Des organismes réclament une loi pour prévenir les violences sexuelles dans les écoles

Quatre organismes ont réclamé d’une voix commune lundi l’adoption d’une loi visant à prévenir et combattre les violences à caractère sexuel dans les écoles primaires et secondaires de la province.
Guillaume Levasseur Archives Le Devoir Quatre organismes ont réclamé d’une voix commune lundi l’adoption d’une loi visant à prévenir et combattre les violences à caractère sexuel dans les écoles primaires et secondaires de la province.

Dans la foulée de l’arrestation de trois entraîneurs de basketball de l’école secondaire Saint-Laurent à Montréal la semaine dernière, quatre organismes ont réclamé d’une voix commune lundi l’adoption d’une loi visant à prévenir et à combattre les violences à caractère sexuel dans les écoles primaires et secondaires de la province.

Jeudi, les trois hommes travaillant pour le réputé programme de basketball de l’école secondaire Saint-Laurent ont été accusés de crimes à caractère sexuel présumément commis sur des élèves.

Or, « la situation à l’école Saint-Laurent n’est pas du tout isolée », a dénoncé Clorianne Augustin, cofondatrice du collectif jeunesse La voix des jeunes compte, en point de presse lundi. Dans les derniers jours, l’intervenante dit avoir constaté une hausse des messages reçus de la part de jeunes qui souhaitent dénoncer des violences à caractère sexuel vécues dans le milieu scolaire. « Il faut arrêter de fermer les yeux », a-t-elle insisté.

Clorianne Augustin a rappelé que cinq adolescentes avaient dénoncé publiquement en 2018 les violences à caractère sexuel qu’elles avaient vécues ou dont elles avaient été témoins dans le cadre de leur parcours scolaire.

« Ça fait cinq ans qu’on demande au gouvernement d’agir », s’est-elle indignée. « Ça me fait mal chaque fois que je constate l’inaction du gouvernement ». Citant une étude de l’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ), l’intervenante a rappelé qu’entre 2 % et 8 % des athlètes sont victimes d’agression sexuelle dans un contexte sportif.

Un protocole clair

 

L’adoption d’une loi par Québec serait le meilleur outil pour mieux prévenir les violences à caractère sexuel commises par des adultes ou des élèves dans le milieu scolaire, et aussi pour mieux gérer les dénonciations, ont clamé les organismes La voix des jeunes compte, Les ballons intensifs, Pour 3 Points et Québec contre les violences sexuelles.

« On demande un protocole clair pour que le personnel soit formé, qu’il y ait un suivi auprès des victimes pour leur venir en aide et pour que les agresseurs aient des conséquences à leurs actes, a résumé Kenza Chahidi, membre du collectif La voix des jeunes compte. On demande aussi de l’éducation et de la prévention auprès des élèves dans le but de créer un espace sécuritaire pour que les victimes puissent dénoncer [leurs agresseurs]. Un espace où on se sent écouté, cru et soutenu. »

Fabrice Vil, fondateur de Pour 3 Points, un organisme qui forme des entraîneurs sportifs pour qu’ils interviennent positivement auprès des jeunes, a rappelé qu’une telle loi existe déjà au Québec pour les niveaux collégial et universitaire. « Tout ce qu’il reste à faire, c’est de l’appliquer pour les jeunes », a-t-il mentionné. Cette loi avait contraint tous les établissements d’enseignement supérieur de la province à adopter une politique visant à prévenir et à combattre les violences à caractère sexuel sur les campus.

Selon un reportage publié dans La Presse, des employés de l’école secondaire Saint-Laurent auraient tenté d’alerter la direction de l’établissement relativement au climat toxique qui régnait au sein du programme de basketball, sans toutefois réussir à se faire entendre. Mélanie Lemay, cofondatrice de Québec contre les violences sexuelles, a souligné que l’adoption d’une telle loi signifierait la fin du « système d’impunité ». « Ils ne pourraient plus juste se lancer la balle ou ne pas agir. [Cette loi ferait en sorte de mettre fin] à l’absence de responsabilité et de protection qui fait en sorte que les jeunes sont en ce moment abandonnés », a-t-elle mentionné.

Quant à Ernest Edmond, fondateur des Ballons intensifs, un organisme qui œuvre auprès de jeunes issus de milieux défavorisés, il a souligné qu’il est tout aussi important de redéfinir la notion d’excellence dans le sport. « [À l’école Saint-Laurent], on a sacrifié de jeunes filles pour des bannières, pour la renommée de l’école et pour l’argent que les tournois rapportaient. Cette école était l’exemple à suivre dans le basketball, a-t-il relevé. Il faut redéfinir ce qu’est un excellent programme et ce qu’est un excellent entraîneur. »

Des enquêtes

 

Le Centre de services scolaire a annoncé lundi avoir mandaté des experts afin de faire la lumière sur le « climat de travail et ces événements relatés ».

« Au cours des derniers jours, des allégations concernant le climat de l’école secondaire Saint-Laurent ont été rapportées par différentes sources. Ces allégations étant contradictoires avec les informations dont il dispose, le CSSMB est très préoccupé par la situation », a indiqué le deuxième plus grand centre de services scolaires du Québec dans un communiqué.

Lundi en soirée, le ministre de l’Éducation Jean-François Roberge a indiqué sur Twitter qu’il a demandé qu’une enquête du ministère soit déclenchée à la suite des révélations sur le climat de travail à l’école secondaire Saint-Laurent.

« Élèves et personnel scolaire doivent se sentir en confiance et en sécurité dans nos écoles », a-t-il écrit.

Le ministre a déposé un projet de loi visant à réformer le poste de Protecteur de l’élève afin qu’il soit « plus indépendant, plus transparent et plus accessible », a-t-il souligné. « Il sera un outil essentiel pour améliorer le traitement des plaintes et lutter contre les violences et l’intimidation à l’école », a écrit M. Tanlet. Tous les établissements doivent aussi obligatoirement élaborer un plan de lutte contre l’intimidation et la violence, et le sujet des agressions sexuelles sera traité dans le nouveau cours de Culture et citoyenneté québécoise, a-t-il ajouté.

Avec La Presse canadienne

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