Des manifestants prêts à rester à Ottawa «le temps qu’il faudra»

Le bruit des klaxons résonnait encore au centre-ville d’Ottawa dimanche soir. Des milliers de camions et de manifestants ont bloqué une partie de la ville pour une troisième journée de suite afin de protester contre les mesures sanitaires, et certains sont déterminés à rester « le temps qu’il faudra » malgré la volonté des policiers de les évacuer.

Au moment où ces lignes étaient écrites, des rues étaient encore fermées à la circulation au centre-ville d’Ottawa dimanche soir, et des chasse-neige jaunes de la ville étaient stationnés au milieu de la route bloquant l’accès vers certains secteurs, comme on pouvait le voir dans des vidéos diffusées en direct sur YouTube et sur Instagram. Des poids lourds, des voitures et des camions de plus petite taille étaient immobiles au beau milieu d’artères de la ville et faisaient résonner leur klaxon bien fort après le coucher du soleil.

Une poignée de manifestants circulaient dans les rues en soirée, en scandant des slogans en anglais et en français. Plusieurs portaient des vestes sur lesquelles on pouvait lire « Farfadaa », un groupe québécois associé au mouvement complotiste. Devant le parlement, un petit groupe de personnes dansait.

« Avez-vous l’intention de partir ? » a demandé, vers 20 heures, un homme qui filmait en direct sur Instagram à un camionneur assis dans son camion. « Non », a-t-il répondu, en ajoutant qu’il resterait tant que la vaccination demeurerait obligatoire. Prévue au départ pour être une protestation contre la vaccination obligatoire des camionneurs pour traverser la frontière canado-américaine, la manifestation s’est transformée en rassemblement contre Justin Trudeau et l’ensemble des mesures prises pour lutter contre la COVID-19.

Photo: Jacques Nadeau Le Devoir La manifestation des opposants aux mesures sanitaires perdait en intensité dimanche soir, à Ottawa, au moment où ces lignes étaient écrites.

Évacuation

Des policiers sur le qui-vive étaient présents en grand nombre devant le parlement. En soirée, le Service de police d’Ottawa a demandé à la population d’éviter le centre-ville lundi. Plus tôt dans la journée, les autorités avaient réitéré leur volonté d’évacuer les manifestants dans la journée de dimanche. « Ce serait notre objectif de les évacuer ce soir. Mais vu le nombre de véhicules, ce ne sera pas faisable, a reconnu la porte-parole, Amy Gagnon, contactée par Le Devoir vers 20 h 30. On sait que certains ont dit qu’ils resteraient sur place. »

À ce moment, les policiers travaillaient avec les organisateurs pour faciliter le départ des personnes qui souhaitaient s’en aller. Le nombre de manifestants avait « énormément diminué » en soirée, selon la porte-parole. Le service de police précise ne pas remorquer les véhicules et ne pas remettre d’amendes aux récalcitrants, pour éviter les confrontations. Mais l’approche des policiers pourrait changer. « Nous y allons une étape à la fois », a mentionné Amy Gagnon.

Dans la journée, près du parlement, des manifestants se sont relayés pendant une bonne partie de la journée sur une scène de fortune. « Nous ne partirons pas tant que vous tous et vos enfants ne serez pas libres », a lancé plus tôt dans la journée Tamara Lich, une des organisatrices du « convoi pour la liberté », devant une petite foule bruyante. Un autre organisateur, Patrick King, un Albertain controversé associé à l’extrême droite, a de son côté affirmé devant des journalistes que les camionneurs ne quitteraient pas Ottawa et resteraient jusqu’à ce que toutes les mesures autour de la COVID-19 soient éliminées et que le Parti libéral du Canada ait « démissionné, disparu et [soit] aboli », a rapporté le National Post. « Nous allons rester aussi longtemps qu’il le faudra », a-t-il dit alors qu’il se trouvait dans un hôtel du centre-ville d’Ottawa.

Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Si plusieurs avaient décidé de plier bagage, certains souhaitaient poursuivre leur occupation au moins jusqu’àlundi, jour de rentrée parlementaire pour les députés fédéraux.

Plusieurs enquêtes criminelles ont été ouvertes par les policiers à la suite de la « profanation » du Monument commémoratif de guerre du Canada et de la statue de Terry Fox, ainsi que pour des comportements qualifiés de menaçants, d’illégaux et d’intimidants. « Les comportements illégaux ne seront pas tolérés et feront l’objet d’une enquête approfondie », a indiqué le Service de police d’Ottawa dimanche.

Une conseillère municipale, Catherine McKenney, dont le district recouvre le centre-ville d’Ottawa, a déclaré que la population commençait à enavoir assez de la présence des manifestants. Les manifestations ont été « exceptionnellement perturbatrices » pour les résidents du centre-ville, a-t-elle dit. « Je comprends que la police, tant locale que nationale, ne veuille pas affronter la foule, mais à un certain point, on devra recevoir l’assurance que l’occupation de notre ville cessera. »

Selon un autre conseiller municipal, Mathieu Fleury, « les gens qui intimident nos voisins, bloquent nos rues, font du bruit et harcèlent nos autorités et nos journalistes n’ont pas leur place dans notre ville. Ils doivent partir ».

La présence de drapeaux confédérés et de croix gammées a de son côté suscité de nouvelles réactions de la part des politiciens. « Les citoyens ont le droit de manifester et d’exprimer leur désaccord. Mais quand il est question de répandre la haine, de harcèlement et de manque de respect envers nos anciens combattants, des scènes dont on a été témoin en fin de semaine, on se doit de le dénoncer haut et fort », a écrit sur Twitter la ministre des Affaires étrangères, Mélanie Joly.

La Chambre des communes doit siéger à nouveau à partir de lundi.

Avec La Presse canadienne

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