Des organismes interdits par Québec de parrainer des réfugiés se défendent

Le ministère de l’Immigration empêchera les 18 organismes figurant sur la liste noire de déposer des dossiers dans l’actuel processus de réception, qui se terminera le 16 février.
Photo: Marie-France Coallier Le Devoir Le ministère de l’Immigration empêchera les 18 organismes figurant sur la liste noire de déposer des dossiers dans l’actuel processus de réception, qui se terminera le 16 février.

Des organismes empêchés de parrainer des réfugiés à la suite d’une enquête du ministère de l’Immigration sur l’intégrité du programme estiment avoir été placés à tort sur une liste noire divulguée mardi. Tandis que certains songent à entreprendre des démarches judiciaires, d’autres invoquent la réglementation nébuleuse et difficile à appliquer du programme.

Après les révélations faites par Le Devoir lundi au sujet d’organismes de parrainage qui ont tiré profit de leurs activités, le ministère de l’Immigration, de la Francisation et de l’Intégration (MIFI) a transmis aux médias la liste complète des 18 organismes qui sont jugés responsables d’avoir fait de l’argent grâce à un parrainage ou fourni des « documents faux ou trompeurs » et qui seront empêchés de déposer des dossiers dans l’actuel processus de réception, qui se terminera le 16 février.

« Ça me fatigue. Je ne sais pas comment le gouvernement nous voit comme des voleurs, mais je suis médecin et chef de cette communauté, et je peux vous dire qu’on a tout fait pour les aider [les personnes parrainées] », a indiqué au Devoir Raja Chéhayeb, président de la Société druze canadienne du Québec, un organisme qui fait partie de la liste.

Celle qui s’est occupée de ses dossiers de parrainage, Dina Yaziji, est une consultante en immigration qui s’occupe également de ceux de l’Église orthodoxe Saint-Georges, un autre organisme à qui on interdit de parrainer pour le moment. Pour elle, la liste constitue une forme de « représailles ». « Le ministère s’acharne sur les consultants en immigration, déplore-t-elle. On doit défendre notre réputation, et ce n’est pas acceptable qu’il scandalise les gens de cette façon-là. On aura une réponse quelque part de nos avocats, en temps et lieu. »

Reproches et confusion

Mme Yaziji soutient qu’on lui reproche d’avoir été rémunérée pour des parrainages, mais elle explique ne l’avoir été que pour ses activités de consultante, ce qui est légal. À la première étape du processus, soit la demande d’engagement présentée au ministère de l’Immigration du Québec, il est en effet interdit de percevoir des frais, mais cela est permis lorsqu’il s’agit d’effectuer les démarches strictement migratoires auprès du gouvernement fédéral. « Le ministère a tout confondu », affirme-t-elle.

La consultante reconnaît que par le passé, elle a pu collecter, au nom des églises et des organismes dont elle s’occupait, des dons de réfugiés et de la communauté élargie. Ils auraient toutefois été déposés dans un compte externe et n’auraient pas servi à ses intérêts personnels ni à ceux des organismes. « Tout ce qu’on a pris comme dons, on l’a utilisé pour parrainer des familles très démunies », a souligné Dina Yaziji, qui ajoute avoir fourni les états de compte pour prouver ses dires. Vingt familles auraient ainsi été parrainées, sur un total de 1200 dossiers déposés par Mme Yaziji depuis 2015-2016. Selon elle, tout le processus était public et connu et ne semblait pas poser problème.

La consultante détaille d’autres allégations qu’elle dit avoir adéquatement réfutées auprès des fonctionnaires du MIFI. Au bout du compte, ce dernier l’aura découragée de faire du parrainage, et elle cessera de traiter tout dossier après avoir réglé ceux qui demeurent en suspens. « Tout ça est accablant. […] Le gouvernement prétend défendre le but du programme, mais en réalité, on l’a perdu, ce but. Le ministère met maintenant tout en œuvre pour empêcher les gens de continuer au lieu de s’attarder à bien rédiger et communiquer les règlements et d’être transparent et collaboratif. »

La fin du parrainage ?

La Communauté arménienne catholique de Montréal fait aussi partie des 18 organismes fautifs. Joint à son église, le prêtre Georges Zabarian affirme n’avoir rien à se reprocher. « On n’a pas pris un centime de qui que ce soit. Pourquoi on se retrouve sur la liste ? Je n’en sais rien », dit-il, en indiquant n’avoir déposé aucun dossier dans les deux dernières années. « Mais on n’accepte pas ça, et on va répondre avec une lettre opportune. »

M. Zabarian affirme avoir fait affaire avec un consultant pour le traitement des dossiers de parrainage, et soutient que le montant du dépôt de garantie, qui était avancé par un parrain, était ensuite entièrement remboursé. Aucun don n’était récolté de la famille de réfugiés, a-t-il assuré. « On ne garde pas l’argent. C’est très transparent. »

L’Association éducative transculturelle (AEC), un organisme de Sherbrooke qui a parrainé un très grand nombre de familles afghanes au cours des dernières années, aimerait pouvoir continuer, mais elle en est empêchée pour cette année puisqu’elle se trouve aussi sur la liste des 18. « On compte sur le gouvernement », dit Shah Ismatullah Habibi, directeur de l’AEC. « Ce sont des malentendus. Je ne peux pas affirmer quoi que ce soit sur le futur, mais j’ai confiance », s’est-il contenté de dire au Devoir.

Au cabinet du ministre de l’Immigration, Jean Boulet, on précise qu’on a eu « des motifs valables et suffisants » pour exclure les organismes visés. Ceux-ci ont été préalablement informés de la décision et ont eu l’occasion de réfuter les motifs par écrit. « Nous avons le devoir, en tant que gouvernement, de protéger l’intégrité de notre système d’immigration. »



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