Pénurie de vétérinaires : les retraités appelés à la rescousse

L’OMVQ, qui représente plus de 2675 médecins-vétérinaires au Québec, espère limiter les impacts de «la propagation fulgurante du variant Omicron».
Photo: Jeff McIntosh La Presse canadienne L’OMVQ, qui représente plus de 2675 médecins-vétérinaires au Québec, espère limiter les impacts de «la propagation fulgurante du variant Omicron».

L’Ordre des médecins vétérinaires du Québec (OMVQ) se tourne vers ses membres à la retraite pour tenter d’endiguer la pénurie de main-d’œuvre qui frappe ses rangs dans le contexte de la pandémie et rend la vie dure aux propriétaires d’animaux.

Dans une communication acheminée vendredi après-midi à l’ensemble de ses membres, dont Le Devoir a obtenu copie, l’OMVQ indique qu’elle offre désormais la possibilité aux médecins-vétérinaires retraités ou inactifs depuis moins de cinq ans d’obtenir « une autorisation spéciale de pratique d’une durée de trois mois » sans avoir à payer la cotisation à l’ordre, qui s’élève habituellement à plus de 1000$. Cette mesure « exceptionnelle » sera valide jusqu’au 15 mars et est « non renouvelable », peut-on lire.

En agissant ainsi, l’OMVQ, qui représente plus de 2675 médecins-vétérinaires au Québec, espère limiter les impacts de « la propagation fulgurante du variant Omicron », qui entraîne de nombreuses absences parmi ses membres, poursuit la communication. L’Ordre avait d’ailleurs diffusé un communiqué de presse lundi pour sonner l’alarme, en soulignant que les médecins vétérinaires « sont à bout de souffle » et peinent à répondre à la demande, même en effectuant des heures supplémentaires.

« Ça arrive souvent qu’on prenne des clients avant nos heures d’ouverture, après nos heures d’ouverture et sur nos heures de lunch », raconte au Devoir Jessyca Brais, une technicienne en santé animale qui œuvre au sein d’un hôpital vétérinaire de Montréal.

Des rendez-vous doivent ainsi être reportés et certaines cliniques ont dû fermer leurs portes temporairement ou encore limiter leurs heures d’ouverture, par manque de main-d’œuvre. L’application des règles sanitaires, notamment en ce qui concerne la désinfection de l’équipement, augmente aussi la durée de chaque visite dans les cliniques vétérinaires, note le président de l’OMVQ, le Dr Gaston Rioux. D’autant plus que les adoptions d’animaux de compagnie ont grimpé en flèche dès les premiers mois de la pandémie, augmentant la pression sur les cliniques vétérinaires.

« Tout ça fait en sorte que le délai entre la demande de consultation et la visite sur place continue de s’allonger tout le temps », indique-t-il. C’est donc pour limiter les répercussions de cette pénurie de main-d’œuvre que l’OMVQ fait maintenant appel aux médecins vétérinaires retraités. Une approche qui a été saluée vendredi par l’Association des médecins vétérinaires du Québec en pratique des petits animaux.

« Le fait que l’Ordre ouvre cette possibilité-là, c’est une bonne nouvelle parce que la demande, elle est très forte. Si on veut éviter de faire plus de délestage en raison de la pénurie de vétérinaires et les contraintes de la pandémie, c’est une bonne chose à faire », analyse son porte-parole, Michel Pepin.

Même son de cloche du côté du Regroupement des médecins vétérinaires retraités du Québec. « Si nos membres peuvent rendre service aux propriétaires d’animaux, on est d’accord avec ça », a indiqué son président, Marcel Bouvier, en entrevue au Devoir, qui s’attend à ce que plusieurs de ses membres répondent présents.

Entre-temps, le manque de vétérinaires se fait particulièrement sentir en région éloignée, selon divers témoignages de propriétaires d’animaux récoltés par Le Devoir. Maryse Vallières, qui est propriétaire de chevaux et demeure dans la municipalité régionale de comté de Pontiac, en Outaouais, a dû se tourner vers l’Ontario pour trouver une vétérinaire disponible pour soigner ses animaux. « Si j’ai une urgence, c’est long », soupire la dame. Dans ces circonstances, elle doit effectuer deux heures de route avec son cheval blessé, ce qui peut causer beaucoup de stress à l’animal, raconte-t-elle. « Ce n’est pas une situation évidente », glisse-t-elle.

Les refuges écopent

Les refuges pour animaux écopent par ailleurs de la pénurie de médecins vétérinaires, qui a pour effet d’aggraver l’état des animaux qui y sont déposés.

« Il y a des gens qui abandonnent des animaux parce qu’ils ne réussissent pas à avoir accès à des soins vétérinaires », constate la directrice générale de la Société pour la prévention de la cruauté envers les animaux (SPCA) de Montréal, Élise Desaulniers.

« On reçoit des animaux qui auraient dû être vus plus tôt par des vétérinaires. Ce n’est pas en raison de la mauvaise volonté de leur gardien ou gardienne, c’est parce qu’ils n’ont pas réussi à voir un médecin vétérinaire à temps », ajoute Mme Desaulniers. L’équipe de vétérinaires de la SPCA de Montréal se retrouve ainsi confrontée avec plus de « cas lourds » à soigner, augmentant ainsi leur charge de travail, poursuit la directrice générale.

Certains refuges de plus petite taille, qui ne disposent pas de leur propre clinique de médecins-vétérinaires, doivent pour leur part réduire le nombreux de nouveaux animaux de compagnie qu’ils peuvent accueillir. « J’ai dû ralentir mes prises en charge [d’animaux] parce que quand on n’arrive pas à bout de traiter des chats à l’article de la mort [en raison de la pénurie de vétérinaires], ils décèdent dans nos mains », laisse tomber Lee-Ann Lafond, qui gère un refuge pour chats situé à Gatineau.

« Ces temps-ci, les cliniques vétérinaires sont soit aux prises avec des cas de COVID ou encore le staff est épuisé […] Les animaux en écopent beaucoup », soupire-t-elle. « C’est très difficile. »

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