Un passeport vaccinal qui ne passe pas pour les grandes surfaces

Le passeport vaccinal est imposé dès lundi dans des magasins à grande surface au Québec. Cette nouvelle mesure, dont les modalités sont restées floues jusqu’à la dernière minute, est mal accueillie par plusieurs commerçants et certains songent à ne pas l’appliquer immédiatement.

« Ça ne se passe pas bien », lance Richard Darveau, président de l’Association québécoise de la quincaillerie et des matériaux de construction (AQMAT), qui représente 1000 quincailleries dans la province. « Les gens vont certainement obtempérer, même s’il y aura certainement quelques têtes fortes, comme c’est aussi le cas dans la population. Quelques-uns se rebellent. Mais la plupart vont faire avec, à reculons, avec beaucoup d’incompréhension. »

Le passeport vaccinal deviendra obligatoire pour tout accès aux commerces dont la superficie est supérieure à 1500 mètres carrés (ou d’un peu plus de 16 000 pieds carrés). Les épiceries, les pharmacies, les aires communes d’un centre commercial et les stations-service sont toutefois exclues.

Sans sentir un grand mouvement de désobéissance civile, Richard Darveau estime que près d’un membre de son association sur dix « pense encore à l’idée de ne pas appliquer » le passeport vaccinal. « À mon avis, ils ont tort », dit-il. Selon lui, les récalcitrants le seront pendant seulement 24 heures, « parce qu’il y aura des plaintes » en provenance des clients adéquatement vaccinés.

L’arrêté ministériel pour encadrer le passeport vaccinal dans les grandes surfaces a été publié dimanche soir seulement, au grand dam des commerçants, qui ont tardé à connaître les détails légaux.

« Les gens se préparent sur la foi de ce qui a été dit verbalement lors des points de presse », a souligné Michel Rochette, président pour le Québec du Conseil canadien du commerce de détail, qui représente notamment les Walmart et les Costco, lorsque Le Devoir lui a parlé dimanche après-midi. Le premier ministre François Legault a annoncé la nouvelle mesure le 13 janvier dernier, et les commerçants s’attendaient à ce que les détails soient divulgués depuis déjà quelques jours.

Dans l’arrêté publié sur le site du ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS), on mentionne qu’il sera également permis pour une personne sans passeport vaccinal d’accéder à une pharmacie située dans une grande surface de plus de 1500 mètres carrés, à condition que cette personne soit accompagnée en tout temps par un employé et qu’elle n’achète que des produits « liés au service pharmaceutique qu’elle reçoit ».

Sécurité

La disponibilité des employés est toutefois un problème. Canac, qui compte 31 quincailleries dans la province, a de son côté été assez rapide pour avoir en poste un agent de sécurité dans chacun de ses magasins, ce qui aidera les employés à gérer le passeport vaccinal. « Oui, nous sommes prêts à l’appliquer, mais est-ce qu’on a hâte ? Non », laisse tomber Patrick Delisle, directeur du marketing de Canac. « Nous allons agir pour que les files soient le plus courtes possible. Le samedi, nous avons 2000 personnes par magasin. »

Une centaine d’appareils ont été achetés pour permettre aux employés de scanner le passeport vaccinal. Il estime que les mesures supplémentaires coûteront des centaines de milliers de dollars. L’AQMAT a calculé de son côté que cela lui coûterait de 2500 à 3000 $ par semaine par magasin.

Trouver des agents de sécurité et des employés est toutefois difficile, étant donné qu’il y a une pénurie de main-d’œuvre et que des entreprises de sécurité comme Garda sont déjà sursollicitées. « C’est un certain défi, la semaine dernière a été une grosse semaine, et les modèles seront un peu différents d’un commerce à l’autre, selon les solutions qui ont pu être trouvées », mentionne Jean-Guy Côté, directeur général du Conseil québécois du commerce de détail.

« Chacun tente de faire de son mieux pour y arriver, renchérit Michel Rochette. La volonté est là pour tenter d’appliquer ce que le gouvernement a demandé. »

Les commerçants attendent également de voir s’il y aura des conflits aux entrées. « On veut éviter toute tension aux portes. Ce n’est pas une mesure de santé publique, c’est un signal que le gouvernement voulait envoyer aux non-vaccinés. Il faut rappeler que ce sont les employés qui vont le porter. Il faudra voir comment les gens vont réagir », lance Michel Rochette.

De son côté, Richard Darveau pense que l’anxiété des employés des commerces de petite surface grimpera, ainsi que l’absentéisme. « Si on vous dit que tous les non-vaccinés viendront dans votre petit commerce, ça se peut que l’employé soit plus nerveux et s’absente », pense-t-il. L’AQMAT a évalué que de 75 à 80 % des magasins n’auront pas à imposer le passeport vaccinal.

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