Un refuge pour itinérants autochtones ouvrira lundi

«Ici, peu importe qui on est, on a accès à un toit, à des services et même à une terrasse pour consommer pour éviter dans certains cas de tomber dans un état de sevrage [...]», a résumé la mairesse Valérie Plante.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir «Ici, peu importe qui on est, on a accès à un toit, à des services et même à une terrasse pour consommer pour éviter dans certains cas de tomber dans un état de sevrage [...]», a résumé la mairesse Valérie Plante.

Les détails d’un nouveau refuge pour itinérants autochtones aménagé dans un hôtel du centre-ville, à côté duquel se trouvera un site de consommation d’alcool supervisée, ont été dévoilés vendredi midi, au lendemain de la mort « préoccupante » d’une femme sans abri dans la soixantaine, dans les rues de la métropole.

Le décès de cette dame, retrouvée en état d’arrêt cardiorespiratoire dans la nuit de mercredi à jeudi près d’un édicule de la station de métro Berri-UQAM, a d’ailleurs mobilisé l’attention dès le début de la conférence de presse tenue vendredi à côté de l’Hôtel des arts, qui deviendra un refuge d’urgence pour itinérants autochtones ouvert 24 heures sur 24 dès lundi après-midi.

« C’est une mort qui est préoccupante », a reconnu la mairesse de Montréal, Valérie Plante. Ce décès survient d’ailleurs une dizaine de jours après celui d’un homme de 74 ans retrouvé en état d’hypothermie dans un campement de fortune aménagé sous un viaduc dans le quartier Notre-Dame-de-Grâce.

Elle a alors rappelé que le refuge qui ouvrira lundi vient répondre à un besoin maintes fois exprimé par le milieu communautaire dans les dernières années. À cet endroit, 50 personnes pourront avoir accès à un lit douillet, à trois repas par jour, à des services psychosociaux et à une buanderie, entre autres.

« Ça évite de mettre du monde à la rue lorsqu’il fait froid le matin. C’est un modèle beaucoup plus humain et c’est un modèle qui nous permet d’avoir accès à ces personnes toute la journée pour les accompagner vers des ressources à plus long terme », et ainsi contribuer à leur réinsertion sociale, a indiqué vendredi la directrice générale de l’organisme Projets autochtones du Québec (PAQ), Heather Johnston, qui est à l’origine de cette initiative. Cette structure permettra d’ailleurs de remplacer le refuge d’urgence de nuit aménagé au complexe Guy-Favreau au début de la pandémie.

À côté de l’hôtel choisi, une grande tente blanche chauffée a d’ailleurs été aménagée sur une terrasse en bois afin de servir de site de consommation d’alcool supervisée. « Nous avons plusieurs membres de la communauté qui vivent avec des dépendances sévères à l’alcool », a souligné Mme Johnston, qui a d’ailleurs rappelé que les Autochtones sont « surreprésentés » parmi les itinérants à Montréal.

Les consommateurs de cannabis seront aussi les bienvenus dans cette installation. Par contre, « on ne va pas permettre l’injection de drogues dures. On n’est pas équipés pour ça, on n’est pas formés pour ça », a-t-elle ajouté, tout en rappelant que des sites d’injection supervisée existent ailleurs au centre-ville.

« Ici, peu importe qui on est, on a accès à un toit, à des services et même à une terrasse pour consommer pour éviter, dans certains cas, de tomber dans un état de sevrage qui peut aggraver la vulnérabilité de certaines personnes », a ainsi résumé Mme Plante au sujet de ce premier refuge pour itinérants autochtones accessible en tout temps à Montréal.

« On essaie de réduire les barrières le plus possible », a ajouté Mme Johnston.

Date de péremption

Les besoins pour davantage de ressources en itinérance à haut seuil d’accessibilité demeurent toutefois importants à Montréal.

« Je ne vous cacherai pas qu’il en faut plus, évidemment », a convenu la mairesse de Montréal, qui assure travailler avec le gouvernement du Québec et le réseau de la santé « pour trouver des solutions » aux besoins en itinérance dans la métropole. Le ministre responsable des Affaires autochtones, Ian Lafrenière, a aussi évoqué l’importance de miser davantage sur les ressources ouvertes en tout temps au lieu d’avoir des refuges « qui sont fermés le jour ».

« On ne devrait pas mourir du froid en 2022 au Québec. C’est pour ça qu’on doit avoir plusieurs ressources, plusieurs solutions », a ajouté M. Lafrenière.

Ni la mairesse ni le ministre n’ont toutefois pu s’engager vendredi à pérenniser ce projet qui, comme les autres ressources mises en place dans le cadre du plan hivernal de la métropole en itinérance, pourrait fermer ses portes le 31 mars. Ce refuge d’urgence, qui aura ouvert ses portes tardivement en raison notamment d’une question de zonage dans Ville-Marie, pourrait donc cesser ses opérations dans à peine plus de deux mois, à moins que le financement provincial soit au rendez-vous.

« Mais nous, on va faire un plaidoyer pour que ça reste en place. Le besoin est là, je pense que notre plaidoyer, ce serait pour que cette ressource continue », a pour sa part assuré Mme Johnston, qui a par la suite évoqué l’idée de « pérenniser » cette ressource. « La stratégie en soi doit venir du gouvernement du Québec », a pour sa part fait valoir Mme Plante.

« Il n’y a pas de planification », s’est ainsi offusqué le porte-parole d’Ensemble Montréal en matière d’itinérance, Benoit Langevin, qui trouve inadmissible qu’on évoque la possibilité de fermer ce nouveau refuge le 31 mars. Il a ainsi déploré « l’insécurité que fait vivre la Ville » aux organismes qui aident les sans-abri « par son manque de préparation ».

L’annonce de cette ressource d’urgence survient environ une semaine après l’ouverture d’un refuge d’urgence consacré aux itinérants atteints de la COVID-19 dans un stade de soccer, d’une capacité d’accueil de 350 personnes, dans l’arrondissement de Villeray–Saint-Michel–Parc-Extension. On compterait ainsi maintenant jusqu’à 1900 places consacrées aux itinérants à Montréal, en comptant les haltes-chaleur, selon la Santé publique de Montréal

Avec La Presse canadienne

Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Dans ce nouveau refuge, 50 personnes pourront avoir accès à un lit douillet, à trois repas par jour, à des services psychosociaux et à une buanderie, entre autres.

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