François Legault subit le ressac de la cinquième vague pandémique

Le premier ministre François Legault s’est fait donner une leçon d’humilité par le variant Omicron, hautement imprévisible.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Le premier ministre François Legault s’est fait donner une leçon d’humilité par le variant Omicron, hautement imprévisible.

La cote de popularité de la Coalition avenir Québec est au plus bas depuis le début de la pandémie de COVID-19, ont récemment souligné tour à tour Recherche Mainstreet, Léger et Angus Reid, sondages à l’appui.

La panique ne s’est pas emparée pour autant de la garde rapprochée du premier ministre François Legault, qui se préparait depuis un petit moment à subir le ressac du « grand coup » sanitaire asséné avant et pendant la période des Fêtes. « On s’attendait à pire », confie un conseiller politique.

Le taux de satisfaction à l’égard du gouvernement québécois a fléchi de cinq points — de 65 % à 60 % —, tandis que l’indice d’appui à la CAQ a reculé de quatre points — de 46 % à 42 % — au fil du dernier mois et demi, pour tous deux atteindre leur niveau le plus bas depuis le début de l’état d’urgence sanitaire, le 13 mars 2020, constate-t-on à la lecture du rapport de sondage rendu public par Léger mercredi.

L’appui donné au gouvernement n’est « pas aussi enthousiaste », « pas aussi chaleureux » qu’il l’était il y a quelques mois, constate un stratège caquiste, tout en balayant du regard les tableaux tapissant le document. Il s’agit d’un « voyant jaune », mentionne-t-il, tout en soulignant l’importance du « quantitatif », mais également du « qualitatif » d’un pourcentage.

Le conseiller politique, qui a déjà vu neiger, prédit une « éclaircie », durant laquelle « la qualité de l’intention de vote va augmenter pas mal ». Pour l’heure, l’« usure sanitaire » plombe le moral de la population québécoise, qui est soumise à des restrictions sanitaires parmi les plus sévères sur le globe. À un moment où « les gens sont tannés de tout », 60 % de satisfaction et 37 % d’intentions de vote, c’est tout de même « surprenant », fait-il valoir.

« La fatigue pandémique des électeurs se reflète dans la baisse des appuis [témoignés à la CAQ] », observeaussi la professeure titulaire en communication sociale à l’Université du Québec à Trois-Rivières (UQTR) Mireille Lalancette. Qui plus est, le mécontentement suscité par les « mesures prises à la dernière minute » par le gouvernement pour briser l’élan d’Omicron ne se traduit pas par un bond des partis d’opposition dans les intentions de vote, sauf pour le Parti conservateur du Québec, ce qui est « fascinant », poursuit-elle.

À neuf mois du scrutin, la CAQ recueille 42 % des intentions de vote, comparativement à 20 % pour le Parti libéral du Québec, 14 % pour Québec solidaire, 11 % pour le Parti québécois et 11 % pour le Parti conservateur du Québec, selon Léger.

Près de la moitié des électeurs francophones (48 %) demeurent rangés derrière la formation politique de François Legault. Les autres sont répartis également entre QS (14 %), le PLQ (12 %), le PQ (12 %) et le PCQ (12 %), ce qui « avantage » la CAQ, souligne Philippe J. Fournier, spécialiste des sondages et chroniqueur à L’actualité et à Maclean’s. Selon les dernières projections de son modèle de projection de sièges, Qc125, la CAQ parviendrait aujourd’hui à faire élire environ 94 candidats à l’Assemblée nationale, soit 20 de plus qu’en 2018. Elle ferait face — grâce au mode de scrutin de type majoritaire uninominal à un tour dont elle ne veut plus se défaire — à une opposition parlementaire formée de 20 députés libéraux, de 9 députés solidaires et de 2 députés péquistes.

« La chance au coureur »

Chose certaine, la « position » du premier ministre québécois demeure « beaucoup plus confortable » que celle de son homologue ontarien, Doug Ford, qui lui aussi se soumettra cette année au verdict des urnes, signale Angus Reid.

Les Québécois continuent de « donner la chance au coureur » François Legault, dont plus de la moitié du mandat de quatre ans aura été accaparé par la lutte contre la COVID-19 et sa suite de variants, plutôt que de renouer avec l’un ou l’autre des « vieux partis », indique la professeure Mireille Lalancette.

« Le peuple québécois se serre les coudes. Moi, ça me rend tellement fier », s’est réjoui le chef caquiste dans une conférence de presse jeudi. Il n’est pas question d’assouplir les règles sanitaires édictées avant et pendant la période des Fêtes puisque le réseau hospitalier est « accoté dans le plafond », avec un « pic » de 3400 patients atteints de la COVID-19 à traiter et 12 000 employés absents, a-t-il indiqué, entouré du directeur national de santé publique par intérim, Luc Boileau, et du ministre de la Santé, Christian Dubé. Mais « on voit enfin la lumière au bout du tunnel », a-t-il précisé, dans une impression de déjà-vu.

Des émojis de visages en colère bondissaient sur sa page Facebook — où sa sortie médiatique était diffusée en direct —, supplantant les cœurs et les pouces en l’air envoyés au front à coups de clics. Des dizaines et des dizaines d’internautes pressaient le premier ministre de desserrer les règles sanitaires, faisant écho dans la fenêtre de clavardage à la propriétaire de la pâtisserie Vite des péchés, sise à Saguenay, Stéphanie Hariot, selon qui « enough is enough ».

Le « discours plus populiste » du Parti conservateur « résonne » davantage auprès de l’électorat québécois qui « en a marre des mesures sanitaires et tout cela », avertit Mireille Lalancette. Les intentions de vote de l’équipe d’Éric Duhaime, à laquelle la comédienne Anne Casabonne s’est jointe cette semaine, ont doublé — de 5 % à 11 % — entre le 2 décembre 2021 et le 19 janvier 2022.

Leçon d’humilité

Le premier ministre François Legault s’est fait donner une leçon d’humilité par le variant Omicron, dont le caractère imprévisible l’a forcé à ajuster le tir « au jour le jour ».

Début décembre, il plaidait ouvertement pour l’assouplissement des règles sanitaires durant la période des Fêtes, afin de permettre notamment des rassemblements de Noël à 20 ou 25 personnes, par exemple. Plus tard en décembre, il a donné trois « grands coups » — les 16, 22 et 30 décembre — afin de freiner la propagation de la COVID-19 : rassemblements limités à 10 personnes, puis à 6 personnes, puis interdits, salles à manger des restaurants fermées, rentrée scolaire reportée au 10 janvier, puis au 17 janvier, couvre-feu réinstauré, etc.

« Il ne faut pas être orgueilleux. Il faut être humble » et changer d’approche quand la situation le commande, avait fait valoir, l’air grave, François Legault le 16 décembre dernier. « Moi, je ne suis pas là pour gagner un concours de popularité. Je suis là pour essayer d’assurer la sécurité [des] Québécois », avait-il affirmé, tout en pointant la hausse des hospitalisations de personnes atteintes de la COVID-19. « Je comprends que tous les Québécois sont tannés. Tout le monde [l’est]. Moi le premier. »

À la lumière de cette « fatigue » pandémique, le premier ministre a tout à gagner à « communiquer moins et mieux », et ce, quitte à diminuer la durée des conférences de presse, soutient Mireille Lalancette, qui a coécrit l’ouvrage ABC de l’argumentation. Pour les professionnels de la santé ou toute autre personne qui souhaite convaincre. « On passe nos quatre messages clés, c’est ce que la population retient, puis on répond aux journalistes par la suite à l’extérieur [de la salle de presse]. C’est souvent dans les questions très pointues des journalistes que toutes les cartes s’embrouillent », mentionne-t-elle, avant de rappeler qu’« en communication de crise, le contrôle du message est extrêmement important encore aujourd’hui ».



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