Montréal rend hommage aux victimes de l’attaque à la mosquée de Québec

C’est non seulement pour que la mémoire des disparus ne s’estompe pas, mais aussi afin de dénoncer la haine qui persiste à l’endroit de la communauté musulmane qu’un rassemblement a eu lieu samedi devant le métro Parc, à Montréal, pour commémorer l’attaque à la grande mosquée de Québec du 29 janvier 2017.
Photo: Peter McCabe La Presse canadienne C’est non seulement pour que la mémoire des disparus ne s’estompe pas, mais aussi afin de dénoncer la haine qui persiste à l’endroit de la communauté musulmane qu’un rassemblement a eu lieu samedi devant le métro Parc, à Montréal, pour commémorer l’attaque à la grande mosquée de Québec du 29 janvier 2017.

Plus d’une centaine de personnes ont convergé samedi soir à Montréal pour rendre hommage aux victimes de la tuerie de la grande mosquée de Québec, qui continue de marquer les esprits cinq ans plus tard.

Le soir du 29 janvier 2017, un tueur a fait irruption dans la grande mosquée de Québec à l’heure de la prière pour y faire feu avec une arme semi-automatique et une arme de poing. Cinq ans jour pour jour après ce tragique événement, qui a coûté la vie à 6 personnes, en a blessé plusieurs autres en plus de laisser 17 enfants privés à jamais de leur père, les blessures sont encore vives.

« Cette attaque-là a vraiment été un choc parce que n’importe quel membre de la communauté musulmane de Québec a eu un doute ce soir-là, quand il a entendu parler de la fusillade. Tous les membres de la communauté se sont demandé s’ils allaient connaître une des victimes », a raconté samedi au Devoir l’avocate et membre de la communauté musulmane de Québec, Lina Bensaidane. Cette fusillade a ainsi montré, selon elle, que « l’islamophobie a des conséquences meurtrières ».

C’est donc non seulement pour que la mémoire des disparus ne s’estompe pas, mais aussi afin de dénoncer la haine qui persiste à l’endroit de la communauté musulmane qu’un rassemblement a eu lieu dès 17 h samedi devant le métro Parc à l’initiative de la Semaine de découverte des musulmans. Le 29 janvier a d’ailleurs été reconnu par le gouvernement fédéral comme la journée nationale d’action contre l’islamophobie.

Cette attaque-là a vraiment été un choc parce que n’importe quel membre de la communauté musulmane de Québec a eu un doute ce soir-là, quand il a entendu parler de la fusillade. Tous les membres de la communauté se sont demandé s’ils allaient connaître une des victimes.

Malgré le froid glacial, la foule a progressivement pris de l’ampleur pour atteindre plus d’une centaine de personnes, dont plusieurs tenaient à la main une bougie électrique. Après un bref discours tenu par les organisateurs de l’événement puis un moment de silence empreint d’émotion, une série d’élus de tous les ordres de gouvernement ont pris la parole pour dénoncer le racisme et l’islamophobie. Certains, comme le député néodémocrate Alexandre Boulerice, ont déploré que le gouvernement Legault ne reconnaisse toujours pas le racisme systémique. D’autres, comme le conseiller d’Ensemble Montréal Aref Salem, ont souligné l’importance de mieux s’attaquer aux propos haineux sur les réseaux sociaux.

« Il y a de nombreux actes haineux dans notre société qui demeurent non rapportés et impunis », a pour sa part soulevé le président de la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse, Philippe-André Tessier. Il estime ainsi qu’un travail de sensibilisation est nécessaire afin que les citoyens dénoncent davantage de telles situations. Derrière lui, des manifestants brandissaient de larges affiches montrant les visages des six hommes dont la vie a été fauchée ce soir du 29 janvier 2017.

« La solution, d’après moi, elle passe par l’empathie. Cette espèce de peur, le fait d’avoir peur de perdre un proche dans des circonstances [similaires]. La peine qu’on partage avec les gens qui ont perdu, je pense que c’est ce genre d’empathie mobilisatrice qui va faire la différence », estime pour sa part Lina Bensaidane.

Des espoirs déçus

 

Le choix du lieu pour ce rassemblement n’est d’ailleurs pas anodin. À ce même endroit, le 30 janvier 2017, des milliers de personnes s’étaient rassemblées pour dénoncer l’attentat commis la veille par Alexandre Bissonnette, qui a depuis été condamné à une lourde peine de prison. Les manifestants voulaient aussi condamner la haine et la xénophobie.

« Dans la tragédie, dans le malheur, dans ce qu’on vivait comme choc, le fait de voir autant de monde autour de nous, ça nous avait vraiment touchés. C’est comme si ça nous avait mis un baume sur la blessure. C’est comme si, dans la tragédie, on avait eu l’espoir que ça allait s’arranger et que plus jamais ça ne se reproduirait », s’est remémoré samedi la présidente de la Semaine de découverte des musulmans, Samira Laouni, en entrevue au Devoir quelques heures avant le rassemblement.

Photo: Zacharie Goudreault Le Devoir Selon Lina Bensaidane, avocate et membre de la communauté musulmane de Québec, cette fusillade a montré que «l’islamophonie a des conséquences meurtrières».

Et puis le pire s’est reproduit, avec une accumulation d’actes haineux dans les dernières années, qui a culminé avec une attaque terroriste commise en juin dernier à London, en Ontario. Un automobiliste avait alors foncé sur une famille musulmane qui marchait sur un trottoir, tuant quatre de ses membres sur son passage. Le Service de police de la Ville de Montréal recensait d’ailleurs en 2021, dans son dernier rapport annuel, une hausse notable des crimes haineux dans la métropole, à l’endroit de diverses minorités ethniques et religieuses.

Or, « ce n’est pas vrai que nous sommes dans [une société de] vivre-ensemble quand les crimes haineux sont en augmentation », a constaté Mme Laouni.

Le premier ministre du Canada, Justin Trudeau, s’est d’ailleurs tourné vers les réseaux sociaux samedi pour condamner l’islamophobie, qu’il a qualifiée d’« inacceptable ». « On doit enrayer cette forme de haine et rendre nos communautés plus sûres pour les musulmans », a-t-il écrit sur Twitter, avant d’annoncer la création prochaine d’un poste de représentant spécial chargé de la lutte contre l’islamophobie au pays. Les détails de ce poste seront communiqués ultérieurement.

Sur le plan de la lutte contre les armes à feu, cependant, les attentes demeurent grandes, notamment de la part de l’organisme PolySeSouvient.

« En lien avec le contexte qui avait lieu au moment de la tuerie de la mosquée, il n’y a rien qui a changé qui aurait permis d’empêcher ce qui s’est passé », a souligné samedi la coordonnatrice de PolySeSouvient, Heidi Rathjen, en entrevue au Devoir. Celle-ci déplore notamment l’absence d’un contrôle serré des armes de poing, malgré des mesures mises en place par le gouvernement fédéral pour interdire les armes d’assaut au pays. « On veut éviter à tout prix que le fédéral se déresponsabilise au sujet des armes de poing », a-t-elle ajouté.

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