La menace de sanctions financières convainc-t-elle ?

«On sait qu’il y a plusieurs raisons pour lesquelles on hésite à se faire vacciner, dont la balance risque-bénéfice. Si on ne trouve pas la maladie si grave et qu’on a peur des effets secondaires des vaccins, on manque de motivation. [Pour ces gens], la contribution santé ou le passeport vaccinal peuvent les influencer», explique l'anthropologue médicale Ève Dubé.
Photo: Graham Hughes La Presse canadienne «On sait qu’il y a plusieurs raisons pour lesquelles on hésite à se faire vacciner, dont la balance risque-bénéfice. Si on ne trouve pas la maladie si grave et qu’on a peur des effets secondaires des vaccins, on manque de motivation. [Pour ces gens], la contribution santé ou le passeport vaccinal peuvent les influencer», explique l'anthropologue médicale Ève Dubé.

Restrictions, amendes, élargissement du passeport vaccinal : de plus en plus de gouvernements prennent les grands moyens afin de convaincre les non-vaccinés. Bien que des pénalités financières puissent en convaincre certains, les gains possibles de ce genre de mesure appliqué à la population non vaccinée demeurent incertains, selon Ève Dubé, anthropologue médicale à l’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ).

Une proportion importante des non-vaccinés au Québec fait face à des « barrières d’accès importantes », comme des personnes en situation d’itinérance, des travailleurs à la situation précaire, des personnes subissant la fracture numérique ou des nouveaux arrivants peu rejoints par notre système, rappelle Mme Dubé.

« Ce genre de pénalité va leur imposer un fardeau important ou ne va pas les atteindre », croit-elle, notant qu’il est difficile de se prononcer avant de connaître les détails des modalités d’implantation.

Chez les gens très opposés à la vaccination, soit « l’autre proportion » des non-vaccinés, ces pénalités pourraient même avoir un effet rebond. « On sait que plus les gens sont fermement opposés à la vaccination, plus ils vont mal réagir à des mesures coercitives. […] On l’a vu avec les travailleurs de la santé. Même sous la menace de perdre leur emploi, plusieurs ne sont pas allés se faire vacciner », observe la spécialiste de l’INSPQ.

La « contribution santé » annoncée mardi par Québec semblerait toutefois avoir provoqué une hausse d’intérêt envers une première dose : 7369 rendez-vous ont été pris le jour de l’annonce par le premier ministre François Legault en conférence de presse,puis 7698 doses mercredi.

Il s’agit de deux journées records par rapport aux sept jours précédents. On comptait, pour la journée de mercredi, 2578 rendez-vous de plus que la veille et 4510 de plus que trois jours auparavant.


Plus de 2400 des rendez-vous de mercredi ont toutefois été pris pour des enfants de 5 à 11 ans, pour qui la vaccination s’est ouverte le mois dernier. Les 18-24 ans sont la deuxième tranche d’âge à avoir pris le plus de rendez-vous (590), suivis par les 30 à 34 ans (578).

« On sait qu’il y a plusieurs raisons pour lesquelles on hésite à se faire vacciner, dont le facteur risque-bénéfice. Si on ne trouve pas la maladie si grave et qu’on a peur des effets secondaires des vaccins, on manque de motivation. [En ce qui concerne les personnes dans cette situation], la contribution santé ou le passeport vaccinal peuvent les influencer », explique Ève Dubé.


Les rendez-vous de toutes les tranches d’âge ont augmentémardi, la journée de l’annonce de la « contribution santé », et particulièrement chez les 30-34 ans, groupe pour lequel les rendez-vous pour une première dose ont doublé en une seule journée. Le nombre de rendez-vous pour les 18-24 ans et les 25-29 ans a aussi presque doublé par rapport à la veille.

Sanctions pour les plus âgés

Bien qu’il soit difficile de mesurer l’effet des sanctions financières imposées aux non-vaccinés dans le contexte de la pandémie, elles ne semblent pas avoir provoqué de rebond important dans l’administration des premières doses.

En Italie, le gouvernement a récemment décidé d’instaurer l’obligation vaccinale pour toutes les personnes âgées de plus de 50 ans, sous peine d’amende de 100 euros pour les réfractaires.

Pour laisser le temps aux gens de prendre rendez-vous, les sanctions ne s’appliqueront qu’à partir du 1er février. Le décret ne précise toujours pas s’il s’agira d’une amende ponctuelle ou récurrente.

Depuis l’annonce, le 5 janvier, on observe un bond des injections de la première dose à l’échelle du pays. Près de 70 000 personnes sont allées chercher une première dose dans la journée du 11 janvier, le plus grand nombre de premières doses administrées en une seule journée depuis le début du mois d’octobre.

Plus de 580 700 doses de vaccin (première, deuxième et troisième) ont par ailleurs été administrées dans la journée du 11 janvier, un sommet depuis juin 2021.

Or cette récente montée coïncide également avec les récents resserrements des mesures sanitaires. Depuis lundi, une preuve vaccinale est désormais requise pour entrer dans presque tous les lieux publics et les transports publics.

La vaccination obligatoire sera également instaurée à partir du 16 janvier pour toute personne de 60 ans et plus en Grèce, sous peine d’une amende de 100 euros tous les mois. Après une modeste remontée des premières doses administrées dans les jours ayant suivi l’annonce, celles-ci ont rapidement redescendu sous la barre des 10 000 injections quotidiennes.

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