Assurer la sécurité alimentaire des pays en voie de développement

Leïla Jolin-Dahel
Collaboration spéciale
Au Sénégal, un projet de coopération internationale permet à des femmes en situation précaire de pouvoir tirer des revenus de l'agriculture.
Photo: Ifenna Okeke Au Sénégal, un projet de coopération internationale permet à des femmes en situation précaire de pouvoir tirer des revenus de l'agriculture.

Ce texte fait partie du cahier spécial Coopération internationale

De nombreux agriculteurs des pays en voie de développement peinent à tirer un revenu décent de leur production agricole. Des experts et des gens sur le terrain appellent à plus de politiques institutionnelles de la part de ces États afin de repenser les systèmes alimentaires.

Plusieurs facteurs expliquent la précarité de ces agriculteurs, selon le secrétaire général d’UPA Développement international (UPA DI), Hugo Beauregard-Langelier. Contrairement aux producteurs maraîchers des pays occidentaux, ceux des États en voie de développement ne sont souvent pas organisés en réseaux destinés à faire pression sur les gouvernements pour l’établissement de politiques publiques.

Ils sont moins sujets à bénéficier d’assurances récolte ou d’équipements technologiques comme des tracteurs. « Un des points majeurs est la capacité d’avoir accès à la terre. Il y a encore beaucoup de flous sur les propriétés terriennes. Ces producteurs ont peu de garanties pour aller voir les institutions financières et avoir du crédit pour les aider à développer leurs entreprises », explique M. Beauregard-Langelier. Et cela constituerait un frein encore plus grand pour les femmes, puisque plusieurs pays leur interdisent les prêts bancaires ou leur en limitent l’accès.

Des initiatives destinées à assurer une meilleure sécurité alimentaire aux femmes de ces populations sont toutefois mises sur pied par des organismes sur le terrain. C’est le cas du projet au Sénégal réalisé par le Centre d’écoute et d’encadrement pour un développement durable (CEEDD), en collaboration avec l’organisation non gouvernementale laïque en coopération internationale au Canada SUCO. Le projet a reçu un financement de 10 000 $ du gouvernement fédéral dans le cadre du programme de stages internationaux pour les jeunes (PSIJ). « L’objectif est de lutter contre la pauvreté et l’insécurité alimentaire », résume Émilie Roy, collaboratrice spécialisée en suivi, en évaluation et en apprentissage pour SUCO au Sénégal.

En tout, ce sont quatre jardins qui seront déployés dans la région de Thiès au cours des prochains mois. Le programme a débuté en novembre dernier et réunit 50 participantes, qui ont été formées en agroécologie, en transformation agroalimentaire et en communication et gestion financière. « Les femmes avec qui nous travaillons appartiennent à des catégories fragiles. Souvent, elles n’ont pas de formation professionnelle. Et donc, des problèmes à s’intégrer dans le marché du travail et à disposer de revenus décents », observe Abacabar Sy, président du CEEDD et chargé du projet sur le terrain.

Aubergines, menthe, laitues, piments sont quelques-uns des produits agricoles biologiques qui seront cultivés. Ces espaces permettront aux femmes de générer jusqu’à 70 % de leur consommation quotidienne, évalue M. Sy. L’objectif de les rendre à même de faire pousser des légumes et de pouvoir en tirer des revenus crée un enthousiasme chez les participantes, ajoute-t-il.

Photo: CEEDD Des jardins seront bientôt déployés dans la région de Thiès, au Sénégal, où les participantes pourront cultiver des légumes pour leur consommation quotidienne ou pour en tirer des revenus. 

Par la suite, elles pourront entretenir ces jardins et y faire de l’agriculture selon le calendrier des récoltes, explique Mme Roy. « Tout le voisinage et toutes les personnes qui sont proches du jardin pourront en bénéficier. C’est vraiment d’avoir un circuit court de distribution, de s’assurer que ce soit des produits de qualité et que ça provienne de la communauté », résume-t-elle.

L’union fait la force

Mais comment devenir rentable à l’ère de la mondialisation, alors que de nombreux traités internationaux régissent les importations et les exportations ? Selon Abacabar Sy, la clé demeure dans l’établissement de réseaux d’acteurs de l’industrie agricole, épaulés par des ONG sur place. « Si on a une synergie avec ceux qui sont dans le domaine, et si on fait des actions collectives et avec un cadre collaboratif suffisamment fort, là, nous avons des chances d’avoir un résultat constructif », espère-t-il.

« Trop souvent, à cause de problèmes de structuration, [ces producteurs] se retrouvent à la merci de grands acheteurs qui sont en mesure d’avoir les prix qui leur conviennent, et non pas nécessairement ceux qui font l’affaire des agriculteurs », explique Hugo Beauregard-Langelier.

Le secrétaire général d’UPA DI n’est pas de ceux qui croient à l’abolition des systèmes actuels pour les réformer depuis le début. Il estime qu’il faut plutôt repenser la façon dont les produits agricoles sont pris en compte par les gouvernements. « C’est considéré comme du pétrole, comme la plupart des biens et services sur les marchés », dit-il. Selon lui, l’agriculture devrait bénéficier d’ententes distinctes. « C’est un bien essentiel auquel tout le monde doit avoir accès trois fois par jour en quantité et en qualité suffisantes. »

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