Demande d’action collective contre YouTube au Québec

Éloïse Boies accuse la maison mère de YouTube de l’avoir censurée en retirant des contenus où elle dénonçait les mesures sanitaires au Québec.
Photo: Kirill Kudryavtsev Agence France-Presse Éloïse Boies accuse la maison mère de YouTube de l’avoir censurée en retirant des contenus où elle dénonçait les mesures sanitaires au Québec.

Google est une fois de plus la cible d’une demande d’action collective déposée à la Cour supérieure du Québec. Une youtubeuse soutient avoir été censurée par YouTube, propriété du géant du Web, pour avoir publié des « informations médicales inexactes » selon la plateforme.

Éloïse Boies, qui se présente comme une « artiste qui travaille à son propre compte », accuse la plus populaire des plateformes de diffusion de contenu de l’avoir censurée.

En janvier 2021, elle a publié une vidéo qui s’intitule « La censure » dans laquelle elle dénonçait les mesures sanitaires du gouvernement du Québec et ce qu’elle qualifie de censure de la part des plateformes comme Facebook, Amazon et YouTube, qui décideraient « de ce qu’il est permis de dire ou non ».

Dans cette vidéo, elle soutenait également qu’il y avait du « salissage systématique des gens qui critiquent les mesures sanitaires, qui se font traiter par exemple de complotistes ». Une autre vidéo diffusée en août critiquait, entre autres choses, la « propagande provaccin ».

La plateforme a retiré ces contenus qui, selon ses critères, véhiculaient des « informations médicales incorrectes contredisant celles des autorités sanitaires locales ou de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) concernant la COVID-19 ».

Dans sa demande, Éloïse Boies soutient que le retrait de ces vidéos « constitue une atteinte grave à la liberté d’expression ». Ces vidéos transmettent des « informations et opinions de nature politique et philosophique » d’une « importance capitale » dans une société démocratique, selon elle.

Si la demande d’action collective est autorisée, la demanderesse compte réclamer la somme de 1000 $ en dommages-intérêts compensatoires et 1000 $ en dommages-intérêts punitifs. Il en serait de même pour tous les usagers de la plateforme dont des vidéos auraient été retirées pour des raisons similaires.

Elle compte également demander la délivrance d’une injonction qui ordonnerait à YouTube de « cesser la censure qu’elle exerce illégalement », peut-on lire dans la demande.

Dans un courriel au Devoir, YouTube indique ne pas vouloir commenter le litige en cours, ajoutant que « les vidéos en question ont été retirées en raison de violations de notre règlement de la communauté ». Une section de ce règlement concerne spécifiquement les informations médicales inexactes portant sur la distanciation ainsi que les traitements, la transmission, la prévention de la COVID qui, selon plateforme, « présentent un risque important de préjudice majeur ».

Une « zone grise »

Cette démarche judiciaire s’inscrit « dans cette zone grise » qu’on observe dans le contexte de désinformation actuelle, indique Patrick White, professeur de journalisme à l’École des médias de l’UQAM. « Il y a une fraction de la population qui a l’impression qu’il y a une censure qui est faite de la part des GAFAM [Google, Apple, Facebook, Amazon, Microsoft]. Mais encore faudrait-il savoir réellement comment ces entreprises fonctionnent en interne. »

Il ajoute que « si un texte disparaît de Google ou une vidéo de YouTube, c’est comme si ça n’existait pas. C’est vrai. Mais en même temps, on ne peut pas permettre une désinformation scientifique sur la COVID et les vaccins qui peuvent amener des gens à consommer des produits nocifs, par exemple ».

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