Ottawa s’attaque aux délais «frustrants» en immigration

Le ministre de l'Immigration Sean Fraser a promis des ressources supplémentaires. 
Photo: Adrian Wyld La Presse canadienne Le ministre de l'Immigration Sean Fraser a promis des ressources supplémentaires. 

Reconnaissant que « les délais de traitement [des demandes] ont été incroyablement frustrants pour de nombreuses personnes », le ministre fédéral de l’Immigration Sean Fraser a promis lundi de retourner aux standards d’ici la fin de l’année.

Ce sont 85 millions de dollars qui seront investis pour accélérer le traitement des demandes d’immigration et ainsi réduire le nombre de dossiers en attente. Malgré un nombre record d’immigrants accueillis en 2021, plus de 1,8 million de dossiers sont en attente de traitement, à cause de facteurs liés à la pandémie, selon le ministre.

La somme investie pour ce rattrapage avait déjà été annoncée dans la mise à jour économique et budgétaire en décembre dernier. Des ressources supplémentaires, surtout du personnel, seront ajoutées pour les permis d’études, les permis de travail temporaire et les renouvellements de cartes de résident permanent, a cette fois expliqué M. Fraser. Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada (IRCC) rendra également un portail en ligne accessible « à un plus grand nombre de clients » dès l’été prochain, afin de hâter le virage du papier vers le numérique.

Les permis de travail des « travailleurs essentiels » seront aussi traités en priorité, afin de résorber la pénurie de main-d’œuvre. Le secteur agricole s’est notamment dit très inquiet pour la prochaine saison de culture, des ratés informatiques mettant « toute la chaîne alimentaire en péril », selon l’Union des producteurs agricoles du Québec.

85 millions
C’est le montant que le gouvernement fédéral investira pour accélérer le traitement des demandes d’immigration.

Un système « d’analyse avancée des données » sera également plus largement utilisé pour trier des demandes de visas de visiteur, a poursuivi le ministre Fraser durant l’annonce de lundi. Ce type d’outil informatique a accéléré l’évaluation des dossiers de 87 %, affirme-t-il, mais il est vivement critiqué par des associations d’avocats et d’immigrants.

C’est le manque de transparence sur sa mise en œuvre et sur sa surveillance légale qui inquiète. Répondant à ces critiques, M. Fraser a assuré que « la décision définitive [sur un dossier] sera toujours prise par un agent d’IRCC ».

Étudiants étrangers

 

Le système appelé « Chinook » a notamment été mis en cause dans l’augmentation des taux de refus des dossiers d’étudiants étrangers. Le Devoir révélait en novembre dernier que ces taux étaient particulièrement élevés et en hausse pour les étudiants francophones en provenance d’Afrique. Le premier ministre Justin Trudeau avait promis un « examen détaillé » de ce problème.

M. Fraser s’est quant à lui dit « pas particulièrement préoccupé » par ces outils informatiques, mettant l’accent sur les gains d’efficacité qu’ils procurent. Les données présentées au ministre n’ont pas confirmé ces inquiétudes, dit-il, données qui n’ont cependant pas encore été soumises à l’attention du public. « Les étudiants étrangers font d’excellents résidents permanents », a-t-il réitéré.

Le Comité permanent de la citoyenneté et de l’immigration se penchera cette semaine sur cette question, à l’initiative du député bloquiste Alexis Brunelle-Duceppe.

Impossible de suivre son dossier

 

La commissaire à l’information blâmait IRCC en mai dernier pour la hausse « spectaculaire » de demandes d’accès à l’information dans ce ministère. Cette croissance découle « directement du fait que les demandeurs sont incapables d’obtenir par d’autres moyens l’information qu’ils recherchent », concluait la commissaire Caroline Maynard après enquête.

Pour résoudre ce problème, un système de suivi des cas qui permet d’obtenir des mises à jour du statut de la demande sera lancé en février pour le programme de réunification familiale. La « vision à long terme » est d’étendre ce type de suivi aux autres programmes d’immigration permanente, a affirmé le ministre Fraser, sans s’avancer sur un échéancier plus précis.

Il a également reconnu que les délais de traitement affichés en ligne « ne correspondent pas parfaitement à la performance réelle », ce qui sera résorbé, assure-t-il. Des résidents permanents attendent notamment jusqu’à six mois leur carte prouvant leur statut, révélait Le Devoir en juillet dernier, alors que les délais indiqués en ligne étaient de 60 à 70 jours.

Une note interne datée du 24 novembre 2021, et obtenue par des médias anglophones, montrait aussi que les délais pour les travailleurs qualifiés étaient de 20 mois. Le standard inscrit en ligne est pourtant de six mois pour ce programme aussi appelé « entrée express ».

Enfin, après avoir fait ces annonces exclusivement en anglais, M. Fraser a exprimé sa difficulté à comprendre les questions en français des journalistes, soutenant qu’il suivait des cours de français « chaque semaine » pour s’améliorer.

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