Vibrant hommage à Raphaël André au square Cabot

Des représentants autochtones et des proches de l’itinérant innu ont rendu hommage à Raphaël André mardi, un an après son décès.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Des représentants autochtones et des proches de l’itinérant innu ont rendu hommage à Raphaël André mardi, un an après son décès.

Des représentants autochtones et des proches de Raphaël André ont bravé le froid mordant mardi après-midi afin d’honorer la mémoire de l’itinérant innu qui a perdu la vie dans les rues de la métropole il y a un an et de réclamer des actions concrètes pour éviter qu’une telle tragédie survienne de nouveau.

« Je m’ennuie tellement de lui », a soupiré mardi après-midi la cousine du défunt, Gloria André, lors d’un bref entretien au Devoir. « Ça a été une année difficile », a-t-elle ajouté, les larmes aux yeux.

Le 17 janvier 2021, Raphaël André, un Innu de 51 ans en situation d’itinérance, est retrouvé mort dans une toilette chimique au centre-ville de Montréal, près d’un refuge qui était fermé ce soir-là. Cette mort tragique, qui a ébranlé le Québec et la classe politique, a entraîné une forte mobilisation de différentes communautés autochtones, qui se sont entraidées pour concrétiser la mise en place en février dernier d’une tente chauffée au square Cabot, près de la station de métro Atwater. L’installation, ouverte de 20 h à 6 h, sert quotidiennement des centaines de repas chauds et dispose d’une capacité d’accueil d’une quinzaine de personnes qui peuvent y passer la nuit.

« Depuis sa mort, la communauté innue, la communauté mohawk et la communauté autochtone se sont mises ensemble pour mettre en place toutes les ressources », a d’ailleurs rappelé mardi la directrice du Foyer pour femmes autochtones de Montréal, Nakuset, lorsque rencontrée en marge de cet événement.

C’est d’ailleurs devant cette tente à la toiture blanche qu’une dizaine de personnes se sont réunies mardi, peu après 14 h, pour rendre hommage à Raphaël André, dont l’installation a hérité du nom.

« C’est important de se rappeler que c’était un membre de la communauté qui était aimé. En se souvenant de lui, il ne devient pas juste un nombre, une statistique », a évoqué Nakuset en entrevue, lorsque questionnée sur l’importance de tenir cet événement un an et un jour après le décès de Raphaël André.

« On doit faire mieux »

La tente érigée au square Cabot, qui continuera d’opérer jusqu’à la fin mars, peine toutefois à répondre à la demande, son achalandage ayant grandement augmenté dans les derniers mois, malgré l’ajout de plusieurs ressources pour les sans-abri dans différents secteurs de la métropole.

« On ne veut juste pas qu’une tragédie comme celle-là arrive de nouveau », martèle Nakuset, qui est aussi présidente de Résilience Montréal, l’organisme qui gère cette tente. « Si on n’a pas quelque chose ici, ça va arriver de nouveau. On doit faire mieux », insiste-t-elle.

Nakuset réclame ainsi la conversion de cette installation temporaire en un bâtiment permanent sur le site du square Cabot, où les itinérants autochtones se retrouvent été comme hiver. En fait, entre le 2 février 2021 et le 16 janvier dernier, cette tente a desservi 72 888 personnes, aux dires de la coordonnatrice de cette installation, Alexandra Ambroise. « C’est énorme », a-t-elle déclaré pendant cette cérémonie afin de souligner l’importance de répondre aux besoins des itinérants dans ce secteur de Ville-Marie.

« Ils sont habitués d’être ici, il ne faut pas les envoyer à l’autre bout de la ville non plus », a-t-elle lancé, en référence aux différents refuges mis en place depuis le début de la pandémie dans la métropole.

« On doit utiliser nos têtes et nos cœurs afin de trouver des solutions afin que notre peuple n’ait pas besoin de geler dans le froid », a aussi plaidé Charles Patton, l’aîné de Kahnawake.

Nakuset a ainsi interpellé la Ville de Montréal pour lui demander d’agir dans ce dossier.

« On est dans une ville riche en ressources. On peut voir des condos de plusieurs millions de dollars de l’autre côté de la rue et le fait qu’on soit dans une tente dans un parc, c’est quelque chose, mais je pense qu’on pourrait faire mieux », a-t-elle insisté.

À la Ville, on rappelle qu’un hôtel du centre-ville a été réquisitionné pour permettre à l’organisme Projets autochtones du Québec de concrétiser son projet visant à créer un refuge temporaire pour itinérants autochtones ouvert 24 heures sur 24, sept jours par semaine. Le site aura une capacité de 50 personnes et ouvrira ses portes dès lundi prochain.

« Il y a des avancées, mais il faut toujours rappeler qu’on est un partenaire sur ce dossier, qui revient avant tout à Québec », a réagi la responsable de l’itinérance au comité exécutif de la Ville, Josefina Blanco, qui a pris part à cet événement. Ainsi, si la Ville se dit favorable au projet de Résilience Montréal sur le site du square Cabot, elle rappelle que l’argent doit provenir du gouvernement provincial. « La responsabilité première revient à Québec », a-t-elle insisté.

À voir en vidéo