Catherine et Diane, dans l'attente lancinante d'une chirurgie à la hanche

«Ça fait deux ans que je souffre, je ne peux pas continuer à vivre comme ça.» Depuis qu'elle a été mise sur une liste d’attente pour une chirurgie de la hanche en juin dernier, pas moyen pour Catherine Houssard d'avoir une date pour l'opération.
Photo: Valérian Mazataud Le Devoir «Ça fait deux ans que je souffre, je ne peux pas continuer à vivre comme ça.» Depuis qu'elle a été mise sur une liste d’attente pour une chirurgie de la hanche en juin dernier, pas moyen pour Catherine Houssard d'avoir une date pour l'opération.

On entend souvent parler du délestage depuis le début de la pandémie, mais ses effets demeurent abstraits. Alors que les hôpitaux font face à un manque de ressources critique, Le Devoir a décidé de mettre des mots et des visages sur les statistiques. Aujourd’hui, les histoires de Catherine et de Diane.

« Ça fait deux ans que je souffre, je ne peux pas continuer à vivre comme ça », lance Catherine Houssard au bout du fil. La Montréalaise de 47 ans, mère de deux enfants, souffre d’arthrose sévère invalidante de la hanche. « Je ne peux plus marcher, je ne suis pas capable de faire le ménage et les courses. Lorsque je me tourne dans mon lit la nuit, je hurle de douleur… »

Un petit sanglot s’étouffe dans sa voix lorsqu’elle parle de ses adolescents. « Je ne peux plus faire d’activités avec eux. Je suis en train de perdre tous les moments privilégiés avec mes enfants avant qu’ils ne quittent le foyer… Je m’excuse, je suis émotive… »

Après des mois de démarches, d’examens et de traitements, on l’a finalement mise sur une liste d’attente pour une opération de la hanche. C’était en juin dernier. Depuis, son état s’est dégradé et elle n’a toujours pas de rendez-vous. Pire, son chirurgien lui a annoncé la semaine dernière qu’il ne pouvait pas lui donner de date ou de délai en raison du délestage. Et lorsqu’elle a contacté le service de pré-admission de l’hôpital, elle est tombée sur un répondeur l’informant qu’il était impossible de donner les délais d’attente et qu’on ne rappellerait pas à cet effet.

Catherine Houssard s’est plainte au comité des usagers de l’hôpital et a reçu il y a quelques jours l’appel d’une infirmière lui indiquant qu’elle ne pouvait rien faire pour elle. Elle lui a tout de même indiqué qu’il y avait 23 patients avant elle sur la liste d’attente pour une opération de la hanche et que cela signifiait — dans les meilleurs scénarios — un délai d’au minimum six mois. « Et ça, c’est sans compter le délestage, qui va venir empirer la situation ! » se désole la patiente, qui a perdu tout espoir.

Après avoir terminé son appel avec l’infirmière, Mme Houssard a téléphoné dans une clinique privée. Elle pourrait s’y faire opérer d’ici deux mois, moyennant des frais de 25 000 $. Elle envisage de faire un emprunt pour payer l’opération, car elle ne supporte plus la douleur, qui s’aggrave de jour en jour. « Je ne vois pas d’autre solution… »
 

Immobilisée loin des autres

Diane Leclerc, 72 ans, s’ennuie de l’époque où elle pouvait sortir et faire du bénévolat dans les hôpitaux. « Je suis présidente de l’association des bénévoles de Jean-Talon », dit la dame, qui a travaillé pendant près de 40 ans dans le réseau de la santé à Montréal comme gestionnaire. « Je fais des visites d’amitié, je vais visiter des patients sur les étages. Les travailleurs sociaux n’ont pas toujours le temps de faire ça, surtout en temps de pandémie. Des fois, même, je leur chante des chansons ! »

En attente d’une opération à la hanche, elle est immobilisée dans son fauteuil. Celle-ci devait avoir lieu lundi dernier, mais elle a été annulée un peu avant Noël. « Ils m’ont dit que c’était à cause de la pandémie, qu’ils ne pouvaient pas faire ce genre de chirurgie là. »

L’intervention vise à replacer la prothèse qu’on lui a posée à la hanche en avril dernier. En septembre, la prothèse s’est déplacée, et Mme Leclerc est tombée. Elle a été transportée d’urgence à l’hôpital, où on lui a conseillé un orthopédiste. Mais elle n’a pas pu obtenir de rendez-vous.

À la fin novembre, elle est tombée de nouveau, cette fois dans son bain. Sa tête était coincée sous le robinet quand les ambulanciers sont arrivés. À l’hôpital, on lui a dit qu’il fallait l’opérer. En attendant, elle porte une sorte d’attelle qui immobilise sa jambe, mais qui réduit aussi beaucoup sa mobilité.

Photo: Valérian Mazataud Le Devoir En attente d’un remplacement d'une prothèse à la hanche depuis septembre, Diane Leclerc est immobilisée dans son fauteuil.

« J’ai toujours mal. Il faut que je fasse attention, je n’ai pas le droit de me pencher. »

Diane Leclerc a droit à des soins du CLSC pour se laver, mais seulement une fois par semaine. Alors, elle se débrouille, lave ses cheveux dans l’évier de la cuisine.

Heureusement qu’elle a ses voisins, deux autres retraités de l’immeuble, avec qui elle a développé un système d’entraide sur l’étage. « De bonne heure le matin, on laisse nos portes ouvertes. On a un système : on se dit “bonjour”, “comment ça va ?”. »

L’un après l’autre, ils viennent lui porter des plats à sa porte. Elle compare ça en riant à « des offrandes à Bouddha », parce qu’elle est, de son propre aveu, « un peu potelée ».

« Je garde quand même un bon moral, mais je suis tannée d’être dans la maison, explique-t-elle. Je me dis qu’il y en a des pires que moi, des gens qui ont le cancer, des problèmes cardiaques. »



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