Un projet de logements pour Autochtones confronté à des défis de financement à Verdun

Le stationnement Arthur-Therrien, près de l’hôpital de Verdun, est un des lots sur lesquels Montréal Autochtone prévoit un complexe d’une centaine de logements pour Autochtone qui offrirait aussi divers services communautaires.
Photo: Adil Boukind Le Devoir Le stationnement Arthur-Therrien, près de l’hôpital de Verdun, est un des lots sur lesquels Montréal Autochtone prévoit un complexe d’une centaine de logements pour Autochtone qui offrirait aussi divers services communautaires.

Un projet d’une centaine de logements autochtones à Verdun tarde à voir le jour en raison de défis de financement, au moment où les membres de ces communautés peinent de plus en plus à se loger dans la métropole, notamment en raison de la discrimination qu’ils subissent.

Dès 2014, l’arrondissement a ciblé trois lots vacants, situés près de l’hôpital de Verdun, afin de consacrer ceux-ci à des projets de logements sociaux. Montréal autochtone a ensuite levé la main et proposé de réaliser sur deux de ces lots un complexe d’une centaine de logements pour Autochtones qui offrirait aussi divers services communautaires répondant aux besoins de ceux-ci.

Le projet a depuis reçu un financement de démarrage accordé par le gouvernement fédéral. Infrastructure Canada a d’ailleurs assuré par courriel qu’il compte continuer « à travailler de près avec les parties prenantes impliquées dans ce projet » afin de répondre aux besoins en matière de logement des communautés autochtones de Montréal.

Montréal autochtone, qui travaille sur ce projet avec le groupe de ressources techniques Bâtir son quartier, appréhende toutefois la facture salée qu’entraînera la décontamination des lots en question, évaluée à 20 millions de dollars.

« C’est la seule partie sur laquelle je veux avoir une intervention de la Ville parce que sinon, ce sera sur mes épaules et je ne peux pas porter ça », laisse tomber le directeur général de Montréal autochtone, Philippe Meilleur. Ce dernier rencontrera d’ailleurs la semaine prochaine la mairesse de Verdun, Marie-Andrée Mauger, pour discuter de l’avancement de ce projet, dont l’ensemble de la facture grimperait à 69 millions.

« Le projet est appuyé politiquement, mais il y a de gros défis », reconnaît la mairesse d’arrondissement, qui assure au Devoir que ce projet n’est pas tombé « aux oubliettes ».

L’arrondissement n’a toutefois réussi à accumuler dans les dernières années qu’environ 500 000 dollars par le biais des contributions de promoteurs immobiliers en vertu de l’ancienne stratégie d’inclusion de la Ville. « On peut allouer ce fonds-là à la réalisation d’unités, mais on va avoir besoin de l’aide des ordres supérieurs [de gouvernement pour réaliser ce projet], c’est certain », soulève l’élue de Projet Montréal.

Or, « on vit toujours cette incertitude de savoir si on aura du financement de Québec ou pas » pour cette initiative, confie au Devoir Charles Guindon, qui est agent de développement pour Bâtir son quartier.

Par courriel, le cabinet de la ministre des Affaires municipales et de l’Habitation, Andrée Laforest, rappelle que la Ville de Montréal « est autonome en habitation et a reçu 503 millions [depuis 2018] pour donner vie à des projets de logements », entre autres par le biais du programme AccèsLogis. Le financement du projet de Montréal autochtone relève donc de la Ville, affirme par écrit une attachée de presse du cabinet, Bénédicte Trottier Lavoie.

« Je pense que ce projet-là, en raison de la complexité de la réalisation, parce que ce sont des sols hautement contaminés et de grands lots, ça va être excessivement long, mais il faut réussir à le réaliser en quelques années, ça c’est clair », souligne quant à elle la mairesse Mauger, qui note que les besoins en matière de logements pour Autochtones sont « criants » dans la métropole.

Discrimination et crise du logement

 

Entre 2006 et 2016, le nombre d’Autochtones à Montréal a grimpé de 55 % pour atteindre 13 100 individus. Ils sont d’ailleurs surreprésentés parmi les itinérants de la métropole en plus d’être proportionnellement plus nombreux à occuper un logement en mauvais état, selon une recherche publiée en février 2020 par la Santé publique de Montréal.

Or, la crise du logement semble avoir exacerbé les barrières que rencontrent les personnes autochtones dans leur quête d’un logement stable. Depuis 2015, l’organisme Chez Doris a par exemple réussi à loger 80 femmes et 55 enfants autochtones en situation de grande précarité. 

Toutefois, « il y a beaucoup de retour à l’itinérance parmi la communauté autochtone », évoque la directrice générale de Chez Doris, Marina Boulos-Winton. Une situation qui n’est pas étrangère à la discrimination que subissent les personnes autochtones dans la quête d’un logement abordable, estime-t-elle.

« C’est très difficile pour les femmes [autochtones] d’avoir une bonne relation avec leur propriétaire et de prouver qu’elles peuvent payer leur loyer mensuellement », soulève Maria Paredes, qui est intervenante pour l’organisme Chez Doris en gestion financière auprès des femmes autochtones. Questions intrusives, loyer qui grimpe à la dernière minute : des propriétaires multiplient les moyens pour décourager des Autochtones à signer un bail, déplore-t-elle. Et cela se fait sentir encore plus au moment où le marché immobilier bouillonne, constate-t-elle. 

« Les propriétaires maintenant ont des files de locataires intéressés par leur logement, souligne l’intervenante. Si on a une personne autochtone et une personne allochtone [qui veulent occuper un logement], cette dernière va être choisie. »

Les Autochtones sont néanmoins peu à porter plainte lorsqu’ils vivent de la discrimination reliée à l’accès à un logement. En fait, la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse (CDPDJ) n’a ouvert qu’un seul dossier de ce type depuis 2017. 

« C’est vraiment la pointe de l’iceberg parce que le faible nombre de plaintes pour discrimination à la Commission en matière d’accès au logement n’est pas représentatif de la réalité. C’est vraiment une goutte d’eau dans l’océan », rappelle la vice-présidente de la CDPDJ, Myrlande Pierre.

Des solutions adaptées

 

Pour éviter la discrimination que subissent les Autochtones dans la recherche d’un logement, le Regroupement des centres d’amitié autochtones du Québec (RCAAQ) soulève d’ailleurs l’importance de financer un grand nombre de projets de logements gérés par et pour cette communauté, comme le propose Montréal autochtone. Ce qui pourrait par exemple être fait via le programme AccèsLogis.

Photo: Jason Blanchard SIRCAAQ Un chantier de construction de logements abordables destinés à des familles autochtones aux études, à Sept-Îles

« En milieu urbain, il appartient aux Autochtones de gérer ces programmes de logements là et la façon dont les fonds seront gérés », insiste le directeur des relations publiques du RCAAQ, Armand Mackenzie. Le regroupement mène d’ailleurs de front plusieurs projets de logements, notamment à Sept-Îles, à Trois-Rivières et à Québec, afin de répondre entre autres aux besoins des étudiants autochtones.

« Il y a plein de porteurs qui essaient de faire avancer ces projets, mais c’est la bureaucratie et la réalité politique qui complexifient ces projets », soupire pour sa part Philippe Meilleur, qui dit toutefois avoir toujours confiance de concrétiser l’initiative qui l’anime à Verdun.



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