Mobilisation pour la vaccination de la communauté ivoirienne de Toronto

Une clinique de vaccination de l’organisme TAIBU à Toronto
Ahmat Hassane Tchanaye Une clinique de vaccination de l’organisme TAIBU à Toronto

L’association ivoirienne de la région de Toronto redouble les efforts depuis quelques jours pour encourager la vaccination, encore peu populaire dans la communauté, notamment en raison de la barrière linguistique. Après une campagne de sensibilisation mettant en vedette la diplomatie ivoirienne, l’association mise maintenant sur la création d’une clinique de vaccination mobile francophone à Toronto pour renverser la tendance.

L’Association de la communauté ivoirienne de la région de Toronto (ACIRT) fait équipe avec l’organisme TAIBU, basé dans le quartier Scarborough, pour mettre sur pied l’unité mobile. Ahmat Hassane Tchanaye, qui travaille à l’organisation de cliniques mobiles pour TAIBU, pense que la création de l’une d’entre elles pourrait convaincre les derniers indécis. « La barrière linguistique pose énormément de problèmes », résume-t-il. L’ACIRT est actuellement à la recherche de l’endroit idéal.

Carole Gballou, la présidente de l’association, estime que seulement la moitié des quelque 1600 membres de la communauté est vaccinée. Le message « tout en anglais » de la province encourageant la vaccination, dit-elle, ne semble pas avoir influencé la prise de décision des Ivoiriens à Toronto. « Je crois que le message du gouvernement passe, mais ça passe peut-être différemment dans notre communauté, parce qu’elle ne se sent pas concernée », constate Mme Gballou.

La présidente a décidé de prendre les choses en main après avoir appris à l’occasion du gala de fin d’année de l’association — où les participants devaient être doublement vaccinés — que plusieurs familles n’avaient toujours pas obtenu leurs deux doses. Elle a d’abord publié une vidéo sur la page Facebook de l’ACIRT le 13 janvier dans laquelle elle a dévoilé qu’« au-delà d’une dizaine de familles ivoiriennes [avaient] été contaminées par la COVID-19 depuis le début de l’année ». Certains étaient aux soins intensifs.

Puis une semaine plus tard, le 22 janvier, la présidente a fait appel au consul honoraire de la Côte d’Ivoire à Toronto, Peter Dawes, pour réitérer l’importance du vaccin. « Pour l’amour de votre famille, votre communauté et votre pays, faites-vous vacciner », a énoncé le consul. « Ce n’est pas que les gens sont opposés aux vaccins, mais plutôt qu’ils ont peur et qu’on ne leur a pas expliqué le danger suffisamment », suggère-t-il au bout du fil.

Bientôt, l’ambassadeur ivoirien à Ottawa publiera son propre message sur la page Facebook. « Ces vidéos montrent que nous nous soucions de la communauté », affirme Carole Gballou.

Retirer les barrières

TAIBU assure un service clefs en main pour l’organisation de cliniques mobiles communautaires dans la région Toronto, dès qu’une communauté trouve un lieu et que celui-ci est suffisamment grand pour accueillir les installations. L’organisme a l’équipement nécessaire et plus important encore dans le cas de l’ACIRT, sa propre équipe de vaccinateurs, d’agents de sensibilisation et de bénévoles francophones. TAIBU peut ainsi vacciner entre 700 et 900 personnes par jour.

L’organisme a déjà fait l’exercice avec d’autres communautés culturelles depuis le début de la pandémie, mais aucune communauté francophone n’avait à ce jour manifesté son intérêt. « Cela pourrait être expliqué par la barrière linguistique. Il y a aussi d’autres croyances que je n’évoquerai pas à leur place », note le représentant de TAIBU. C’est d’ailleurs pour ces raisons que l’organisme passe par des leaders religieux, par exemple, pour créer les cliniques. « Ils peuvent démystifier ce qui est évoqué par la population », rappelle Ahmat Hassane Tchanaye.

Carole Gballou tâche de trouver un lieu de vaccination idéal qui pourra être proposé à TAIBU, un exercice compliqué vu l’éparpillement de la diaspora ivoirienne dans la grande région de Toronto. Les restrictions sanitaires signifient aussi que plusieurs endroits ne sont pas disponibles. « On a appelé et appelé partout », dit-elle au sujet des efforts de la petite équipe de l’ACIRT. Comble de malheur, une église au centre de la ville, qui était considérée comme un lieu potentiel pour accueillir la clinique, vient de subir une inondation.

Communication difficile

Il est difficile de déterminer, à l’échelle de la région de Toronto, le nombre de communautés qui sont dans la même situation que celle de Carole Gballou. Aucun bureau de santé publique de la région ne collecte systématiquement des données sociodémographiques sur la vaccination. Le taux d’immunisation avancé par la présidente de l’ACIRT est pour cette raison approximatif. Selon certains experts, le manque de données complique le déploiement de la vaccination.

Certains bureaux de santé publique remettent aux cliniques qu’elles gèrent des sondages contenant des questions sur le profil sociodémographique des patients, mais ces derniers les complètent de manière volontaire. Les données sont par la suite déposées dans COVax, une base de données du ministère de la Santé en Ontario. Le ministère de la Santé n’a pas répondu aux questions du Devoir quant à l’utilisation et à la gestion des données.

Carole Gballou déplore le manque d’accès aux données. « Si au moins on avait des données [le message] serait plus parlant », dit-elle. « Le seul fait de dire qu’au-delà de dix familles avaient été contaminées, ça a ouvert les yeux », explique la présidente de l’ACIRT.

Ce reportage bénéficie du soutien de l'Initiative de journalisme local, financée par le gouvernement du Canada.

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