Quoi déconfiner en premier ?

Dr Jean-Pierre Trépanier pense que les activités qui vont bénéficier aux personnes qui sont vaccinées pourraient ouvrir en premier. 
Photo: David J. Phillip Associated Press Dr Jean-Pierre Trépanier pense que les activités qui vont bénéficier aux personnes qui sont vaccinées pourraient ouvrir en premier. 

Les Québécois pourraient bientôt être fixés quant au calendrier de déconfinement de la province. Le directeur national de santé publique par intérim, le Dr Luc Boileau, a évoqué sur les ondes de Radio-Canada vendredi la possibilité de rouvrir des secteurs avant la mi-février, peut-être même à la fin de janvier. Mais quelles activités pourraient reprendre en premier ?

« Je pense que globalement, si on est en mesure de rouvrir des choses, [on va commencer par celles] qui vont bénéficier aux personnes qui sont vaccinées, d’après moi, a répondu, en entrevue au Devoir, le Dr Jean-Pierre Trépanier, directeur régional de santé publique de Laval. Toutes les activités qui peuvent être en lien avec le bien-être psychologique des jeunes, je pense que ça va pas mal passer à l’avant-plan aussi. »

Le Dr Trépanier a refusé de se tremper davantage. Le directeur régional rappelle que les « ouvertures se font normalement dans la séquence inversée de la fermeture ». Or, beaucoup de secteurs ont été fermés en même temps à partir du 21 décembre. « Par quel secteur commencer ? se demande le Dr Trépanier. Je pense qu’une analyse va être faite, et on va être consultés, comme directeurs régionaux. Tout est question de l’effet que ça peut produire sur l’augmentation des contacts. »

Le pic des cas semble avoir été atteint, tout comme celui des hospitalisations (en baisse de 60 vendredi par rapport à la veille), estime-t-il. L’augmentation des décès ces derniers jours (98 jeudi et 59 vendredi) montre aussi « qu’on est quand même assez avancé dans cette cinquième vague », ajoute-t-il. Mais la situation sanitaire reste « fragile », selon lui, malgré les restrictions en place. « Si on augmente tout d’un coup les contacts, les projections nous montrent que ça va repartir à la hausse. On n’est probablement pas suffisamment bas [en ce qui a trait au nombre de cas de COVID-19] pour qu’on puisse se permettre ça. »

Avec la fin des tests PCR pour la population générale et l’arrivée des tests de dépistage rapide, il demeure difficile de mesurer la transmission dans les écoles, souligne-t-il. Québec met d’ailleurs actuellement en place un système de « surveillance syndromique » afin de déterminer combien d’élèves et d’employés des écoles sont absents en raison de la COVID-19 (isolement ou infection).

Autodéclaration des cas

Le Dr Trépanier dit avoir « espoir » de pouvoir « éventuellement comptabiliser un peu mieux » les résultats des tests rapides afin d’avoir « un portrait plus juste de la situation ». Un formulaire d’autodéclaration en ligne pourrait être employé, même si cette méthode comporte des « limites », souligne-t-il.

« C’est de l’autodéclaration, il faut que les gens y trouvent leur compte en le faisant, estime le directeur régional. Ça peut se faire d’un point de vue altruiste, mais ce serait bien quand même qu’il y ait des incitatifs pour que la population le fasse. Ça nous donnerait un meilleur portrait. »

Questionné sur les incitatifs possibles, le Dr Trépanier affirme que « des idées » ont été émises. « C’est sûr que jusqu’à maintenant, le fait d’avoir eu la maladie était comptabilisé pour le passeport vaccinal parce que c’était confirmé par un test PCR. Si on pouvait trouver un moyen qui est quand même solide et fiable de comptabiliser des infections et d’en tenir compte pour le passeport vaccinal, je pense que ce serait un incitatif pour la population de déclarer leur cas. »

N’y a-t-il pas un danger de fausses déclarations ? C’est un « risque », et les passeports frauduleux en circulation le démontrent, admet le directeur régional.

« Évidemment, si on décide que le passeport doit comporter trois doses, et je ne suis pas en train de dire que c’est ça qui va être fait, mais si jamais il y avait une décision en ce sens-là, il faudrait être assez intelligent pour comprendre qu’on ne peut pas déclarer avoir eu trois fois l’infection, puis penser qu’on va avoir un passeport valide. »

Mais des personnes vaccinées deux fois, qui refusent la dose de rappel, pourraient s’inventer une infection, non ? « Il faut que ce soit réfléchi. C’est évident. On va voir comment ils vont nous proposer ça. »

D’ici là, la Santé publique de Laval se concentrera sur la vaccination des enfants de 5 à 11 ans. Dès la semaineprochaine, elle commencera à appeler les parents afin de les encourager à faire vacciner leur jeune. Entre 15 000 et 18 000 appels doivent être effectués. À Laval, la couverture à une dose chez les 5 à 11 ans varie grandement d’un secteur à l’autre : de 40 % à 60 %, précise le Dr Trépanier.

Au moment de l’entrevue, vendredi matin, le directeur régional de santé publique ignorait si son territoire ferait partie de ceux ciblés par le ministre délégué à la Santé et aux Services sociaux, Lionel Carmant, qui a pour mandat de convaincre les non-vaccinés de tendre le bras. « J’ai appris cette initiative comme vous à l’occasion du point de presse, hier [jeudi]. Ce n’est pas une information qui nous avait été communiquée au préalable. On ne sait pas de quelle façon ça va être fait. »



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