Inquiétude et colère pour Stéphanie

La semaine dernière, Stéphanie Beaulne  a reçu l’appel qu’elle redoutait. Son opération est annulée, une fois de plus.
Photo: Marie-France Coallier Le Devoir La semaine dernière, Stéphanie Beaulne  a reçu l’appel qu’elle redoutait. Son opération est annulée, une fois de plus.

On entend souvent parler du délestage depuis le début de la pandémie, mais ses effets demeurent abstraits. Alors que les hôpitaux font face à un manque de ressources critique, Le Devoir a décidé de mettre des mots et des visages sur les statistiques. Aujourd’hui, l’histoire de Stéphanie.

Lorsqu’elle a appris qu’elle avait un cancer de l’utérus, au printemps dernier, Stéphanie Beaulne s’est fait tatouer « une ligne de vie entourée d’un cœur » avec le nom de ses quatre filles et de sa petite-fille. « J’ai fait ce tatouage pour m’encourager à me battre pour ma famille. Mais là, quand je le regarde, je suis un peu découragée… »

La femme de 43 ans est préposée aux bénéficiaires dans un centre d’hébergement de soins de longue durée (CHSLD) de Gatineau. La COVID, elle connaît. Mais jamais elle n’avait pensé en faire les frais de cette façon. « Je ne peux pas croire qu’on fasse du délestage pour le cancer. Il me semble que c’est dangereux… »

En mars 2021, on lui a indiqué que son cancer était au stade 1, soit le stade le moins avancé. Son premier rendez-vous pour se faire opérer était prévu pour le mois de septembre, mais il a été annulé.

 

Quelques mois plus tard, elle a repassé une autre biopsie. Elle était rendue au stade 2. On a reprogrammé l’opération pour le mois de mars 2022. Mais la semaine dernière, elle a reçu l’appel qu’elle redoutait. Son opération est annulée, une fois de plus.

« J’étais en maudit, déçue, je pleurais », raconte-t-elle au bout du fil. Stéphanie Beaulne est inquiète. Très inquiète. « Le mot “cancer”, c’est un mot que tu ne veux jamais entendre. Et là, de savoir que je ne peux pas me faire opérer, ça a été comme une claque. C’est vraiment épeurant. C’est effrayant. Je ne veux pas mourir… »

On lui a dit qu’on la rappellerait pour lui donner une nouvelle date. Entre-temps, elle devra faire une troisième biopsie le mois prochain pour suivre l’évolution de la maladie. « Tant qu’à ça, pourquoi ils ne m’opèrent pas au lieu ? », se désespère la dame.

La semaine dernière, elle a recommencé à avoir des saignements. « Mon conjoint me dit d’appeler mon docteur, mais je n’arrive pas à le joindre. »

Ne pas penser à « ça »

Les mauvais jours, Stéphanie Beaulne a le ventre « gros comme une femme enceinte de 10 mois ». Elle n’a plus d’énergie. Pourtant, elle continue de travailler. « Il y a des jours où je trouve ça difficile, mais si je reste à la maison, je vais penser juste à ça et ça ne serait pas bon pour moi. » Elle est toutefois affectée à des « tâches légères » comme la désinfection des chambres et le remplissage de matériel. « Je ne peux pas forcer trop. »

À la maison aussi, elle tente de se changer les idées : elle s’est acheté un casse-tête de 1000 morceaux pour ne pas penser à « ça ».

Et il n’y a pas qu’elle que la situation affecte. « Ma famille est inquiète aussi. Ils passent leur temps à me demander : quand est-ce que tu vas te faire opérer ? Je leur réponds que je ne le sais pas… »

En attendant l’opération tant espérée, elle va se faire tatouer un autre nom : celui de sa deuxième petite-fille, qui devrait voir le jour ce printemps, comme un souffle d’espoir.
 



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