Bill Anderson. « Il est évident que toute manifestation limitant le passage du volume des camions sur ce lien important perturbera l’économie québécoise », commente Albert Goodhue, président de Groupe GCL, un cabinet-conseil en logistique basé à Montréal. Il y aurait une augmentation du volume transporté par camion en général en Amérique du Nord d’après le spécialiste en logistique.

Origine des manifestants

 

Le maire Drew Dilkens estime que le pont, en raison de sa valeur économique, a attiré des manifestants qui étaient d’abord Ottawa. « Ce qu’ils faisaient à Ottawa était dérangeant pour les résidents et la Ville, mais il est peu probable que leurs actions aient un impact sur les décisions politiques », pense le maire. Acheminer une partie du convoi sur le pont pour organiser un siège, par contre, « va absolument retenir l’attention des leaders gouvernementaux », note-t-il.

Les personnes qui se trouvent sur le pont, avance-t-il, ne feraient pas partie du groupe qui manifestait initialement, à la fin janvier, contre la vaccination obligatoire pour les camionneurs. « Je décrirais beaucoup d’entre eux comme des manifestants professionnels, qui ne sont pas rationnels dans leur façon de penser », lance Drew Dilkens. « Ce sont des agents provocateurs qui se sont dissimulés dans le mouvement des camionneurs », pense pour sa part Flavio Volpe. « C’est abruti et difficile à comprendre », dit-il.

Ce reportage bénéficie du soutien de l’Initiative de journalisme local, financée par le gouvernement du Canada.

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