Jasmine doit vivre avec une mystérieuse masse au cerveau

«Mon doc fait tout ce qu’il peut: il me demande si je veux des pilules pour la douleur. Mais non! Je veux savoir ce que j’ai! J’ai 31 ans, je suis tannée… », lance Jasmine Léger.
Photo: Marie-France Coallier Le Devoir «Mon doc fait tout ce qu’il peut: il me demande si je veux des pilules pour la douleur. Mais non! Je veux savoir ce que j’ai! J’ai 31 ans, je suis tannée… », lance Jasmine Léger.

On entend souvent parler du délestage depuis le début de la pandémie, mais ses effets demeurent abstraits. Alors que les hôpitaux font face à un manque de ressources critique, Le Devoir a décidé de mettre des mots et des visages sur les statistiques. Aujourd’hui, l’histoire de Jasmine, qui doit composer avec une mystérieuse masse au cerveau.

Jasmine Léger, 31 ans, souhaitait se présenter aux dernières élections municipales. Elle rêve également d’avoir des enfants avec son chum. Mais tous ses projets sont mis sur pause dans l’attente d’un rendez-vous avec un neurologue qui pourra lui donner l’heure juste sur sa masse au cerveau qui grossit et lui cause bien des souffrances depuis bientôt cinq ans. À cause du délestage, elle sait qu’elle n’aura pas de réponses avant un bon moment.

En 2017, la jeune femme a commencé à avoir d’étranges symptômes : elle ne sentait plus certaines parties de son corps. Craignant qu’elle ne souffre de sclérose en plaques, son médecin l’a dirigée vers un neurologue spécialisé qui lui a fait passer un examen d’imagerie médicale. Elle a eu droit à une bonne et à une mauvaise nouvelle. La bonne : elle n’avait pas la sclérose en plaques. La mauvaise : on avait détecté une masse au cerveau. « Le neurologue m’a dit de ne pas m’inquiéter… pour l’instant. On s’inquiéterait si ça prenait de l’expansion. »

Jasmine a passé un autre examen en 2018. La masse avait grossi un peu. Mais comme elle n’avait pas la sclérose en plaques, le neurologue — qui ne travaille qu’avec des patients atteints de cette maladie — lui a dit qu’il ne pouvait plus la suivre. Depuis, et malgré les nombreuses requêtes de son médecin de famille, elle n’arrive pas à obtenir un rendez-vous avec un autre neurologue.

La dernière fois qu’elle s’est soumise à un examen de contrôle, en 2019, la masse avait encore grossi. « Le docteur me dit que c’est probablement un kyste — c’est ce que m’avait dit également le neurologue —, mais est-ce que ça va empirer au point où… » Jasmine hésite à verbaliser ses craintes, comme si le fait de les nommer risquait de les rendre plus réelles.

« As-tu peur, Jasmine ? » Au bout du fil, la jeune femme met quelques secondes à répondre. « Ben… oui… J’ai peur que mon cas empire le temps que j’obtienne des réponses. Des fois, j’ai peur de mes symptômes aussi, parce que je ne les comprends pas. »

Douleurs et migraines

 

Au travail, elle réduit la lumière du bureau et ferme la porte pour réduire le bruit, car elle fait beaucoup de migraines. Elle a dû adapter son horaire de travail également, car son sommeil est « tout croche ». Elle n’a pas d’énergie et a des douleurs un peu partout. Présentement, c’est le bas de son dos qui la fait souffrir et elle fait quotidiennement une série d’exercices recommandés par un chiropraticien et un physiothérapeute pour tenter de réduire la douleur.

Son médecin croit que la masse exerce de la pression sur d’autres parties de son cerveau, ce qui engendrerait ces douleurs mystérieuses. Mais cette réponse ne la satisfait pas. « L’incertitude m’agace », explique-t-elle.

Son médecin de famille lui fait également passer une série d’examens pour éliminer les autres causes possibles de ces symptômes. « Mon doc fait tout ce qu’il peut : il me demande si je veux des pilules pour la douleur. Mais non ! Je veux savoir ce que j’ai ! J’ai 31 ans, je suis tannée… »

Si vous souhaitez partager une histoire sur les conséquences du délestage, écrivez à nos journalistes Isabelle Porter et Jessica Nadeau: iporter@ledevoir.com et jessicanadeau@ledevoir.com



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