Des délais stressants pour Mario et Robert

Pour Mario Beauregard, l’opération tant attendue est une question de vie ou de mort. Or, même si elle aura lieu bientôt, ce sera plus tard que prévu.
Photo: Renaud Philippe Le Devoir Pour Mario Beauregard, l’opération tant attendue est une question de vie ou de mort. Or, même si elle aura lieu bientôt, ce sera plus tard que prévu.

On entend souvent parler du délestage depuis le début de la pandémie, mais ses effets demeurent abstraits. Alors que les hôpitaux font face à un manque de ressources critique, Le Devoir a décidé de mettre des mots et des visages sur les statistiques. Aujourd’hui, les histoires de Robert et de Mario.

Ce n’est pas la première fois que Robert Lachance fait l’objet d’un reportage. Beaucoup de gens se rappellent encore sa grande victoire à la Traversée internationale du lac Saint-Jean en 1982.

Quarante ans plus tard, l’athlète, qui travaille désormais dans le monde des affaires, mène la deuxième grande compétition de sa vie. Or les derniers kilomètres sont plus longs que prévu. Après avoir reçu un diagnostic de cancer colorectal en février 2021, il est en attente de la seconde chirurgie qui lui permettra notamment de retirer la stomie qu’on lui avait posée de façon temporaire.

« On m’avait expliqué que quelques mois après la chimiothérapie, qui s’est terminée début septembre, je pourrais m’attendre à avoir la deuxième intervention. On m’avait dit que ça pourrait être un beau cadeau de Noël. »

Mais M. Lachance attend toujours son rendez-vous. « C’est sûr qu’avec la COVID-19, Omicron et le délestage, ma chirurgie n’est pas prioritaire », dit l’homme de 64 ans. D’autres sont dans des situations plus pénibles que la sienne, soulignera-t-il plus tard dans l’entretien.

« Je ne me compare pas avec quelqu’un qui attend des soins orthopédiques ou une grosse intervention. Les gens qui sont en attente d’une opération à la hanche ou à un genou et qui ont des douleurs, par exemple. »

Pour lui, ce n’est pas une question de vie ou de mort : la première chirurgie ayant été un succès, la maladie est derrière lui. Il a simplement hâte de pouvoir profiter pleinement de sa rémission.

« Je ne me vois pas comme une victime, mais je suis impacté, poursuit-il. Je suis un grand sportif, j’aime bouger, et j’aime nager surtout. C’est sûr qu’avec une stomie, ça limite beaucoup ! »

Malgré tout, M. Lachance prend les choses du bon côté. « Je relativise ma situation en me disant que ça pourrait toujours être pire. […] Ça aide à passer au travers, d’avoir cette attitude-là. Sinon, c’est une spirale négative et ça devient une idée fixe. »

Il se dit qu’il a de quoi s’occuper : le travail, les rénovations dans la maison, les balades dehors avec le chien. « J’avale la pilule, mais c’est sûr que c’est plate. »

Photo: Renaud Philippe Le Devoir Pour Robert Lachance, la maladie est derrière lui, mais il lui manque une deuxième opération pour pouvoir profiter pleinement de sa rémission.

Opération prioritaire

 

Pour Mario Beauregard, l’opération tant attendue est vraiment vitale. C’est une question de vie ou de mort. Or, même si elle aura lieu bientôt, ce sera plus tard que prévu.

Trois ans après avoir vaincu un cancer du côlon et après six traitements de chimiothérapie, l’homme de 52 ans doit maintenant traiter une métastase qui s’est formée dans le foie. Il devait être opéré le 18 janvier, mais l’hôpital l’a avisé que l’intervention était reportée au 21.

Furieux, et craignant un nouveau report de l’opération, il a affiché toute sa colère sur Twitter. Il s’est dit prêt à « vomir sur les non-vax », les défiant de lui trouver « un seul argument » justifiant qu’ils prennent sa place tout « en négligeant de prendre soin d’eux et des gens qui les entourent ».

On s’en doute : les réponses ont fusé dans le camp des non-vaccinés. M. Beauregard raconte qu’on lui a écrit qu’il avait le cancer du foie parce qu’il avait de mauvaises habitudes de vie. « Ça m’a fait rire parce qu’on est une famille de cyclistes. On fait de la compétition et on fait plus de 15 heures de vélo par semaine. On fait attention à notre alimentation. Je prends de l’IPA de temps en temps, sans excès. » Sa frustration venait justement de là, explique-t-il. « Je fais attention, mais, de l’autre côté, il y a des gens qui se foutent un peu de la science. »

Sur Twitter, on lui a aussi écrit que le système de santé était « défaillant depuis longtemps », que le système est « à l’agonie depuis des lunes ». M. Beauregard a rétorqué qu’il avait observé de nettes différences entre les soins qu’il a eus avant la COVID-19 pour son cancer et ceux reçus récemment.

« Il y a trois ans, tout était rodé au quart de tour. J’ai senti que le système fonctionnait super bien. » Or ce n’est pas ce qu’il a ressenti il y a deux semaines, après avoir subi une intervention à une artère préparatoire à celle qui l’attend. Après l’opération, il raconte avoir attendu 45 minutes dans sa chambre, avec de fortes douleurs, avant qu’une infirmière puisse se libérer pour venir le voir. « On appelait l’infirmière et on se faisait dire qu’elle allait arriver bientôt. Mais elle n’arrivait pas. »



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