Les restaurants rouvrent, mais le personnel risque de manquer à l’appel

Selon les nouvelles règles, les restaurants pourront ouvrir lundi à 50% de leur capacité.
Photo: Lars Hagberg La Presse canadienne Selon les nouvelles règles, les restaurants pourront ouvrir lundi à 50% de leur capacité.

Si les restaurants peuvent rouvrir leur salle à manger à compter de lundi, ils pourraient bien se retrouver aux prises avec un manque de personnel.

Des employés disent que l’incertitude qui règne dans le secteur en raison de la pandémie les a incités à regarder ailleurs pour gagner leur vie.

Milovan Danielou a raconté qu’il avait décidé de chercher un nouvel emploi lors de la deuxième fermeture de salles à manger de restaurants dans la province, à l’automne 2020, lorsque son employeur de l’époque, le restaurant de tacos Grumman ’78, a définitivement fermé son emplacement principal.

Avec des salles à manger fermées et aucun touriste dans la ville, il y avait peu de travail à faire. « Tout le monde se battait pour trouver même des emplois à temps partiel », raconte-t-il.

M. Danielou fait maintenant de la saisie de données. Son nouveau travail est moins intéressant, mais le salaire de 30 $ l’heure est meilleur, et il ne craint pas de perdre son emploi si la situation sanitaire s’aggrave.

« Rien ne se compare à un emploi dans un restaurant : l’adrénaline, l’énergie, l’équipe, les gens que l’on rencontre. Rien ne se compare à cela, lance-t-il. Mais cela ne suffit pas pour me faire revenir. Je dois payer un loyer. On doit survivre. »

Les salles à manger des restaurants du Québec ont été fermées à partir du 30 décembre, étant donné l’augmentation du nombre de cas de COVID-19 dans la province. Selon les nouvelles règles, les restaurants pourront ouvrir lundi à 50 % de leur capacité, et il y aura des limites au nombre de personnes de différents ménages pouvant partager une table.

Conditions de travail

 

Liam Thomas, 32 ans, reconnaît qu’il n’aurait jamais choisi de quitter le secteur de la restauration s’il n’avait pas subi l’expérience de deux fermetures.

« On m’a crié dessus pour la millionième fois de ma carrière de cuisinier. Je suis sorti, et je ne suis jamais revenu, a-t-il raconté en entrevue. Cela a été précipité par les confinements et la conviction que cela pourrait se reproduire. »

M. Thomas, qui a commencé à travailler dans des restaurants à 18 ans, œuvre maintenant comme préposé au transport dans un hôpital de Montréal, aidant les patients à se rendre aux radiographies et à d’autres rendez-vous au sein de l’établissement. Bien qu’il avoue que la frénésie de la cuisine lui manque encore parfois, son nouvel emploi est moins stressant, mieux rémunéré et offre plus de vacances.

« Les problèmes que la pandémie a révélés ont toujours été présents pour les travailleurs de la restauration », soutient Kaitlin Doucette, de la Coalition canadienne des Travailleu.r.se.s de la restauration, un groupe qui milite pour de meilleures conditions de travail dans l’industrie. Elle rappelle que les travailleurs n’ont pas depuis longtemps d’assurances maladie ni de congés de maladie payés. La nature précaire du travail pouvait entraîner des abus et du harcèlement sexuel.

Selon elle, la décision du gouvernement de fermer à nouveau les salles à manger a été particulièrement pénible pour les employés. Le gouvernement fédéral ne leur a versé que 300 $ par semaine pour les aider.

Martin Juneau, le propriétaire de Pastaga, un restaurant du quartier de la Petite Italie à Montréal, dit craindre de ne pas trouver assez de personnel pour une réouverture qui, selon lui, est l’équivalent de « repartir à zéro ».

« On a beaucoup d’employés qui sont passés à autre chose, qui ont eu envie de changer de voie. Ils ne sont plus en restauration ou ils n’ont plus envie de travailler avec nous, raconte-t-il. Pour nous, d’essayer de remettre la machine en marche est une espèce de cauchemar. »

Il a été contraint de fermer certaines autres entreprises, dont un restaurant et un caviste, une épicerie du coin et un magasin de crème glacée, au début de la pandémie. Ces entreprises resteront fermées, confirme-t-il. « On est exactement au contraire de prendre de l’expansion. »

Il craint de devoir fermer encore une fois sa salle à manger. « On craint pour l’automne prochain. On craint de ne pas avoir l’énergie nécessaire pour se rendre à l’automne prochain. »

Hospitalisations en baisse

 

Selon la tendance observée depuis plusieurs jours déjà, le nombre des hospitalisations liées à la COVID-19 a de nouveau baissé au Québec. Et cette fois-ci, cela s’accompagne d’une réduction substantielle du nombre des décès.

D’après les données publiées dimanche par le ministère de la Santé, le nombre des hospitalisations est passé de 2975 à 2895 au cours des dernières 24 heures. Les autorités recensaient toutefois 233 patients aux soins intensifs, soit une hausse de 2 personnes, tandis que 11 nouveaux décès se sont ajoutés au bilan des victimes, soit 55 de moins que la veille.

On déplore dorénavant 13 190 morts liées à la COVID-19 depuis son apparition au Québec. Santé-Québec rapporte 2838 nouveaux cas, pour un total de 859 469 depuis le début de la pandémie.

Cet article a été produit avec le soutien financier des Bourses Facebook et La Presse canadienne pour les nouvelles.

 

Mesures sanitaires assouplies dès lundi

À compter de lundi, les salles à manger des restaurants pourront rouvrir à 50 % de leur capacité. Le passeport vaccinal y sera toujours obligatoire, et un maximum de deux bulles familiales par table sera autorisé, ou quatre personnes provenant d’adresses différentes. Les restaurants doivent fermer au plus tard à minuit. Les ventes d’aliments et de boissons doivent cesser à 23 h. Cette phase du déconfinement ne touche pas les bars, les tavernes et les casinos, à qui le gouvernement impose toujours une fermeture complète. Les rassemblements privés à l’intérieur seront à nouveau permis dès le 31 janvier. Comme pour les restaurants, la limite est fixée à quatre personnes ou aux occupants de deux bulles familiales.


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