Des mauvaises nouvelles difficiles à annoncer

Le personnel de la santé est aux premières loges des contrecoups que subissent les patients.
Photo: Getty Images via Agence France-Presse Le personnel de la santé est aux premières loges des contrecoups que subissent les patients.

Le délestage est aussi difficile à vivre pour le personnel de la santé, témoin direct et souvent impuissant du désarroi des patients.

Dans les jours suivant le Nouvel An, Josée (nous utilisons un prénom fictif pour protéger l’identité de notre source) a dû expliquer au téléphone à un patient que son intervention chirurgicale était annulée. « Quand j’ai raccroché, j’ai senti que cet homme-là était psychologiquement profondément atteint. Je voulais juste le rassurer. »

Inquiète, l’infirmière, qui œuvre dans un hôpital du 450, a recouru à des moyens plutôt inhabituels pour apaiser le patient : elle lui a écrit sur Facebook pour lui dire qu’il n’était pas seul, qu’elle avait entendu sa souffrance et qu’il « n’était pas un numéro ».

« Tiens le coup. Je te sentais fébrile et désemparé, mais sache que nous faisons notre maximum et [que] des situations comme la tienne nous touchent », a-t-elle écrit.

En plus de 15 ans de métier, c’était la première fois qu’elle faisait ça. « Je sentais que psychologiquement, il lui fallait un petit coup de pouce. »

Heureusement, son message a eu l’effet escompté. Il a remonté le moral du patient et lui a redonné espoir.

Le personnel de la santé n’est évidemment pas censé écrire aux patients sur les réseaux sociaux. C’est d’ailleurs pour cela que Josée a requis l’anonymat, de peur de recevoir un blâme de ses supérieurs.

« C’est pas facile pour nous de dire à quelqu’un qu’on ne peut pas l’opérer. On voudrait pouvoir opérer tout le monde tout de suite », expliquait-elle au téléphone cette semaine. « Les infirmières, on a un peu le cœur sensible, et avant tout, on travaille pour nos patients. […] Si je fais du bien à quelqu’un, je trouve que c’est en lien avec mon travail. »

Conséquences de l’éclosionà Notre-Dame

Sarah (également un prénom fictif), elle, a vécu le délestage des deux côtés du miroir. En arrêt de travail pour épuisement, cette travailleuse de la santé dans la trentaine a vu sa propre opération reportée en raison d’une éclosion de COVID-19 au bloc opératoire de l’hôpital Notre-Dame, à la mi-décembre. Cinq employés avaient été contaminés à la suite d’une fête dans un bar.

« Quand j’ai appris que c’était encore annulé, j’étais très en colère. » D’autant plus quesa médecin n’avait plus que quelques semaines pour l’opérer avant de partir en congé de maternité, dit-elle. « J’ai vécu beaucoup d’anxiété. […] J’avais l’impression que les employés n’avaient pas fait attention et qu’ilss’en foutaient. »

L’annulation de l’opération — dont elle a préféré taire la nature pour des raisons personnelles — n’aurait pas menacé la vie de Sarah, mais risquait de l’exposer à des douleurs importantes. Heureusement pour elle, l’intervention a pu avoir lieu à temps, non sans stress préalable.



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